17-06-2021

Après plusieurs mois sans activités je retrouve enfin la joie d'entrer dans le service qui m'a tant manqué à cause des restrictions dues à la crise sanitaire.  L'hiver austral (saison froide, venteuse et sèche) est à Madagascar et les sans-abris sont particulièrement touchés par cette saison qui dure environ 3 mois de juin à août. 

Parmi eux, cette dame que nous avons appelée Lily, erre par-ci par-là, à la recherche d'un bol de riz, d'une tasse de boisson chaude et/ou de vêtements pour survivre. Habituellement, elle se "ravitaille" dans les poubelles mais vus son âge et sa faible constitution physique,  elle ne peut récupérer que ce que les plus vigoureux ont laissé, juste quelques miettes, voire rien du tout parfois ... ! Isolée des autres, très discrète, Lily ne demande jamais rien à personne. Je l'ai souvent observée, j'avais à cœur de l'aider mais je ne savais pas trop comment l'aborder. Car il y a une règle dans les croyances et les coutumes à Mada, c'est d'éviter de donner à manger à qui que ce soit pour ne pas prendre le risque d'être accusée d'empoisonnement si jamais la personne à qui on a tendu la main tombe malade, ou fait semblant de tomber malade pour nous soutirer quelques indemnités ... Et pourtant le besoin le plus basique, à savoir "se nourrir" est loin d'être satisfait.  Puis, en ce dimanche de confinement total, je l'ai aperçue dans ma rue. Je n'ai pas résisté... et, bravant les "on-dit" je suis descendue pour lui apporter un repas chaud, un fruit et du café. Nous nous sommes installées sur le perron. Ses mains gelées étaient toutes tremblantes au point de ne pouvoir tenir la cuillère et la porter à sa bouche. A ma grande surprise, elle a accepté que je la "nourrisse"... et ce, au grand étonnement des rares passants qui nous regardaient avec gêne. Nous avons prié, et elle a pris son repas avec joie. Depuis ce jour, elle passe 2 fois par semaine pour manger ce que je lui ai préparé. 

Quelques jours plus tard, au détour d'un de nos chemins, Lalie et moi avons croisé ces deux enfants qui vivent dans les rues avec leur famille et qui avaient manifesté leur envie de boire un jus de coco qu'ils n'auraient pas pu se payer. Nous les revoyons de temps en temps. Eux non plus ne demandent rien, mais nous savons qu'ils attendant avec impatience le petit gâteau, le fruit, le morceau de pain que nous leur avons réservés. 

Ma plus grande satisfaction est de les voir heureux du peu que j'ai pu leur donner,  et particulièrement de passer outre des préjugés qui ne mènent à rien de constructif, mais qui ne font qu'accentuer les différences et la pauvreté. Je sens que je revis enfin, j'ai besoin de partager ce qui m'a été si gracieusement accordé :  "l'amour du prochain" ! J'ai repris au Centre Fitahiana et vous donnerai bientôt des nouvelles de mes activités auprès des enfants.

Votre missionnaire Raymonde