img_articles

Le prophétisme de l’accompli s’il fallait le définir, je dirais que le « prophétisme de l’accompli » se résume en une phrase : « Je vous l’avais bien dit », avec des déclinaisons du genre : « Monsieur Untel l’avait bien dit dans son livre prophétique ». Bon, il faut être honnête, la plupart du temps, personne n’avait rien dit, ni même rien écrit d’approchant  la situation que nous pouvons traverser, individuellement, collectivement ou sur le plan de la planète. Rien, nada, juste une approximative interprétation et rien d’autre. 

« Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom? » (Matthieu 7/22).  La prophétie semble être plus importante que tout le reste pour ces pentecôtistes décrits avant l’heure par Jésus. Vous noterez au passage que Jésus n’est guère impressionné par ces pseudo-prophètes. 

Les temps de crises sont toujours favorables à l’apparition de prophètes en tout genre. Sans parler de ceux et celles allant chercher ailleurs que dans la Bible, dans toutes sortes de livres, d’articles, sur Internet tout ce que l’on peut trouver dans le domaine et cela ne manque pas. 

Et puis il y a aussi toutes ces personnes qui « tordent le sens des Ecritures » pour faire dire aux prophéties bibliques ce qu’elles n’ont jamais dites, mais qu’on aimerait bien qu’elles aient dites. J’ai vu passer récemment un article (mais peut-être était-ce une prédication venant de je ne sais où) expliquant comment la Bible avait prévu le Coronavirus, citant un verset biblique ou un nom approchant de loin celui du virus en question, qui était censé prouver que Dieu avait parlé de cette pandémie. Plus tiré par les cheveux il n’y a pas et pourtant certains croyants ne se nourrissent « spirituellement » parlant, que de ce genre de choses !

Je n’en reviens pas de voir le nombre de gens ayant prédit (oui parce que c’est plus de la voyance que de la prophétie inspirée) les évènements se produisant aujourd’hui.  Evidemment, à y regarder d’un tout petit peu plus près, personne n’avait rien annoncé, mais les adeptes du prophétisme de l’accompli sont légion. 

J’ai dû « subir » (pas longtemps rassurez-vous), la vidéo enregistrée lors d’un culte (peu importe le nom de la communauté) ou une brave dame annonçait qu’une épreuve allait arriver, puis une autre et encore une autre sous forme de vagues successives.

Sans doute qu’avec le temps et avec un goût pour le mystérieux, certains leaders d’églises ont oublié la doctrine dans cette course en avant au prophétisme. Juste pour rappel, je vous cite l’apôtre Paul : « Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console. ». (1 Corinthiens 14/3). Je n’ai rien de personnel contre cette dame prophétisant face caméra, je ne la connais pas, mais sa « prophétie » était elle édifiante ? Encourageante ? Consolante ?  Quel filtre facile à appliquer.

 

Quand au prophétisme de l’à peu près voilà ce que j’ai pu en observer. J’ai grandi dans les milieux pentecôtistes et je les aime, mais je les connais aussi très bien, y compris certains de leurs petits travers. Je me souviens de « prophéties » au culte certains dimanches matin lorsque j’étais enfant : « Tu vas mourir, mets de l’ordre dans tes affaires, le temps est venu » etc. Résultat, tous les dépressifs présents au culte prenaient cette parole pour eux. Les plus légalistes se « réjouissaient » par avance du « jugement divin qui allait enfin atteindre tel ou tel » et puis finalement la semaine passait et personne n’était mort (tant mieux), mais tout le monde avait eu la frousse.  Ce n’est pas sérieux. Lorsque la doctrine est mise de côté et qu’on laisse libre court à la fantaisie, on en arrive aux délires que nous avons aujourd’hui ici ou là.

Ne pensez pas que je remette une seule seconde en question l’Esprit prophétique, bien au contraire, mais je défends la qualité supérieure de cette vie. 

Dans le domaine de la médiocrité prophétique, on a encore la « prophétie généraliste » du genre : « le Seigneur t’aime et il veut que tu viennes à lui », je caricature évidemment. On est  gentil de parler de prophétie dans ce cas. Mais finalement, déclarer au nom du prophétisme que « le monde va à sa perte, que les choses ne vont pas s’arranger, que l’épreuve va venir etc. » ne vaut guère plus, il suffit de lire sa Bible. 

Le peuple pentecôtiste, s’il ne veut finir par entendre Jésus lui dire un jour : « Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. » (Matthieu 7/23), devrait peut-être songer sérieusement à remettre de l’ordre dans ses affaires et à ne plus laisser le désordre régner dans le domaine du prophétisme, qui s’apparente de plus en plus souvent à la voyance, à la communion avec des esprits ou à des « inspirations » émotionnelles extrêmement douteuses. 

Oui, Dieu parle encore aujourd’hui, mais quand il le fait c’est autrement plus sérieux que ce que je viens de décrire. 

Finalement les prophètes, ce ne sont pas ceux qui se réclament de ce titre souvent pompeux, mais ce sont ceux qui en parlent le moins. 

La banalisation puis la vulgarisation du prophétisme a conduit petit à petit à la manipulation par l’émotionnel, à une forme de dépendance malsaine : « avant de me marier, je veux avoir une prophétie qui confirme que c’est bien la bonne personne » par exemple, ce qui à y bien réfléchir est dramatique, et puis, dans certains cas, à la dérive psychiatrique grave.

Un conseil avant d’écouter une prophétie, relisez bien votre doctrine sur le sujet cela évitera les dérapages, les drames et les abus.

 

Samuel Foucart