CRIME DANS LA BIBLE : 3/ VIOL AU PALAIS ROYAL

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Ce n’est ni dans Clooser, ni dans Paris Match que l’on trouve le récit de ce crime, puisque oui, mille fois oui, le viol est un crime, même dans la Bible. Plus précisément dans le second livre de Samuel au chapitre 13/12 à 14. Mais pour bien comprendre cette sinistre affaire, il faut lire tout ce chapitre 13. 

Quand une fille dit : NON ! C’est NON ! Il faudrait que tous les garçons l’entendent, le sachent, que tous les hommes s’en souviennent ou qu’on leur rappelle.  Si ce « NON » n’est pas respecté, c’est un crime qui tombe sous le coup de la loi, du moins dans les pays civilisés.

C’est le successeur du roi David, du moins en terme d’ordre dans la hiérarchie naturelle, qui va se livrer à ce viol, sur sa demi-sœur Tamar, une jeune fille, pardonnez la précision, mais une jeune fille vierge. Cela devrait aller sans le dire, mais c’est mieux en le disant. C’est donc un viol avec inceste. Certains commentateurs vont jusqu’à dire qu’elle était mineure, mais la notion de minorité à l’époque n’a pas grand chose à voir avec nos conceptions. En France, en Europe et plus largement en Occident, il y a « l’âge de la maturité sexuelle », concept assez vague j’en conviens et puis il y a les atteintes sur mineurs, qu’ils soient consentants ou non. Même si les lois, les règles et les coutumes de l’époque n’avaient rien à voir avec celles régissant nos démocraties, le viol de la princesse Tamar est choquant, inadmissible et terriblement révélateur.

C’est un viol prémédité par Amnon et organisé avec l’aide de son cousin Jonadab. Sous prétexte de sentiments « amoureux » qui n’étaient en réalité rien d’autre qu’une forte attirance sexuelle, le prince Amnon va mettre au point ce sinistre scénario.

« Faites sortir tout le monde » (2 Samuel 13/9) est la phrase clef, le déclencheur du drame qui s’est préparé et qui prend forme à ce moment-là.  C’est là que la perversité des deux personnages masculins de ce récit apparaît. L’un comme l’autre connaissaient le texte du Deutéronome évoquant le viol, (Deutéronome 22/25 à 29) et ils savaient que si personne n’entendait la victime crier, il était possible de laisser supposer qu’elle était d’accord. Voilà pourquoi le prince de sang royal Amnon va faire sortir tout le monde. Il sera toujours temps de salir l’image de Tamar si nécessaire.

La préméditation d’un crime aggravera toujours la peine du coupable, même si le sang n’est pas répandu et si la victime n’est pas assassinée. Il faut en finir avec  les conceptions laxistes tendant à expliquer que, je cite : « Quand même un viol, sans meurtre, bon c’est grave certes, mais c’est moins grave que si le violeur avait tué » ! Demandez donc aux victimes ce qu’elles en pensent

Autre concept très répandu et auquel il faut tordre le coup une fois pour toutes, si c’est possible ! Il peut se résumer ainsi : «Tout de même Tamar, elle devait bien se douter de quelque chose non ? Et puis un beau brin de fille comme elle, elle croyait quoi ? Et puis sa tenue, hein sa tenue, elle affichait sa virginité aux yeux des hommes ! Allez ! Elle l’a bien cherché » !  Que les jeunes filles et les femmes soient pudiques est une chose, que certains hommes trouvent de l’impudeur, là où il n’y a que des marques de féminité, en est une autre. Parce que oui, Amnon est un malade, c’est un pervers, qui se laisse aller à ses pulsions et trouve un complice au moins aussi vicieux que lui pour les faire aboutir. 

A aucun moment Tamar ne va se douter de quelque chose. Le seul qui semble avoir un doute, c’est David. Il va marquer une hésitation au moment de demander à sa fille de se rendre chez le prince héritier. Connaissait-il les tendances perverses de son royal rejeton ?  En tout cas, il va laisser faire. 

Ce que l’on sait sur le viol lui- même, c’est qu’il fut brutal, mais c’est si souvent le cas. On sait qu’il consista en un rapport sexuel complet, avec pénétration et qu’il fut relativement bref, d’après le texte biblique, qui enchaîne très vite sur autre chose. 

Le rejet de la princesse par Amnon ajoute encore au drame du viol. La violence continue mais cette fois elle est verbale, les paroles sont violentes !! Et pas seulement de la part du violeur. 

On ne parlera jamais assez du traumatisme subi par les victimes de viol. Leurs sentiments de dégoût, leur culpabilité, le sentiment d’être salie à vie. Le désespoir de Tamar, c’est celui de toutes ces victimes, qui depuis des lustres doivent subir les assauts de mâles incapables de canaliser leurs pulsions. 

Il faut ajouter à tout ceci l’incompréhension coupable d’Absalom et ses paroles effrayantes : « Ma sœur, garde le silence, c’est ton frère ; ne prends pas trop la chose à cœur (…) » ! On est encore très loin de Metoo ou de « Balancetonporc.com ». Je reste pantois devant la modernité du texte biblique qui signale déjà la difficulté pour une victime de viol, de prendre la parole, de mettre des mots sur les maux, de porter plainte tout simplement, d’en parler à qui de droit ! C’est tabou, le silence vaut mieux, moins on en parle mieux c’est !  La suite du récit nous dévoile une fille détruite, qui va sombrer dans une profonde dépression dont visiblement elle ne sortira jamais. 

Et puis, décidément,  les hommes de ce récit ne sont guères brillants. Quand David, le père de Tamar, le roi d’Israël apprend l’affaire, il ne va rien dire, rien faire ! Pourquoi ? Solidarité masculine, culture de la virilité, peur du scandale, laxisme coupable ? Sans doute un peu de tout ceci. Mais imaginez la souffrance de Tamar face au silence coupable de son père. Pourtant la loi en vigueur en Israël obligeait David à réagir (Lévitique 18/9). 

Tamar va prononcer elle- même les mots justes à l’égard de l’attitude de son demi-frère : « Ce méfait de me renvoyer est plus grave encore que celui dont tu t’es rendu coupable » ! (2Samuel 13/16).

Messieurs : Quand une fille dit NON ! C’est NON (même si vous avez l’impression qu’elle pense OUI Messieurs) ! Refuser de l’entendre est un crime ! 

Samuel Foucart

L’avis du juriste: 

De  la période greco romaine avec le Pater  Familias  ayant droit de vie et de mort sur sa maisonnée, en passant par le moyen âge où les femmes étaient mariées contre leur gré,  la femme a très longtemps été considérée comme inférieure à l’homme et il faudra attendre 1810 pour que le viol soit incriminé pénalement en France. La législation en la matière ne cessera d'évoluer, mais  il faudra attendre 1980 pour voir adopter une nouvelle loi définissant clairement les contours du viol, et ce, grâce à des mouvements féministes. De même, ce n’est qu’en 2006 que sera incriminé le viol entre époux, sonnant ainsi le glas du sacro saint devoir conjugal.

Enfin, la loi du 3 août 2018 élargit la définition du viol, permettant d’incriminer tout type de pénétration sexuelle imposée, ce qui comprend non seulement le rapport sexuel classique mais également les pénétrations annales et buccales non consenties.

Cette loi marque une avancée notable pour les victimes, dont le nombre va croissant au fil des années.

Sur le plan pénal, le viol est passible de 15 ans de réclusion criminelle, 20 ans s’il existe des circonstances aggravantes, 30 ans s’il entraîne la mort, et de la réclusion à perpétuité  s’il est accompagné d’actes de tortures ou de barbarie. 

D.A. TGI de Grenoble

L’avis du psychologue :

"Secrets de famille"

Ce passage biblique et la réaction de David nous montrent que les secrets de famille existent depuis de nombreux siècles.  La paix a un prix, les intérêts communs passent avant l’individu !

Ces secrets ont beaucoup été étudiés en psychologie car ils peuvent avoir des conséquences catastrophiques pour ceux qui les portent ou lorsqu’ils sont révélés. Ils peuvent se transmettre sur plusieurs générations, poursuivre un but différent et cacher de nombreuses choses. Ainsi, actes répréhensibles par la loi ou encore sujets de honte seront dissimulés par la loi du silence.

Le but est de protéger une personne jugée faible ou une famille en cachant certaines choses difficiles afin de faire comme si elles n’existaient pas. On pense que le non-dit va effacer l’acte, souvent mauvais, comme si rien ne s’était passé.

Certaines personnes apprendront à vivre avec ce fardeau alors que pour d’autres, un soutien psychologique peut être nécessaire. Au fil des années des thérapies ont donc vu le jour afin de « réparer » les blessures causées par ces secrets.

A.D. Psychologue

La parole est à la défense :

« Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les assesseurs, Mesdames et Messieurs les jurés, Monsieur l'avocat général.

Le viol est un crime et il doit être durement sanctionné ; tous en conviennent : à fortiori lorsqu'il s'agit d'un inceste. Mon client a avoué ce viol ; malgré tout, de nombreuses circonstances ne peuvent qu'atténuer la rigueur de la peine que vous vous apprêtez à prononcer à son encontre :

De mauvaises fréquentations 

Il s'avère indéniable que son ami, en le conseillant et en échafaudant un véritable stratagème machiavélique a une responsabilité importante dans la commission de ce viol. Il est non seulement complice, mais également son mauvais génie ; il appartient d'ailleurs au parquet de le poursuivre.

Un caractère faible

Amnon a toujours été un faible ; il est influençable et il est facilement manipulable par son entourage amical. Ce n'est pas le fruit du hasard si le nom choisit par son père « Amnon » signifie « soutenu », « sous tutelle ».

Une addiction sexuelle

Mon client souffre d'une addiction sexuelle particulièrement aiguë. Il apparu dans les PV d'auditions en garde à vue combien il en est malade depuis des années. Il est littéralement tourmenté ; il combat ses pensées mortifères avec plus ou moins de succès.

Une expertise psychiatrique instructive

Les experts ont décelé chez lui une personnalité complexe qui pourrait à bien des égards s'apparenter à de la schizophrénie. Est-il à ce titre responsable pénalement ?

Une éducation approximative.

Le grand roi David était un « petit » » père qui envers ses enfants témoignait d'un laxisme coupable ; il était souvent dans le « laisser faire » et l'amour qui leur portait était dénué de toute discipline éducative. Amnon n'a jamais appris la différence entre le bien et le mal ; il est né avec « une cuillère en argent dans la bouche » ; il ne connaissait pas les privations et il était habitué à ce que son père lui cède tout. Ses désirs étaient des ordres. Il désirait Tamar ; il l'a pris voilà tout....

Une absence de prise en charge médicale

Le roi David n'a rien fait pour mettre en œuvre une prise en charge médicale. Était-il laxiste, libéral ou même peut-être dans le déni ?

Une complicité passive du roi David

Il ressort des auditions que le roi David hésita à envoyer sa fille Tamar auprès d'Amnon. Il s'est ainsi rendu complice de ce viol en jetant en pâture sa propre fille à son fils dont il soupçonnait la pathologie.

Je m'en remets donc à la sagesse de votre Cour Monsieur le président et en particulier à celle des jurés qui sauront discerner la juste peine à infliger à mon client. »

 

Maître F.F.