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Si « fumer un joint» est un délit (plus sévèrement puni depuis l’été 2020, du moins en principe) le trafic de drogue quant à lui, est un crime, sanctionné sévèrement par la loi sous plusieurs incriminations: transport, détention, offre, cession, acquisition, emploi illicite de stupéfiants.

« Arrivés au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne, ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel; mais, quand il l'eut goûté, il ne voulut pas boire. » Evangile selon Matthieu chapitre 27 verset 33. Si ce texte semble anodin pour le commun des mortels, il en dit pourtant long sur le trafic de drogue qui pouvait déjà exister à l’époque de Jésus et bien auparavant d’ailleurs.

On s’imagine souvent que certains phénomènes sont le propre de nos sociétés modernes (la pornographie, le crime, le harcèlement, la drogue par exemple) mais ils ont toujours existé, sous d’autres formes, d’autres noms mais il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

On découvre via ce texte des Evangiles que ce sont les soldats romains, en tout cas les soldats sous les ordres directs de Ponce Pilate, qui étaient les dealers de l’époque. Ils avaient le produit, la recette et visiblement la commercialisation de ce qui était la drogue en ce temps-là.

Le vin mêlé de myrrhe était une substance stupéfiante que l'on pourrait aujourd’hui assimiler avec beaucoup de précautions, à des drogues qui calment l’activité psychique, comme l’opium et ses composés, la morphine, la codéine, l’héroïne, etc., ainsi que la cocaïne, et qui soulagent la douleur et l’angoisse par leur effet anesthésiant.

S'il est beaucoup plus scabreux de démontrer la présence dans la Bible, de drogues à caractère  hallucinogènes ou psychodysleptiques (le chanvre indien, le lysergamide (L. S. D. 25), la mescaline ou certains champignons bien connus)  ils sont néanmoins déjà très présents dans l’histoire du monde et ce, de manière très ancienne.

Ainsi, le plus ancien témoignage concernant les drogues dites hallucinogènes, remonte à 2737 av. J.-C. L’empereur chinois Shen Nang montre son grand savoir sur le cannabis et ses propriétés dans un livre consacré à la pharmacologie. Déjà à cette époque, l’usage de cette drogue trouble les moralistes chinois. Le cannabis est considéré par plusieurs comme le « libérateur du péché » et par d’autres comme « celui qui apporte la joie ».

Parler de drogues, c’est souvent oublier l’un des stupéfiants les plus répandus au monde  depuis longtemps et dont fera largement usage le patriarche Noé, l’alcool. Il sera le premier à éprouver les effets, d’abord agréables du vin et puis aussi le premier à en subir la terrible morsure. Lot et ses filles abuseront largement de cette drogue,  comme un art récréatif. Et puis ce sera le tour des deux fils d’Aaron d’abuser de ce stupéfiant désinhibant et d’en mourir brutalement.

C’est donc un vin mêlé que l'on proposera à Jésus. On sait les ravages que constituent les mélanges d’alcool dans les soirées de « fêtes » où l’alcool est devenu obligatoire et incontournable. Ce narcotique naturel, Jésus va le refuser. On sait par ailleurs qu’il ne refusait pas de goûter au vin et qu’il en vantera les vertus festives, mais ce mélange là, il le refuse en raison de ses propriétés médicamenteuses,  anti spasmodiques et soporifiques.

L’apôtre Paul parlera des drogues à son tour dans sa lettre aux Galates 5/19 : « Or, les oeuvres de la chair sont manifestes, ce sont l'impudicité, l'impureté, la dissolution,  l'idolâtrie, la magie, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes ».

Il est maintenant possible d’établir un lien entre les diverses pratiques mentionnées jusqu’ici et le phénomène implicitement dénoncé par l’apôtre Paul par le mot farmakeia que nous pouvons traduire  ainsi : « sorcellerie par les drogues ». L’analyse du champ sémantique du mot farmakeia fait apparaître qu’il évoque un usage aussi bien thérapeutique que mal intentionné pour empoisonner. Une analyse plus poussée montre qu’il est également employé chez des auteurs classiques (Démosthène, Aristote et Polybius) et signifie " sorcellerie ".

Une fois dépassé l'aspect "sorcellerie" du mot "farmakeia", qui donnera le mot pharmacopée et puis pharmacie, on sait que soigner par la pharmacopée peut aussi provoquer des empoisonnements liés aux produits ingurgités. On sait aussi que les drogues visant à "aller mieux", à se sentir mieux, soit plus calme, plus euphorique, plus désinhibé, ou encore à mieux dormir, ou être tellement plus performant physiquement ou intellectuellement (le fameux dopage qui est loin d’être l’apanage des seuls sportifs),  sont des palliatifs  à très haut  risque, créant des dépendances graves et provoquant des formes d empoisonnement psychique, physiologique, et des dégâts physiologiques graves  sur le cerveau et le foie en particulier et encore es ravages d’ordre psychiatrique.

Jésus a donc refusé de «  fumer le petit joint » de l'époque et de le faire tourner. Il n’a pas voulu toucher à ça et a résisté aux dealers de cette période avec succès. 

 

 

Samuel Foucart

 

L’avis du juriste :

La drogue, l’alcool : deux phénomènes d’ampleur dans notre société. Une fois mis de côté le poids économique impressionnant de l’une et de l’autre, économie souterraine ou affichée, il est intéressant de s interroger sur les rapports de la justice, du droit, avec le problème des addictions  au sens plus large. 

 

L’addiction est une dépendance à un produit ou à une pratique, à un comportement.

 Quel est donc l’état du droit positif en matière d’addictions ?

Ni le code civil, ni le code pénal ne font mention de l’addiction.

Le droit pénal français s’intéresse  à la consommation et au trafic de certaines substances ou aux états d’emprise, pas à l’addiction en tant que telle.

Par conséquent,   la personne sous l’emprise d’addictions est davantage considérée comme un coupable, en tout cas, comme l’auteur d’une infraction et l’addiction sera bien souvent un facteur d aggravation de la peine. 

Si l’usage, la détention, la cession de stupéfiants, produits illicites,  sont des délits  voire des crimes,  l’alcool, le tabac,  le jeu, le sexe, l’ordinateur, les médicaments, bien que tous parfaitement licites, peuvent déboucher sur  autant d’ addictions pouvant entraîner des condamnations. 

Ce qui est licite peut devenir illicite par l’addiction ou la consommation excessive.

Ainsi, la consommation excessive d alcool au volant est punie de peines d’amendes,  d emprisonnement, de suspension de permis de conduire, d’immobilisation du véhicule. L’addiction aux médicaments quand on conduit est également répréhensible.

Le sexe, activité licite, devient illicite quand il entraîne l’agression sexuelle ou le viol. 

L’addiction au net tombe sous le coup de la loi lorsque l’utilisateur se livre à la pédopornographie, la consultation de sites terroristes ou s’il se livre au piratage informatique.

Toutefois, la justice sera parfois  néanmoins clémente avec la personne addictive, son addiction pouvant entraîner une atténuation de responsabilité. L’emprise sera parfois invoquée pour tenter d’établir son impact sur le discernement exigé pour pouvoir imputer une infraction pénale et tenter de supprimer la responsabilité pénale ou de réduire le quantum de la peine applicable à l’auteur.

Parfois aussi, l’arsenal pénal français permettra une approche sous l’angle de la prévention, du soin, de la réduction du risque,  la personne pouvant être condamnée à une obligation de soins, même sous le régime de l’hospitalisation, ou  pourra se voir interdire l’entrée de bars, de maisons de jeux et casinos. 

D.A. (TJ Grenoble)

 

Idéologiquement parlant :

Que nous montre Jésus dans son refus de boire le vin mêlé de fiel ? Comme lui, sommes-nous capables d’exprimer un refus ?

En reprenant l’exemple imagé de la drogue, il semblerait que le combat pour le refus soit très difficile. 

Sur le plan économique, c’est quasiment perdu. En effet, le marché de la drogue représente le deuxième marché économique mondiale derrière les armes (c’est dire !) et devant le pétrole. C’est le marché qui connaît la plus forte expansion, il est même maintenant intégré dans le calcul du PIB des pays. On pourrait bien sûr analyser d’autres types d’addictions, et le résultat serait certainement du même acabit.

Alors pourquoi cherche-t-on depuis toujours la consommation de ce type de produit ? On peut citer un certain nombre de critères: le goût de l’interdit, la fuite de la réalité, la lâcheté, la soumission, l’appartenance à un groupe et finalement  peut-être bien un peu de  tout  cela à la fois. En consommant ces produits, et pour certains en en abusant, nous connaissons pourtant d’avance les conséquences :  la dépendance, la dégradation physique, psychique, psychologique, la ruine économique et parfois le crime et la mort violente. Et puis il y a aussi le fait d’alimenter une économie parallèle néfaste pour notre société.

Jésus, lui, a eu la force de dire non ! Il s’est affirmé,  opposé au groupe en place, au pouvoir des puissants. Il a su résister aux pressions en se tenant à l’écart, se marginalisant, ce qui a pu être considéré à l’époque comme un aveu de faiblesse ou une défiance. Mais en y réfléchissant, il a su montrer sa puissance par son message, et exprimer son désir de changer les choses dans la société dans laquelle il vivait. De plus, il a lui-même créé son groupe pour transformer le monde. Voilà la difficulté, sommes-nous capables aujourd’hui de nous affirmer dans notre environnement, au risque de nous marginaliser ?

Personnellement je n’en suis pas sûr !

Sandrino Gazzetta (Professeur à la NEOMA Business School de Rouen, Reims et Paris. Université de Rouen)

 

 

La Parole est à la défense :

Plaidoirie en faveur de Noé

 

Mon client est poursuivi pour ivresse sur la voie publique et outrage aux bonnes mœurs pour s’être dénudé suite à l’absorption immodérée d’alcool.

 

Dieu lui-même avait demandé à mon client de prendre dans l'arche des animaux avant que le déluge ne s’abatte. Il en profita pour prendre également des pieds de vigne. Il m’a été difficile de savoir si mon client souffrait d’addiction à l’alcool dans le « monde d’avant » ; mais une chose est sûre, cette initiative malheureuse lui coûta cher !

Monsieur Noé, mon client,  est une personne âgée qui pendant des décades d’années s’affaira à construire cette arche. Ce labeur éreintant a pu être propice à la consommation immodérée d’un petit « remontant » en fin de journée. Quoi qu’il en soit, mon client ne doit pas être réduit à l’image dégradante de l’alcoolique. Cette faiblesse n’est pas le reflet de ce qu’il est vraiment et je ne voudrais pas que votre tribunal oublie sa rigueur morale et sa foi  malgré toutes les difficultés qu’il a pu rencontrer.

Mon client est conscient qu’il est devenu en quelque sorte le « nouvel Adam » installé sur une terre vierge où tout est à reconstruire. Lorsqu’il a marché la première fois sur cette terre purifiée,  il aurait pu affirmer : « Un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité ».

Lorsqu'un conquistador espagnol arrivait en Amérique, il faisait deux choses :

- Il plantait le drapeau espagnol. Par ce geste politique, la terre conquise devenait espagnole.

- Un prêtre consacrait cette terre à Dieu. Par ce rituel religieux, cette terre devenait catholique.

Mon client lui, fit deux choses :

- Il construisit un autel. Par ce geste de reconnaissance, il consacrait cette terre à Dieu : c'est l'esprit, la mentalité, le credo d'Abel.

- Il planta une vigne et devint cultivateur. Par cette décision, il prolongea l'ancien monde animé par l’esprit, la mentalité et le credo de Caïn.

 

Finalement le « nouvel Adam » était comme l’ancien. Mais peut-on vraiment lui en vouloir, Ce « survivor » avait la responsabilité écrasante de susciter une nouvelle humanité.

Mon client s’enivra. Alors que cette terre était à peine assainie du péché de l’ancienne génération, Noé la souilla à nouveau en buvant plus que de raison. La nature pécheresse de Noé a évidemment survécu au déluge.

Quel enseignement peut-on en tirer ? La nature de l'homme ne dépend pas de son environnement !

Peut-être que mon client pensa que le temps des privations était terminé. Il était arrivé à destination, à la fin de son « confinement » et il voulait le fêter à sa manière.

Peut-être au contraire, passait-il par un temps de détresse morale et d’angoisse au regard de la tâche lui incombant ; l’alcool pouvant selon lui apaiser sa peine, son angoisse, son stress.

Dans son ivresse, il se déshabilla :

La nudité a plusieurs sens dans la Bible :

- la réalité révélée

La nudité révèle ce que l'on est. Être nu, c'est être vrai. Dépouillé de ce que l'on cache aux yeux des autres, le masque tombe.

- la vulnérabilité

Un homme nu et sans armes est vulnérable face à l'ennemi.

- l'impudicité

Le corps ne se cache plus. Notre société nous encourage à le dévoiler sans honte et à le sacrifier sur l'autel de la luxure.

- la vanité

Dans le livre de l'Apocalypse, les chrétiens de l'église de Laodicée se croyaient spirituels. Ils étaient en fait aveugles et nus. La vanité cache notre nudité comme un linceul sur un corps mort.

 

Mon client se croyait à l’abri des faiblesses du corps. Mais où est passé ce héros décrit dans l’épître aux hébreux ? Où est passé cet homme qui a répondu à l’appel de Dieu ? Parle-t-on bien du même homme ?

Oui, c’est le même, dans ses forces et ses faiblesses. Que celui qui croit être debout ne craigne de tomber. C’est facile de dénoncer la paille dans l’œil de son voisin lorsque l’on refuse de voir la poutre qui est dans le sien !

Mon client est finalement rassurant : ce héros de la foi était dans son humanité, balançant entre le bien et le mal. Il n’était finalement pas très éloigné de chacun d’entre nous.

Je veux croire Monsieur le président que cette saoulerie était un acte isolé ou tout du moins peut être le dernier d’une habitude d’un autre monde. Alors ne le jugez pas trop sévèrement, sa faiblesse d’un moment nous renvoie aux nôtres si nombreuses.

 

F.F. du barreau de Rouen