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« Fais pour moi l’opération magique et fais parler le mort que je te désignerai » 1 Samuel 28/8

La demande de cet homme au comble du désespoir, mal dans sa peau, isolé, sans doute très atteint psychiquement est si peu surprenante. A force de ne pas vouloir de la spiritualité que le Dieu de la Bible propose, il  reste les ersatz et dans ce domaine, c’est bien souvent très glauque et jamais sans conséquences négatives.  Les spirites sont censés faire parler les morts, ce qui reste à prouver, mais en tous les cas  ils le revendiquent. On sait que certains services de Police et de Gendarmerie en désespoir de cause, face à des enquêtes qui n’avancent pas, ont, parfois, rarement (disent-ils) fait appel à des voyants, à des gens pratiquants des arts occultes, ce qui ne manquera pas de faire réagir certaines personnes, mais ce n’est que le reflet d’une réalité.  Et je ne parle même pas des gens de ce milieu intervenant indirectement dans une enquête (souvent à propos d’une disparition inquiétante) en donnant des « indications » précises, avérées parfois ou pas.  Il est  certain que « faire parler » une victime disparue ou morte dans des conditions inexpliquées, victime d’un meurtrier inconnu, arrangerait tellement les enquêteurs. Mais sûrement  pas par ce biais-là qui reste très discutable et très inquiétant. 

Il existe une seconde catégorie de personnes faisant « parler les morts », ce sont les historiens. C’est assez incroyable ce que l’on découvre au travers de lettres, de récits, de textes à propos de personnalités mortes et ce, sur leur caractère, leurs amours, leurs passions, leurs petits défauts, leurs grands péchés. Par extension, les « historiens » d’aujourd’hui, sont ceux d’une histoire immédiate. Ils sont souvent techniciens en téléphonie, exploitants d’images de caméra de surveillance ou chercheurs dans un laboratoire spécialisé sur l’ADN, voire même agent bancaire. Une personne disparue, décédée dans des conditions criminelles, ou bien une autre accusée d’un forfait, peut raconter son histoire via sa carte bleue, son téléphone portable,  sa plaque d’immatriculation, ses différents points de circulation ou encore son ADN ! C’est l’histoire quasiment en live ! Quelqu’un disait : « Un homme ne dira jamais tout à sa femme, ni à sa mère, mais par contre il dit tout à Google ». Si vous voulez connaître les secrets d’une personne, exploitez son moteur de recherche Google. Son histoire cachée apparaît directement. 

La troisième catégorie de gens faisant parler les morts ce sont les médecins légistes. Et là, nous sommes bien loin d’actes magiques. C’est de la médecine pure, de la science déductive, de la constatation des faits. Une personne décédée entre les mains d’un service de médecine légale ne va pas garder beaucoup de secrets. On sait l’heure de sa mort, on connaît son ADN ce qui permet de l’identifier au cas où. On sait ce qu’a été son dernier repas, en général on sait de quoi elle est morte exactement et précisément. C’est assez incroyable de voir à quel point la médecine légale a progressé et comme tout élément, souvent insignifiant ou repoussant à nos yeux, compte. Par exemple, les insectes colonisant une dépouille sont classifiés, j’allais dire, par ordre d’apparition à l’image. Ce qui pour nous est juste une idée dégoûtante et repoussante, est un élément essentiel de la médecine légale. Ces médecins à part (qui d’ailleurs ne s’occupent pas que des morts, mais aussi des blessés) et leurs équipes, ont donc pour tâche de faire parler un mort et en général ils y arrivent très bien. Leur rôle est essentiel dans une enquête et dans le procès qui suivra. 

Aussi dérangeant que cela puisse paraître, un mort ça parle  et parfois ça parle beaucoup. N’y voyons pas forcément là un acte de spiritisme discutable, mais juste et bien souvent le reflet de techniques scientifiques et de recherches minutieuses.

 Samuel Foucart

 

Avis juridique: 

Identifier le criminel, établir des preuves de sa culpabilité,  sont indispensables à la Justice pour sanctionner.

Au delà des célèbres  séries télévisées, telles « RIS police scientifique«  ou « Les experts », quelle enquête criminelle pourrait aujourd’hui se passer de la police scientifique? 

La police moderne est le résultat d’un long cheminement depuis le XIX e siècle. 

En Argentine, en juin 1892, l’affaire du double crime de Francisca ROJAS confirme le succès d’un nouveau moyen d’identification par les empreintes digitales.

Dix ans plus tard, en 1902, l’affaire Scheffer en France restera dans les annales de la police scientifique, puisqu’il s’agira de la première identification effectuée à l’aide de traces papillaires prélevées sur les lieux d’un crime. 

Désormais, les enquêtes policières s’appuieront sur la science en investissant de nombreux domaines d’études: médecine légale, balistique, toxicologie, recherche d’ADN.

En 1987, pour la première fois, l’ADN va confondre l’auteur d’un double meurtre, avec l’affaire  Colin Pitchfork.

La révolution technique et scientifique du XX e siècle  se poursuit à un rythme accru au XXI e siècle: Internet, la biotechnologie, la recherche en matière             d’intelligence  artificielle impactent la police scientifique, renforçant ainsi toujours plus l’importance de la science dans l’enquête de police.

Toutes ces  nouvelles technologies représentent de puissants moyens d’investigation et tendent  à favoriser une protection plus efficace de l'ordre public. Mais elles peuvent aussi porter atteinte aux droits et libertés des individus, et c'est pourquoi il faut trouver un équilibre indispensable  entre promotion des nouvelles technologies et sauvegarde des droits et libertés.

D.ANDRE T.J. de Grenoble

 

Le point de vue du psychologue :

La mort est omniprésente dans notre société et le domaine de la psychologie n’y échappe pas. Bien loin d’actes de spiritisme certaines maladies psychologiques ont un lien fort avec la mort.

Il y a en premier lieu les hallucinations qui sont de fausses perceptions de la réalité (qui peuvent être liées aux cinq sens). Ces hallucinations sont souvent liées à des troubles mentaux (schizophrénie, trouble bipolaire etc.). Dans ces troubles, il est tout à fait possible aux malades d’entendre des voix ou de voir des personnes qui n’existent pas réellement.

Il existe également la peur irraisonnée de la mort : la thanatophobie qui entraîne une anxiété pathologique. Cette peur peut amener la personne atteinte à l’insomnie par peur de mourir, à des attaques de panique, à la dépression et peut empêcher de vivre normalement (la personne réduit très fortement ses activités pour éviter tout danger).

Plus impressionnant encore le syndrome de Cotard est un trouble mental où le malade pense qu’un de ses organes est mort ou qu’il est lui-même décédé. Heureusement rare, ce trouble amène un sentiment d’immortalité. Il est souvent associé aux troubles dépressifs, serait lié à un dysfonctionnement du cerveau et peut être traité à l’aide d’antipsychotiques et d’antidépresseurs.

Alexis Damman (Psychologue)

 

Idéologiquement parlant :

Tout être humain naît et meurt !

C’est même de manière cynique une vraie égalité.

Néanmoins que l’homme soit croyant ou non, la mort représente une étape ou une fin que nous ne connaissons pas vraiment et qui suscite de nombreuses interrogations.

Alors face à cette angoisse, beaucoup tentent de l’expliquer, la faire parler, pour de multiples raisons qui sont très différentes, cela peut être judiciaire, psychologique, historique. comme nous le montre l’article. On cherche des réponses, on veut comprendre car l’inconnu fait toujours peur !

Avons-nous « besoin » de davantage d’aide spirituelle, de gourous, marabouts ou autres que dans le passé ? Voyons-nous la mort d’une manière différente ? Il est difficile de répondre à cette question car chacun à sa propre réponse.

Mais cette peur de la mort est sûrement exacerbée ces dernières années par plusieurs raisons. La plus récente réside, à mon avis, dans le cloisonnement qui s’est installé dans notre société. Non pas que les hommes ne craignaient pas la mort dans le passé, mais ils la côtoyaient davantage. En effet, de par leur mode de vie, il n’était pas rare de voir des gens de différentes générations vivre sous le même toit. Ainsi, la mort entrait dans le quotidien, non pas comme une habitude mais comme faisant partie de la vie.

Bien sûr, chacun tentait de l’expliquer, l’interpréter ou non mais elle constituait moins un phénomène exceptionnel comme dans les sociétés occidentales actuelles. Le passage d’un être cher vers l’au-delà ou vers le néant, en fonction des croyances de chacun, était un moment important dans la vie des gens mais il était plus courant.

La coutume, notamment dans les cultures populaires méditerranéennes dont je suis issu, imposait même de laisser le défunt à la maison jusqu’à son enterrement. Chacun se trouvait donc confronté à la mort et la « vivait » à sa façon !

Sandrino Gazzetta (Professeur à la NEOMA Business School de Rouen, Reims et Paris. Université de Rouen)

 

La parole est à la défense :

Mon client est poursuivi pour avoir consulté une sorcière qui pratiqua, à sa demande,  un acte de spiritisme.

On ne peut juger mon client, qui hélas s'est suicidé sur le champ de bataille, sans replacer cet acte dans un contexte politique et surtout personnel compliqué :

Lui qui avait été choisi par Dieu comme roi d’Israël avait indéniablement bien des qualités humaines et spirituelles. Que s'est il donc passé pour qu'il consulta une sorcière dans la perspective de connaître son avenir ? Il bafouait ainsi délibérément une règle qu'il avait lui même instituée pour tout Israël. Le dirigeant s'arroge souvent le droit de déroger à ses propres règles. Ce symptôme si fréquent dans l’histoire des peuples est encore tristement partagé par tous ces potentats assoiffés de pouvoir et prêts à tout pour le garder quitte à se renier eux mêmes. Mais mon client était fou ; le pouvoir rend fou lorsqu’il n'est maîtrisé ni par la sagesse et ni par l'humilité. 

Hélas, mon client, en se suicidant, emporta dans sa folie, son fils Jonathan.

Bien de nos contemporains fréquentent les astrologues et les voyants cherchant désespérément et moyennant finance à connaître leur avenir. Ils sont désemparés, leur vie n'a plus de sens et ils ne voient pas d'autre recours que celui de s'en remettre à des charlatans ou des adeptes de l'occultisme. Mon client en était arrivé là. Lui qui jadis se confiait dans le Dieu d’Israël quémandait une information auprès d'une voyante. Cette fuite en avant augurait du pire : son suicide. Lorsque l'on en arrive à faire le contraire de ce qui paraît juste au point de détruire sa vie, l'esprit de cette personne est profondément altéré. Dois je rappeler aux jurés que mon client était périodiquement agité par un esprit mauvais que seule la harpe du jeune David pouvait calmer. Les psychiatres ont ainsi décelé chez lui des fractures émotionnelles très fortes. Ces symptômes dépressifs résultent d'une vie faite de compromis et dictée par ses peurs :

La peur du peuple le poussa à accomplir les sacrifices à la place du prophète Samuel tardant à venir et à épargner le bétail des philistins qui devait être tué.

La peur des Philistins le poussa à désarmer ses propres soldats qui n’avaient ni épée, ni lance.

Mon client se déresponsabilisa certes en mettant la faute sur le dos du peuple et sur le prophète Samuel arrivé en retard comme Adam en son temps vis à vis d'Eve lors du péché originel.

Il s'efforça toujours de se justifier en estimant qu'il n'avait pas le choix face à la menace des Philistins décidés à en découdre avec Israël. Après tout, mon client n’agissait il pas pour la gloire de Dieu et la sécurisation de son royaume attaqué ?

Monsieur Saül est passé à côté de son destin, se laissant dicter sa conduite par la peur des autres. C'est un pauvre bougre qui est peut être plus à plaindre qu'à blâmer.

Ne soyez donc pas trop dur avec lui lorsque vous prononcerez votre peine.

Maître F.F. du barreau de Rouen