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Je vais reprendre au bond les paroles de Jésus dans le sermon sur la montagne et tenter une approche difficile de la question de la diffusion publique des cultes via Internet ou autres supports d’images.

« Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent. » Comme souvent avec Jésus, il n’invente rien, au sens positif de cette expression. On trouve déjà dans la Bible un épisode où un roi, Ezéchias,  va fortement déplaire à Dieu en ouvrant les trésors de la maison de Dieu à ses pires ennemis assyriens : « Esaïe dit encore: Qu'ont-ils vu dans ta maison? Ezéchias répondit: Ils ont vu tout ce qui est dans ma maison: il n'y a rien dans mes trésors que je ne leur aie fait voir. » (Esaïe 39/4). 

Très franchement on peut trouver que Dieu y va un peu fort avec Ezéchias. Qu’avait-il fait de mal au fond ? Juste une visite guidée des trésors du Temple, il en était fiers. Pas de quoi fouetter un chat. Mais en réalité, dans un pur moment d’égarement, ce roi donne les choses saintes (celles qui n’appartiennent qu’à Dieu et à son peuple) à des chiens et il jette allègrement ses perles aux pourceaux. 

L’empêcheur de tourner en rond qu’est Esaïe, qui n’est absolument pas un adepte du politiquement correct, et qui n’est pas davantage soumis à la dictature  de l’édifiant, va venir poser quelques questions dérangeantes. Il n’a rien de personnel contre Ezéchias, ils ont vécu des expériences ensemble sur le plan de la foi, de la délivrance, de l’exaucement expériences tout à fait exceptionnelles. Mais pour Dieu, il n’était pas question de laisser passer la chose, comme si ce n’était pas grave. Alors Esaïe fait le job.

Avec l’avènement de l’audio-visuel, on retrouve des caméras partout. Dans la rue, dans les cours d’école, dans les gares du RER, dans les stations de métro etc. On pourrait discuter longtemps sur l’œil de Big Brother ratissant presque tout, et sur la paranoïa qu'il présuppose,   mais ce n’est pas du tout mon sujet. En revanche, et là où les choses sont de plus en plus gênantes, c’est l’apparition de supports vidéos de plus en plus importants dans les lieux de culte. 

Je ne vais pas m’occuper des autres (Catholiques, Musulmans, Bouddhistes etc.) mais chez les évangéliques et chez les pentecôtistes,  c’est vraiment extrêmement dérangeant.  Confinement oblige, tout le monde se croit obligé d’y aller de sa petite vidéo et parfois, même si on sent la bonne volonté, c’est juste dramatique en termes de qualité et de réalisation. Et puis, il faut bien le reconnaître, tout le monde n’est pas photogénique.  C’est un métier et même un art, que de savoir mettre en image des gens et des évènements. 

Que l’on filme l’orateur, personnellement cela me déplaît déjà beaucoup à titre personnel, mais allons, passe encore. Mais de plus en plus, il faut filmer l’auditoire et comme pendant la prédication, l’auditoire ne bouge pas plus que ça en principe, on a eu la triste et pénible idée de filmer ce que l’on ose encore  appeler « la louange ». Comprenez un show réalisé par quelques musiciens et chanteurs supposés provoquer l’émotion dans les rangs. Et alors là, on ne se prive pas de mettre la (ou les) caméra (s) sous le nez des gens, à filmer leur plus intime émotion, à repérer celui ou celle qui pleure (on ignore pourquoi) ou bien encore à mettre en scène des moments « mystiques », yeux fermés, bras levés, quand ce ne sont  pas des gestes de prosternation plus ou moins organisés. C’est très dérangeant. Comment peut-on se laisser filmer en pleine « repentance », ou alors dans un temps d’adoration personnelle, tout en sachant que partout il y a des caméras qui, tenues par d’autres fidèles la plupart du temps, scrutent absolument tout  et que les images sont soit diffusées en direct, soit le seront en différé ? C’est jeter ses perles aux pourceaux, c’est aussi donner aux chiens des choses saintes.  Ce qui m’étonne,  c’est que personne ne fasse valoir son droit à l’image !

Un monsieur fréquentant notre assemblée, il y a de cela quelques années, avait beaucoup insisté (modernité oblige) pour que nous équipions nos locaux d’un système vidéo destiné à filmer les cultes et à les diffuser. D’une caméra, on est passé à trois et le budget s’est évidemment envolé. Plusieurs, jeunes ou moins jeunes ont immédiatement, quand le « projet » est sorti de manière officieuse,  fait valoir leur droit à l’image et refusé d’être filmé, estimant que le culte était et devait rester un temps d’intimité avec Dieu et que leur église ne pouvait pas se transformer en une annexe de Bobino.  Ce qui clôtura le débat définitivement.

Et que dire au sujet des charismes selon 1 Corinthiens 12 ? Je crois à leur exercice et je crois que c’est une réelle bénédiction quand ils sont vécus selon les règles fixées par le Saint-Esprit dans le Nouveau-Testament. Quand j’étais jeune pasteur, mon formateur nous mettait très sérieusement en garde contre les « charismes » ou dons spirituels, les prophéties, le parler en langues et son interprétation, écrits. Il partait du principe (juste à mes yeux) que ce que Dieu veut dire à une communauté réunie n’est destiné qu’à ceux qui sont là, présents au moment où l’Esprit de Dieu parle. 

C’est devenu une mode très dérangeante de filmer en gros plan les « inspirés », et de balancer sans aucune précaution ce genre d’images sur le Net. Quelle catastrophe ! C’est donner des choses saintes aux chiens, c’est balancer sa vie précieuse aux pourceaux. 

Quand un étudiant à la FAC de Rouen nous demanda à la fin d’une réunion G.B.U (Groupe Biblique Universitaire) si nous pouvions lui faire une démonstration du fameux "parler en langues des pentecôtistes", mon pasteur lui répondit qu’il ne s’agissait pas d’un numéro de cirque et il avait là encore, tellement raison. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui, le cirque pentecôtiste va jusqu’à s’exposer derrière le Président Trump où, lors d’une investiture, les pentecôtistes l’entourant se sont livrés  face aux caméras du monde entier à un spectacle dénaturant le sérieux, la sainteté, et la grandeur de l’expérience du parler en langues. Jeter ses perles aux pourceaux à la face des caméras est fatalement quelque chose qui ne peut qu’attrister le Saint-Esprit de Dieu. 

Je sais que Jésus est l’image du Dieu invisible (Colossiens 1/15) mais n’empêche que lorsque Dieu se révèle à nous c’est la Parole (le Verbe) qui est incarnée et pas l’image (Jean 1. 1 à 4). Dieu est « Parole » pas « image » et il interdira même formellement que l’on s’aventure à faire  la moindre représentation de lui, (Exode 20/4).

Les églises sont devenues aujourd’hui le repère de « Cécil B. DeMile, » mais version « Cécil.B.200 » et encore c’est large. On a une profusion de « Steven Spielberg » amateurs qui n’ont absolument plus rien à faire de l’Evangile, puisqu’ils aspirent, pour beaucoup, à percer dans l’audiovisuel et à faire reconnaître leur talent ou supposé tel. Eux, contribuent  largement à donner des choses saintes aux chiens, ou à jeter les perles aux pourceaux, mais ils ne sont pas les seuls loin s’en faut. Les « Ezéchias » d’aujourd’hui, pasteurs, responsables d’églises ou autres,  aspirant à voir leur trombine sur le net sont les premiers responsables de cette dérive grave.  

Ca serait vraiment bien qu’il y ait une prise de conscience au moins morale, puisque je n’ose espérer qu’elle soit spirituelle pour dire un grand STOP à tout ce folklore audio-visuel plus que déplacé. 

Samuel Foucart