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"Aurions nous oublié à ce point que vivre c’est aussi accepter la probabilité  de mourir un jour ?"

Jacques Attali qualifiait récemment dans une interview le principe de précaution, tout comme l’état d’urgence sanitaire, je cite « d’absurdité irréversible » ! Il faut espérer qu’il se trompe sur l’aspect irréversible.

L’état d’urgence sanitaire que l’Etat va nous imposer à demeure dès janvier prochain et ce de manière permanente et définitive,  n’est en réalité rien d’autre que le fruit amer du principe de précaution influençant toutes formes de vie (sociale, politique, professionnelle, sportive, scolaire, administrative, associative, collective ou individuelle) depuis déjà trois générations.

Peut-être faut-il rappeler brièvement ce qu’est le concept du principe de précaution, tel que nous le connaissons aujourd’hui : « Le principe de précaution est une disposition définie et entérinée lors du sommet de Rio de 1992. Cette disposition expose que malgré l'absence de certitudes, à un moment donné, dues à un manque de connaissances techniques, scientifiques ou économiques, il convient de prendre des mesures anticipatives de gestion de risques eu égard aux dommages potentiels sur l'environnement et la santé. » 

En France, c’est Jacques Chirac qui en fut un ardent promoteur, relayé par Bernard Kouchner et l’une des applications du « principe de précaution » étant le « devoir d’ingérence », qui consiste à intervenir préventivement dans les affaires d’un état pour éviter un génocide, l’organisation d’une famine ou le déclenchement d’une guerre. Assez utopique en soi, mais bien réelle, cette dimension prend aujourd’hui une tournure inquiétante. 

Alors je reviens à ma question, l’Evangile de Jésus-Christ est-il compatible avec le principe de précaution ? 

En relisant Matthieu 10/16 par exemple on pourrait le croire : « Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. » Certains vont même jusqu’à estimer que Jésus en est le concepteur. C’est aller bien vite en besogne.  Ce texte évangélique met simplement l’accent sur une nécessaire prudence face à un certain type de risques, mais n’y voyons surtout pas là, ne serait-ce que l’embryon du principe de précaution. Ce que Jésus déclare est le juste équilibre dans la vie et rien d’autre. Jésus n’envisage pas de scléroser la vie pour la préserver, de réduire les risques en restant confinés à vie. Certains l’ont fait pour des raisons à peu près similaires, on a appelé cela des moines, des ermites, et  ils se sont enfermés dans un confinement volontaire que l’on nommera monastères, ermitages, pour se protéger du monde et de ses risques du péché. D’autant plus que toute la Bible tend à disqualifier le refus du moindre risque. Jésus vivra dangereusement et il préviendra que le suivre ne sera jamais une partie de plaisir. 

L’auteur du livre des Proverbes va même très loin dans sa condamnation dudit  « principe de précaution ». Je le cite : « Le paresseux dit: Il y a un lion dehors! Je serai tué dans les rues! » (22/13). Il assimile  le désormais fameux "principe de précaution" régissant nos pays aujourd’hui, à de la lâcheté, une crainte déplacée et négative et de la paresse. Non pas la paresse qui refuse de travailler, mais la paresse d’ordre spirituelle refusant les réalités de l’existence d’une part, et la proclamation de la fidélité de Dieu dans ces réalités de la vie d’autre part. Oui la vie est mortelle, le monde est dangereux, mais Dieu est bon et sa fidélité est grande. 

Aujourd’hui, le lion qui tue dans les rues c’est un virus dont je ne veux même pas citer le nom tant on nous a lavé le cerveau avec. Le principe de précaution face à ce « lion-là »  confine à la paranoïa et à un côté ubuesque indéniable. A écouter les discours successifs, les mesures du "jeudi" de plus en plus délirantes et à  géométrie variable des tenants de la politique du moindre risque, on peut résumer l'ensemble ainsi : « il ne faut plus sortir de chez soi parce qu’il y a des virus dehors ». Mais le problème c’est qu’ils sont aussi dedans et même à l'intérieur de notre corps et cela ne date  pas d’hier, ni même d’avant hier ! 

En réalité, la vie est dangereuse, elle l’était avant le fameux virus et elle le sera après. Se lever le matin c’est déjà courir un grand risque. Le risque de ne pas finir la journée vivant. J’ai, un jour, dû intervenir dans le cadre d’un service d’inhumation. Il s'agissait d’un jeune motard. Le « public » présent était composé majoritairement de motards. Ils attendaient tous à ce que je leur dise que faire de la moto c’est dangereux. Eh bien non ! Conduire une moto ce n’est pas plus dangereux que le vélo, que la marche à pieds ou que sais-je encore. C'est la vie qui est risquée.

La vraie paresse spirituelle consiste justement à refuser  de courir le moindre risque, non pas en menant une vie désordonnée et en s'exposant volontairement à des risques avérés, mais simplement en acceptant l’idée que la mort fait partie de la vie. 

« Il y a un lion dehors ! Je serai tué dans la rue ! » J’ignore si les terroristes islamiques ont lu ce texte et sont au courant du principe de précaution régissant nos sociétés occidentales, mais c’est à s’y méprendre. Nier le danger et l’horreur des crimes commis serait absurde et inacceptable. Mais les relativiser doit être accepté. Depuis 2012, les attentats islamiques ont tué 265 personnes en France. C’est  trop, c’est injuste, mais si une vie est une vie et qu’elle est importante,  admettons que ce chiffre est dérisoire sur le plan comptable. Parce qu'il y a des terroristes dans le monde allons-nous refuser de sortir de chez nous à vie ? Certains on déjà fait le pont entre "confinement" et protection à l'égard du terrorisme. Moins on sort dans les rues plus on a de chances de survivre au terrorisme.  

L’expression inquiétante et déviante de ce principe de précaution poussé à l’excès  engendre sans l’avoir voulu, du moins je veux le croire, une forme de dictature. 

Puisque l’on veut notre bien, notre tranquillité, puisque l’on ne veut plus que l’on meurt et que nos dirigeants, appliquant à la lettre le principe de précaution se surprotègent contre d'éventuels procès à venir (qui viendront quand même), alors ils vont faire notre bonheur malgré nous et pour y arriver, ils font tout ce que le principe de précaution autorise en en rajoutant un peu plus à chaque fois.

Certains nous ont expliqué que la crise sanitaire avait changé le rapport à la mort, non le rapport à la mort a changé dans nos société occidentales depuis bien longtemps et le principe de précaution n’en était que les sombres prémices. Cette crise sanitaire révèle à quel point notre rapport à la mort a effectivement changé.

C’est bien triste que des croyants n’aient pas relu leur Bible dans son équilibre et ne  cite que Matthieu 10/16, que pour expliquer, justifier et valider leur manque de foi dans le Dieu tellement plus grand que n’importe quel lion dans la rue ! 

Oui la vie est risquée, oui la vie est dangereuse, oui il y a non pas un lion mais des lions dans les rues de notre existence, mais il y a aussi un Dieu, celui des chrétiens, qui a aidé Daniel dans la fosses aux lions, qui a donné à Samson la force de tuer un lion à mains nues, qui a secouru David face aux lions qui décimaient le troupeau et n’est-ce pas Paul qui déclarait : « J’ai été délivré de la gueule du lion » 2 Timothée 4/17 ? 

En résumé et pour rester très pratique, organiser des réunions publiques dans une église aujourd’hui, à l’heure de l’urgence sanitaire, du confinement et autres mesures restreignant les libertés individuelles,  c’est pécher contre les paroles de Jésus en manquant de sagesse et de prudence (en plus de s’exposer à 135 € d’amende par personne et à une fermeture administrative). En revanche, entretenir la paranoïa, la peur et le « scepticisme » au nom de la « prudence évangélique », c’est totalement abusif et c’est  pêcher contre la fidélité de Dieu et sa protection. 

Le principe de précaution (tout comme l’urgence sanitaire qui n’est rien d’autre que la fille aînée du premier cité), poussé à son paroxysme, paralyse toute forme de vie et est finalement très éloigné de la prudence évangélique qui induit  toujours la dimension de foi dans la fidélité de Dieu sans jamais en exclure la vie et la liberté.

 Nuances de taille n’est-ce pas ?  

Et si nous revenions à nos fondamentaux et à nos valeurs en laissant tomber ceux d’un humanisme sans Dieu  et ce au moins dans nos parles et dans notre manière de penser ? 

« Aurions nous oublié à ce point que vivre c’est aussi accepter la probabilité  de mourir un jour ? »  En matière du « partisan du moindre risque », je ne vois que le bilboquet et encore !

Samuel Foucart