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On dira ce que l’on voudra, mais si les catholiques n’existaient pas il faudrait les inventer. Personnellement j’admire leur courage et leur détermination, même si honnêtement il s’agirait plutôt de  témérité et de provocation. N’empêche leur démarche auprès du ministre de l’intérieur et leur volonté d’aller célébrer leurs messes sur les parvis de leurs églises force le respect. 

Mais pourquoi « diable » les protestants sont-ils tellement absents de ce genre de revendications? Sans vouloir être méchant, mais je sens que je vais l’être, allez juste un peu, mais qui aime bien châtie bien, confinement ou pas, leurs églises sont presque toujours aussi vides, donc manifester pour le maintien ou le rétablissement des cultes est assez secondaire en fait. 

Les orthodoxes sont une minorité dans notre pays et se font surtout remarquer par leur discrétion permanente. On ne pourra pas leur en vouloir de ne pas revendiquer ni manifester. 

En revanche, évangéliques, pentecôtistes et autres baptistes ou apostoliques brillent par leur absence constante du débat. Aucune revendication, un total respect du texte biblique invitant les croyants à se soumettre aux autorités de leur pays, au limite de la compromission parfois :  « Que chacun se soumette aux autorités qui nous gouvernent, car toute autorité vient de Dieu, et celles qui existent ont été établies par Dieu. » Romains 13/1.

Il est évident que nos amis catholiques, dont il semblerait qu’une frange minoritaire et « intégriste » soit à l’origine de ces manifestations  et revendications, s’exposent à bien des risques. Celui de ne pas être compris face aux exigences sanitaires s’imposant à tous et particulièrement durement à certains professionnels recevant du public. Par ailleurs, ils attirent sur eux les projecteurs des medias, ce qui est toujours à double tranchant. Ainsi on voit une journaliste de Quotidien (dont l’inénarrable Yann Barthes est encore le maître d’œuvre, malheureusement) dénoncer aux CRS déployés au pied du parvis d’une église catholique, des gens qui prient. C’est minable mais un peu fatal, compte tenu des réactions épidermiques que le catholicisme provoque encore dans la société française. Mais pas besoin des autres pour se faire battre, dans la stricte lignée des grands martyrs cathos, on a entendu des propos du style : « Moi je préfère obéir à Dieu plutôt qu’aux interdictions du gouvernement ». Bâton pour se faire battre que ceci, n’est-ce pas ? Il ne faudra pas se plaindre quand des musulmans chercheront à nous faire admettre que leur charia est supérieure aux lois de la république. D’ailleurs et pour en finir sur ce point, avis aux évangéliques tentés de raconter les mêmes sornettes : SVP abstenez-vous, cela vaudra mieux, même si je sais pertinemment ce que la Bible déclare : « Pierre et les apôtres répondirent: Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » Actes 5/29. Autres temps, autre contexte (en l’espèce une persécution contre l’église) et autres enjeux. En l’occurrence, le confinement est imposé à tous, pour des raisons que certains discuteront à juste titre, et rien n’est dirigé contre les églises en particulier ni contre leurs ministres. 

Alors je reviens à ma question de départ : « Pourquoi les catholiques sont-ils les seuls à manifester pour pouvoir pratiquer leur messes? ». La réponse est d’ailleurs dans la question. La messe ! En ce qui concerne le Protestantisme et ses branches plus ou moins remuantes que sont les évangéliques ou les pentecôtistes, l’expression de leur foi et de leur culte n’a pas besoin d’un rassemblement hebdomadaire ou quotidien. Ces gens là, historiquement, à cause des multiples persécutions d’une part (voir les héroïques Huguenots cévenols en France), mais surtout à cause de l’enseignement de Jésus (Matthieu 6/6) : « Quand tu pries entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton père qui est là dans le secret » n’ont finalement pas besoin d’une messe ou d’un rassemblement religieux quelconque pour vivre pleinement  leur foi, leur communion avec Dieu, leur adoration. La force de ces mouvements a toujours été la piété personnelle, l’intimité personnelle avec Dieu. Lors du premier confinement, j’ai vu passer un excellent dessin, une caricature j’en conviens, que je vais essayer de vous rendre avec des mots. 

Autour d’une mappemonde, se tiennent le diable d’un côté, et Jésus de l’autre. Le diable se frotte les mains et s’adressant à Jésus il lui déclare : « Tu as vu j’ai réussi à faire fermer toutes les églises d’un coup ! » et Jésus de lui répondre : « Ah mais non, tu te trompes, elles se sont multipliées dans les maisons » ! Tout est dit et ceci explique pourquoi cette branche du Protestantisme d’une part, mais aussi les tenants de l’authentique Protestantisme d’autre part ne réclament rien, n’exigent rien, ne revendiquent rien et ne manifestent pas. S’ils le faisaient ce serait uniquement par solidarité avec les catholiques, mais je ne crois pas que ce soit souhaitable. 

Mais alors, les cultes sont-ils aussi indispensables que l’on voudrait nous le faire croire ? C’est une question importante en effet et qui fait partie du débat. Evidemment que oui, lorsqu’ils sont possibles, organisables en toute sérénité et dans le respect de la loi, jusqu’aux limites acceptables en tout cas.  Se retrouver pour partager la Cène, adorer ensemble, chanter les louanges de Dieu, entendre la prédication de la Parole de Dieu, c’est une grâce prévue par Dieu, mais personne dans ces milieux là n’y attachent une importance mystique, voire « magique » comme on le trouve chez les catholiques avec la messe  et point centrale de cette dernière,  l’eucharistie, qui a elle seule explique ce comportement. 

On m’a raconté qu’au Vietnam livré aux communistes, les autorités ont fait arrêter et liquider physiquement tous les pasteurs et leurs familles. En occident, personne ne donnait cher de la peau des églises protestantes, évangéliques et pentecôtistes. Ces églises sont devenues souterraines. A la fin de la persécution communiste (enfin de sa forme la plus violente), les églises avait quintuplé en termes de membres et il n’y avait jamais eu autant de pasteurs qu’à ce moment de leur histoire.

Les catholiques défendent une conception du culte qui est la leur et en cela ils sont respectables, mais ne représentent  absolument pas tout le monde « chrétien » dans sa diversité, et cela aussi c’est respectable.

Samuel Foucart