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Ne cherchez pas ! Philippulus n’est pas un sombre personnage biblique. Il n’est d’ailleurs pas davantage un être réel ayant vécu par le passé, comme par exemple Nostradamus. Ce dernier que l’on ressort à toutes les occasions pour interpréter des écrits plus que compliqués, mais que l’on mélange allègrement à toutes les sauces. 

Philippulus, c’est ce prophète de malheur que l’on découvre dans l’une des aventures de Tintin,           « L’Etoile mystérieuse ». Il annonce avec force démonstration la fin des temps, sa prophétie est apocalyptique. Il faut dire qu’Hergé a publié cet album en 1942 et que le contexte international d’alors a dû le marquer profondément. 

L’information à peine annoncée qu’un virus, modifié par l’homme qui aime jouer aux apprentis sorciers, venait de « s’échapper » d’un laboratoire P4 en Chine, que certains s’étaient déjà précipités sur le concept de jugement divin. 

Pourquoi pas après tout ! Dans les pires perspectives de nos spécialistes en tout genre, on estime (avec toutes les réserves adéquates) que le Coronavirus pourrait tuer un tiers de la planète, ce qui rejoint l’un des textes de l’Apocalypse d’Ezéchiel : « Un tiers de tes habitants mourra de la peste ». 

Ce qui me dérange le plus avec ce syndrome apocalyptique, c’est que ceux qui le manient ne le font pas avec intelligence. Voir le jugement de Dieu partout, tout le temps, pour les autres, ou devrais-je dire, contre les autres, est malsain et inquiétant. Pour eux, le jugement de Dieu ne peut concerner que les autres, jamais eux ! J’espère de tout cœur que ceux et celles qui ont vu un jugement divin dans le Coronavirus ne l’attraperont pas, parce que là cela ferait désordre ! Tout pousse à l’intelligence, la prudence et le respect d’autrui, mais non, c’est plus fort qu’eux !

On se souvient des dégâts liés aux imbécilités énoncées par certains milieux religieux (toutes religions confondues) au moment de la découverte du SIDA. Je cite pour mémoire : « Le jugement contre les homosexuels, le cancer gay », c’était faire abstraction de toutes les victimes n’étant concernées ni de près ni de loin par l’homosexualité : hémophiles, transfusés, drogués etc. 

On ne pourra pas m’empêcher de penser qu’agir de la sorte c’est être comme le vautour qui se jette sur le cadavre à dépouiller. Aucune compassion, aucune forme de miséricorde, pas l’once d’une souffrance face à l’état d’un monde qui va mal ! On dirait que les adeptes de Philippulus (qui s’ignorent comme tels), se réjouissent de voir le malheur fondre sous une forme ou sous une autre sur leurs semblables.

Et puis j’ai beau regardé, chercher, le jugement de Dieu, concerne d’abord Dieu. Lui a le droit d’en parler, mais de quel droit collons- nous cette étiquette sur n’importe quel malheur qui passe ?  

Que ferez vous de ces parole de Jésus : "Le Père ne juge personne mais il a remis tout jugement au Fils"  (Jean 5/22)? Dans la dispensation, ou pendant la période de la grâce, qui s'achèvera, avec le Retour de Jésus en gloire,  il n'est pas question des jugements divins tels qu'on les trouve dans l'Ancien testament. Tant que l'année de grâce inaugurée par Jésus durera il en sera ainsi, n'en déplaise aux amateurs de prophéties apocalyptiques. 

Le phénomène n’est pas nouveau, depuis toujours les grandes épidémies, les grands malheurs, les guerres ont été perçus comme des jugements divins contre un monde impie. Dans la plupart des cas, il n’est que le résultat de la folie des hommes et rien d’autre. Finalement, Dieu est assez  économe de ses jugements. S’ il y a eu le déluge, qu’il a d’ailleurs regretté après coup (étonnant non ?),  si on connaît Sodome et Gomorrhe, il faut reconnaître que le Seigneur fait plutôt dans la mesure à ce niveau.  Et puis il y a l’épisode de Ninive où Jonas autrement plus inspiré que les Philippulus d’aujourd’hui, va avertir la population de cette grande ville, et face à leur changement de mentalité (repentance) Dieu va changer d’avis. Heureusement que Dieu a de meilleurs sentiments que certains humains croyants à l’égard de l’humanité, en fait Dieu aime encore le monde, alors que ceux qui se réclament de lui ne font guère preuve de charité à son égard. On voit que lorsque Dieu envoie son jugement dans les textes de l'Ancien testament, c’est après moultes tentatives de  réconciliation et cela reste exceptionnel finalement. 

De quel droit certains jettent-ils l’opprobre sur Dieu en lui attribuant tous les malheurs du monde ?  Là encore, rien de nouveau sous le soleil : « Arrive-t-il un malheur dans une ville, Sans que l'Eternel en soit l'auteur? » interrogeait de manière ironique le prophète Amos ! Dieu a le dos large ! 

Mais en l’occurrence avec cette épidémie qui nous concerne tous, nous n’avons pas eu besoin d’un Dieu en mal de vengeance ni davantage d’un mauvais dieu que certains nomment le diable ! La folie de l’être humain, ses intérêts économiques, politiques, écologistes et hégémoniques sont largement suffisants. 

C’est faire insulte au Dieu de l’Evangile de le voir en Dieu vengeur, (le temps des jugements divins viendra bien assez tôt),  alors que nous ferions mieux de nous tourner vers lui (c’est le principe de la conversion) pour la guérison de notre pays, de notre planète et de nos dirigeants. 

Oui, les signes annonçant le Retour de Jésus-Christ doivent s’accomplir. Je vous signale en passant que cette logique dite « Apocalyptique » souvent associée au mot « secte » fait partie du crédo de l’église catholique : «Je crois en Jésus…qui  est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. » ! Mais aussi de la foi Orthodoxe, les Juifs attendent un Messie venant en gloire et même les musulmans affirment cette réalité. Ce n’est donc pas l’apanage de certaines « sectes protestantes » comme aiment à le dire les media. 

Mais ce qui me dérange le plus dans le discours des adeptes de l’interprétation des signes concernant le Retour de Jésus-Christ, c’est leur besoin d’interpréter ces derniers de manière loufoque, égoïste et irrationnelle, avec eux on est souvent aux limites de la science fiction, voir du film d'horreur. 

Toute cette énergie perdue en discussions inutiles, en affirmations discutables, en interprétations nébuleuses alors que le rôle de l’Eglise de Jésus-Christ aujourd’hui est d’aimer, de rassurer, de consoler et de ramener nos contemporains au Dieu de l’Evangile. Ce qui n’exclut, évidemment pas, le message de  la repentance,  de la remise en question personnelle, ni la réforme de nos voies et de nos œuvres, ou si vous préférez la conversion à Dieu. 

Je termine avec ces paroles de Jésus : « N’ayez pas peur » ! Ce qui ne veut surtout pas dire « continuez comme si de rien n’était », mais plutôt tournez-vous vers le Dieu qui maîtrise toutes les tempêtes de cette vie. 

 

Pasteur Samuel Foucart