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« Suite au trouble causé par les commentaires de certains medias concernant les évangéliques et suite aux nombreuses questions se posant, cet article a pour but de recadrer les choses, sans aucune volonté de polémique et sans passion, merci de bien vouloir en prendre note »

La réponse est NON ! Mille fois NON !

On le sait, la stigmatisation est à géométrie variable, selon que l’on est gros et menaçant, petit et gentil, on ne va pas la subir pareillement.

Sans doute faut-il commencer cet article par  une précision importante à mes yeux à l’adresse des journalistes, politiciens et des gens lambda.  On ne dit pas « les évangélistes » mais les « évangéliques ».  Dire par exemple que les évangélistes étaient 2500 à Mulhouse la semaine du 15 février, est une aberration. Les

« évangélistes » sont au nombre de quatre (4) Matthieu, Marc, Luc et Jean et ils sont morts depuis longtemps. Pour la petite histoire, l’un était percepteur d’impôts, un autre médecin, Jean petit patron de pêche et le dernier était le « nègre de Pierre».  Qu’auraient-ils bien pu faire à Mulhouse en 2020 ?  Confondre les «évangéliques» avec ces  écrivains sacrés, c’est un peu comme confondre le Général de Gaulle et le Gaullisme, a minima une faute de goût.

Les évangéliques, tout le monde semble les découvrir, mais en réalité, ils ont été les premiers chrétiens de l’histoire de cette religion, bien avant les catholiques, les orthodoxes ou les protestants. Le livre des Actes des Apôtres nous relate leurs débuts, déjà très compliqués.

Ceci posé, j’aimerais dire que ce qui est arrivé à l’église évangélique de Mulhouse, dite « La Porte Ouverte » est bien triste et plutôt injuste.  Je ne connais pas bien cette communauté basée principalement sur l’événementiel ce qui est respectable en soi, mais ne peut en aucun cas devenir la norme évangélique en France. Que personne ne vienne me dire qu’à mon tour je stigmatise cette église. Si je stigmatise quelque chose c’est la mauvaise foi et la manipulation émotionnelle ou médiatique qui semblent l’emporter bien trop  souvent et prendre le pas sur l’objectivité et le bon sens.

Il faut aussi signaler que de par ses pratiques, sa situation géographique (nombreuse population d’origine protestante dans cette région où le Concordat est encore en vigueur, proximité de la Suisse et de l’Allemagne, terres protestantes) et le nombre important de membres,  cette église n’est guère représentative du paysage évangélique français, constitué majoritairement de plus petites communautés et d’un travail pastoral de terrain.

J’étais à Mulhouse le 21 et 22 février (2020)  dans une église voisine de celle qui a fait la une des médias ces derniers temps. J’ai rencontré des personnes qui avaient participé toute la semaine à ce temps de prière de la Porte ouverte. Ils m’ont salué, serré la main, on a discuté un moment, ils m’ont acheté un livre et je les remercie de ne pas m’avoir contaminé.  Cette petite précision a priori sans importance, pour dire que « le fantasme » a sans doute pris le pas sur la raison.  Même si, effectivement, ce rassemblement semble  (et je dis bien semble) être l’épicentre (je refuse l’anglicisme utilisé à ce propos) identifié de l’épidémie en France, personne ne signale qu’à 500 mètres de cette église, il y a une mosquée très importante dont aucun journaliste sérieux ne s’est enquis de savoir s’il y avait un cas ou des cas de Coronavirus.  La stigmatisation n’est qu’un concept fonctionnant de manière unilatérale. On ne stigmatise pas les Musulmans de France (trop nombreux), en revanche, on peut stigmatiser les chrétiens, surtout les évangéliques.

Si ces derniers aiment bien se gargariser de leurs chiffres (1500, 2000, 2500  participants), mis à part le microcosme évangélique, impressionnable, il faut comprendre que ce genre de comptabilité disons gênante, n’impressionne personne en dehors des sphères évangéliques.

Aucun des désormais célèbres « gestes barrières » n’était encore,  à ces dates, mis en vigueur, rien ne laissant présager l’ampleur que les évènements allaient prendre en si peu de temps. Il n’y avait donc aucune raison pour ces gens venant vivre leur foi pendant cette semaine, de prendre la moindre précaution particulière.  C’est donc parfaitement injuste  de chercher (pour certains) à fabriquer le bouc émissaire idéal  en ramenant toujours et  encore dans l’actualité le cas de cette église. On vous dit ce que l’on veut bien vous dire et on vous tait ce qu’il est décidé de taire.

En revanche, s’il y a à redire, c’est bien sur la stratégie de communication de cette communauté, disons pour le moins « catastrophique ».  L’honnêteté (spirituelle, intellectuelle, morale) oblige à constater des lacunes énormes dans ce domaine. Je n’ignore pas les réactions émotionnelles, irrationnelles, passionnelles, dès que l’on ose parler vrai à propos de certains sujets. Chez les évangéliques, c’est épidermique, on ne touche pas aux icônes  et de ce fait  on refuse d’envisager une seule seconde que l’on puisse, comme n’importe qui, faire des erreurs et devoir le reconnaître afin d’éviter de les reproduire.

Je veux bien admettre que personne parmi les responsables de la P.O. ne se soit précipité dans les médias, en faisant acte d’un civisme plus que zélé. Sans doute fallait-il le faire pour « pister» les participants répartis un peu partout en France et en Europe. Mais, par contre, fallait-il  accepter de donner des interviews plus que discutables à tout bout de champ, là j’en doute. Devait-on fournir des vidéos à la presse, montrant les croyants en prière,  ce qui me mettra toujours aussi mal à l’aise. La prière c’est du domaine du « privé », voire même de l’intime, cette manie de filmer tout, tout le temps, cherchant à favoriser une émotion déplacée,  est pénible. Et que dire de la dernière idée (devant laquelle il convient de s’extasier sous peine d’être le vilain petit canard), idée pour le moins saugrenue et déplacée de mettre en scène la repentance et ses larmes en principe réservées uniquement à Dieu. Regretter les, je cite « cultes spectacles » mais venir « jouer » (qu’on m’évite les commentaires concernant la sincérité de la personne SVP) la repentance face caméra c’est consternant.  Outre l’évidente contradiction entre propos et méthode, c’est terriblement humiliant de constater à quel point en sont arrivés certains évangéliques. Société du spectacle quand tu nous tiens.

Et puis, fallait-il vraiment qu’un des responsables de cette communauté aille demander pardon dans les médias, mais pourquoi donc, quelle raison avait-il de faire cela, en quoi avait-il commis une faute pour aller de la sorte s’exposer inutilement ? Je ne vais pas parler des  rumeurs de « persécution » contre cette église, juste parce que des voisins se sont affolés (à juste titre d’ailleurs) en voyant des véhicules se garer de nouveau sur le parking. Non, il n’y a pas de persécution (une rhétorique chère aux chrétiens de tous les temps, pas très éloignée du complotisme). Non, Mulhouse ce n’est pas la Corée du Nord ! Ah oui, parce qu’il y a aussi eu la théorie du complot contre cette entité associative. On se demande bien pourquoi, et surtout par qui ? Finalement, si nous cessions de donner des bâtons aux médias et à l’opinion publique  pour nous faire battre,  tout irait sans doute beaucoup mieux.

Effectivement, et malgré les 17 morts enregistrés (en souhaitant qu’il n’y en aura pas d’autres) au sein de la communauté, le Président Macron a refusé de s’y rendre physiquement, mais il a envoyé un courrier de sympathie, ce qui n’est déjà pas mal. Il a préféré se rendre à la Mosquée située au bout de la rue, mais quoi d’étonnant en fait ? Rien !  Entre une population religieuse  de 10 millions d’individus et une autre d’à peine 600 000 je ne vois là aucun complot, ni aucun mépris, mais une logique politique qui nous plait ou non, mais c’est ainsi depuis toujours.

Ce qui est catastrophique dans cette affaire, c’est l’image  laissée par la presse concernant les évangéliques en France. « Quand  tu veux manger avec le diable, il faut avoir une longue cuillère », comprenez : passer son temps à frayer avec les médias se retourne tôt ou tard contre ceux qui s’y essaient. Malgré cela, on sent bien que la remise en question est difficile, plutôt très discrète puisqu’elle semble exister,  mais valable combien de temps ? Se réjouir  que l’on  parle d’eux dans les médias, au détriment des menaces et des messages de haine contre les évangéliques et leurs locaux partout en France, soulignés par le Ministère de l'Intérieur (https://www.eglisepavilly.fr/node/184) dans un communiqué récent, reste pour moi aberrant. Evidemment et c’est classique, certains accuseront les medias, tout comme les médias semblent accuser les évangéliques indirectement en les pointant du doigt régulièrement. Si les médias n’avaient pas été abreuvés par quelques-uns (en quête de reconnaissance médiatique) nous n’en serions peut-être pas là. Vérité dérangeante (quasiment inaudible) pour toute une frange de la population évangélique, certes,  mais pourtant essentielle.

Il est sans doute temps (c’est encore possible) de passer à autre chose. Cette église a le droit de reprendre le cours normal de son existence.  Mais pour cela, il serait bien que quelqu’un demande à ses responsables, soit de se taire et de ne plus communiquer dans les medias, soit de prendre au plus vite des cours de  « Médias training» (anglicisme que je m’autorise à titre exceptionnel), mais plus probablement les deux. Eh oui ! Il est possible de refuser de répondre aux journalistes, vous en avez le droit et même de leur dire non et de refuser le « chantage à la transparence » qui n’est qu’un leurre culpabilisant et toujours unilatéral, mais si choisissez de leur répondre, il faut apprendre à le faire !

En attendant, nous prions pour que le calme revienne vite dans les églises évangéliques de la Région de Mulhouse, qui sont toutes éclaboussées de manière parfaitement injustifiée, sans parler de l’ensemble du monde évangélique en France. Prions aussi pour que la fin du confinement soit marquée par la paix et la sagesse dans les assemblées évangéliques de France et de Navarre.

Finalement et à regarder de très près, il n'y a pas de stigmatisation des évangéliques en France à l'heure actuelle, juste des maladresses qui, si elles ne sont pas corrigées pourraient à terme favoriser une forme de stigmatisation rampante et insidieuse. Pourvu que ce ne soit pas le cas. 

Samuel Foucart

 

 « Suite au trouble causé par les commentaires de certains medias concernant les évangéliques et suite aux nombreuses questions se posant, cet article a pour but de recadrer les choses, sans aucune volonté de polémique et sans passion, merci de bien vouloir en prendre note »