19-07-2020

Le 18 mai 2020, l’annonce du déconfinement partiel à Madagascar, a été perçue comme une libération par le peuple malgache. Dès le lendemain, c’est dans un tumulte indescriptible que la vie animée de la capitale a repris son cours. En un clin d’œil, les rues vides et silencieuses des deux mois de confinement total sont à nouveau le théâtre d’allées et venues de toutes sortes de véhicules et de personnes comme s’ils sortaient d’une léthargie, brusquement réveillés par la « permission de sortir de chez eux, avec quelques restrictions». Les bruits familiers ont repris droit de cité pour exprimer la joie de pouvoir reprendre enfin ses habitudes, dans l’enthousiasme de la liberté retrouvée. 

Enfants musiciens

Malgré ce moment d’assouplissement dans la lutte contre la propagation du coronavirus, je ne peux me rendre ni au centre Fitahiana, ni au Centre de Jeunes Filles qui me manquent tant ! Les établissements scolaires sont fermés sauf pour les classes d’examens. Et c’est dans mon quartier que j’ai retrouvé le plaisir d’être avec les enfants ! Quel bonheur d’entendre leurs cris joyeux quand ils envahissent la rue pour se livrer à leur activité favorite : jouer dehors, se défouler au grand-air, pousser des cris de joie, rire aux éclats, chanter à tue-tête … et surtout, se retrouver ensemble entre copains, après en avoir été privés depuis si longtemps ! Quelle aubaine ! Comme une évidence, je n’ai pas résisté et je me suis jointe à eux. 

Chaque instant passé avec eux est si intense au point de nous faire oublier la menace toujours présente de la pandémie. Au fil des jours qui passent, la rue où circulent très peu de véhicules motorisés, est devenue une grande cour de récréation ! Quel régal d’être avec ces enfants venus des quartiers environnants. C’est ainsi que plusieurs groupes se sont formés. Les uns jouent aux cartes ou aux dominos, les garçons se mesurent dans des courses de « kalessa », sortes de skateboard fabriqués avec des planches et des roulements à bille ramassés par-ci par-là, les filles tracent des marelles à même le bitume, ou jouent avec des poupées de chiffons fabriquées par leur famille … On joue avec ce qu’on trouve et on est heureux comme ça ! Des enfants musiciens ambulants viennent apporter la touche musicale, et à ma grande surprise, tout ce petit monde se met à chanter et à danser avec eux ! En échange, ils reçoivent de la monnaie pour subvenir à leurs besoins familiaux. Je me prête à toutes ces activités et oh combien c’est enrichissant ! Leur spontanéité, leur joie et leur simplicité sont communicatives. Il nous est même arrivé de prier ensemble. Je suis à nouveau en mission ! 

Malheureusement, Le Covid-19 a repris le dessus et depuis le 2 juillet, nous sommes revenus au confinement total, pour une durée indéterminée. Chaque enfant est rentré chez lui, et c’est avec une grande nostalgie que je regarde ma rue devenue bien trop silencieuse et vide ! Mais je garde l’espoir que nous serons de nouveau ensemble pour partager d’autres moments merveilleux, dans la joie et la bonne humeur pour redonner vie à notre quartier ! 

Votre missionnaire Raymonde