CRIME DANS LA BIBLE : 5/ DAVID EN GARDE A VUE

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C’est dans le chapitre 12 du second livre de Samuel que l’on découvre le régime de garde à vue de l’époque. Le chef d’enquête n’est ni un Gendarme, ni un OPJ  ( Officier de Police Judiciaire), mais un prophète. Il faut dire qu’à l’époque le pouvoir judiciaire, policier et religieux, va de pair. Il n’est donc pas surprenant d’avoir un tel récit au beau milieu d’une histoire criminelle assez sordide.

En effet David a prémédité, organisé et fait exécuter un contrat contre le mari de sa maîtresse. Somme toute assez banale cette histoire me direz-vous, sans doute, bien que le prévenu fera preuve d’un cynisme sans nom, mais nous en reparlerons dans un autre épisode. 

Tout était verrouillé pourtant. David avait fermé toutes les portes, sécurisé les alentours circonstanciés, conjoncturels et personnels, s’étant assuré de la haute fidélité, jusqu’au compromis, de son homme de main, un certain Joab. Comment les soupçons dans un premier temps, puis les accusations sont-ils parvenus aux oreilles de certaines personnes ? Là, on l’ignore, mais le crime parfait n’existe pas. 

David aurait pu éviter tout ceci, en évitant de prendre la femme de son voisin dans un premier temps, mais bon là, je fais de la morale moralisante, ce qui est toujours aussi rébarbatif qu’improductif. Ensuite, ayant autorité moral sur le mari de sa maîtresse, puisqu’il est son employeur, il aurait vraiment pu s’y prendre autrement pour éviter d’en arriver à commettre un crime qui finalement le poursuivra jusqu’au bout de sa vie.

 David est le roi de son peuple, il a tout pouvoir, mais finalement, même s’ il avait pu éviter la garde à vue et refuser la confrontation avec Nathan, il va jouer le jeu. Pensait-il s’en sortir haut la main ? Croyait-il être plus fort et faire valoir son titre, son rang, sa fonction,  son pouvoir pour finalement faire taire le chef d’enquête ? Je n’en sais rien ! Peut-être n’en pouvait-il simplement plus et avait-il besoin de parler. 

En tout cas, il faudra au chef d’enquête Nathan faire preuve de doigté, de psychologie et de courage pour faire avouer le roi. 

Jusque là, on ignore encore qui a parlé, qui a lâché le morceau mais l’affaire s’est ébruitée, ce qui m’amène à considérer que tôt ou tard, tout se sait toujours en matière criminelle.  Est-ce la maîtresse, une certaine Bath-Schéba qui s’est confiée à une amie, toute fière d’avoir une relation avec le « patron » ? Est- ce son grand-père, un dénommé Achitophel, un proche conseiller de David, qui a travaillé avec lui des années et qui savait tout du roi, du chef, mais aussi de l’homme. Cette option est séduisante, quand on sait qu’il finira par prendre en haine David jusqu’à souhaiter ouvertement sa mort ? Est-ce tout simplement la rumeur, les collègues du mari, URIE, qui lors de son pseudo accident du travail ont tout de même dû remarquer des choses étranges, inhabituelles, disons par ordinaires ? Après la rumeur enfle, elle  devient suspicion, puis accusation et enfin aveux !

La garde à vue de David était extrêmement risquée pour Nathan. David pouvait le faire démettre, le désavouer, refuser de lui répondre, cachant un sacro-saint « secret d’état » ou pire encore s’arranger pour le faire exécuter, ça s’est  vu, souvent et plus récemment qu’on ne l’imagine.

David va être amené à prononcer sa propre culpabilité lui-même et il va même sans s’en rendre compte indiquer sa terrible peine, celle qu’il estime mériter, mais tout ceci sans avoir abordé le fond de l’affaire. 

Le chef d’enquête va utiliser une image qui va mettre David dans une colère noire. Fragilisé,  Nathan  va planter une seule banderille en cinq mots : « Tu es cet homme-là » ! Et là le gardé à vue craque et capitule, il parle, parle, s’épanche, pleure et avoue tout !  Si l’aveu n’est plus la reine des preuves depuis l’apparition de l’ADN, il n’en reste pas moins vrai que lorsqu’ils ne sont pas extorqués ou forcés, les aveux sont déterminants pour la suite de l’enquête. 

Le régime de garde à vue dans l’organisation judiciaire reste sans doute une épreuve pour celui qui doit y passer mais c’est aussi le moyen légal de  déterminer ou non une poursuite en justice. Bon nombre d’affaires s’arrêtent à la garde à vue.  D’autres continuent et aboutissent à des condamnations ou à des non lieux.

Etre en garde à vue aujourd’hui peut arriver à des gens très bien ! Faire l’amalgame trop rapidement entre « Garde à vue » et « Culpabilité » est grave, la garde à vue étant aujourd’hui un outil au service de la justice pour faire éclater la vérité. 

David vivra, alors qu’il risquait à l’époque la peine de mort, tout roi qu’il était. Ses aveux pencheront dans la balance de la Justice, mais s’il évitera la prison, il n’en connaîtra pas moins une triple peine avec la mort de quatre de ses fils en lien direct avec son crime.

Samuel Foucart

 

 L’avis du juriste :

La garde à vue est une mesure de privation de liberté décidée à l'encontre d'un suspect et réalisée au sein des locaux de police.

Près de 2200 personnes sont mises en garde à vue chaque jour en France, pour autant, cette mesure n'est pas anodine et peut s'avérer être une véritable épreuve.

Coupé de ses contacts avec l'extérieur, et placé dans une cellule inconfortable, le suspect se trouve en situation de vulnérabilité.

Durant un ou deux jours ( plus en matière de terrorisme ou de criminalité organisée ), le placement en garde à vue doit répondre  à plusieurs conditions de fond: gravité de l’infraction, soupçons et objectifs poursuivis.

La garde à vue ne peut être décidée qu'en matière de crimes ou de délits lorsqu'une peine d'emprisonnement est encourue, elle est donc exclue pour les contraventions ainsi que pour les délits qui ne sont pas punis d'emprisonnement.

La  garde à vue ne peut être décidée que pour une personne à l'encontre de laquelle il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu'elle a commis ou tenté de commettre, comme auteur ou comme complice, le crime ou le délit.

Dès lors, un certain nombre de garde à vue ne donnent finalement lieu à aucune poursuite.

Enfin, la garde à vue doit constituer l'unique moyen de parvenir à l'un des objectifs suivants :

  1. permettre l'exécution des investigations impliquant la présence ou la participation de la personne 
  2. garantir la présentation de la personne devant le Procureur afin qu'il apprécie la suite à donner à l'enquête 
  3. empêcher que la personne ne modifie les preuves ou indices matériels 
  4. empêcher que la personne ne fasse pression sur les témoins/victimes, leur famille ou proches ;
  5. empêcher que la personne ne se concerte avec d'éventuels coauteurs ou complices ;
  6. garantir la mise en œuvre des mesures destinées à faire cesser le crime ou le délit 

D.A. TI de Grenoble

 

La parole est à la défense :

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les assesseurs, Mesdames et Messieurs les jurés, Monsieur l'avocat général.

Mon client est accusé d’homicide volontaire avec préméditation à l'encontre de Monsieur Urie, mari de sa maîtresse Madame Bethschéba.

 Il est clair que vous entrerez en condamnation, les faits ayant été avoués lors de sa garde à vue. Son audition réalisée par l'OPJ, Monsieur Nathan est particulièrement éclairante sur la personnalité complexe de mon client.

Un homme seul et fatigué 

Il est loin le temps où le roi David était à la tête de son armée pour pourfendre l'ennemi ; il l'est encore plus ce temps béni où  il saisissait à la gorge les ours et les lions et décapitait Goliath. David est l'ombre de lui même ; il est fatigué et il préfère rester dans son palais alors que son armée combat les ennemis. 

Le roi se retrouve donc tout seul dans ce grand palais ; il est avec lui même et il est donc en mauvaise compagnie ; ses pensées s'entrechoquent, il tourne en rond comme un lion en cage et la vision soudaine de cette femme nue prenant son bain l'électrise ; à la frontière entre le rêve et la réalité, cette vision le magnétise : lui qui a affronté des ours, des lions et  Goliath, baisse sa garde morale et dépose ses armes spirituelles aux pieds de cette femme qu'il ne connaît même pas. Betschéba c'est son arbre de la connaissance du bien et du mal ; il sait qu'il ne doit pas la toucher, elle est mariée, mais dans sa faiblesse morale et spirituelle, poussé par une pulsion sexuelle, il cède à la tentation et goûte au fruit interdit. Il reproduit le péché adamique !

C'est un Samson des temps « modernes » victime de son appétit sexuel !

Une faute en appelant une autre dans un engrenage sans fin, ce rapport sexuel glisse vers le mensonge et le mensonge vers le meurtre. Tout va trop vite, trop loin ; il ne maîtrise plus rien. C'est « plus fort que lui ». D’ailleurs les psychiatres ne s'y sont pas trompés en estimant que cet homme était fragile et avait à bien des égards les symptômes de la folie passionnelle.

Pour sa défense, notons qu'il reconnaîtra les faits et s'en repentira amèrement.

Par ailleurs, son casier judiciaire est vierge ; jamais auparavant, il n'a été amené à commettre une infraction similaire !

Betschéba : une femme ambiguë.

Bien qu'il n'ait pas été prouvé par l'enquête judiciaire que Betschéba ait été mise dans la confidence quant au meurtre de son mari, son comportement reste suspicieux : une femme qui n'hésite pas à exposer son corps nu à qui veut la voir, aurait très bien pu être complice de ce crime voir même l'avoir suggéré à David. En effet, il a été démontré lors de l'enquête préliminaire que son couple battait de l'aile et qu'Urie préférait, entre deux batailles, dormir dehors plutôt qu'avec sa femme !!!

Était-elle au final l'instigatrice de crime et le mauvais génie du bon roi ?

Mesdames et Messieurs les jurés, manifestement il s'agit d'un crime passionnel ; bien qu'il ne soit plus reconnu comme tel par le droit français, il n'en demeure pas moins qu'il s'inscrit parfaitement dans la folie amoureuse d'un homme qui perd pied, sa sagesse et son discernement suite à un coup de foudre envers une femme au comportement étrange ou tout du moins suspect.

Cet homme a déjà payé cher son crime en perdant l'enfant fruit de cette union ; sans compter les conséquences sur son règne. Il vous appartiendra dans votre sentence d'en tenir compte.

Maître F.F.