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La délinquance financière (qui n’a rien à voir avec la « simple » escroquerie) est un domaine à part entière de la justice criminelle. Elle figure aussi dans la Bible :

« J'ai vu dans le butin un beau manteau de Shinear, 200 pièces d'argent (soit à peu près 15 000 €) et un lingot d'or de près de 600 grammes (un peu plus de 20 000 €). J'en ai eu envie et je les ai pris. Ils sont cachés dans la terre dans ma tente et l'argent est dessous. » Josué 7/21.

 Le dénommé Acan n’a donc rien à envier à certains hauts personnages pris la main dans le sac , si j’ose dire, ou plutôt le compte en Suisse dans leur besace. 

Je ne sais pas si la Suisse existait en tant qu’état à l’époque, en tout cas pas en tant que paradis fiscal et à fortiori il n’y avait pas de possibilités de blanchiment d’argent, ni de compte numéroté envisageable pour Acan. N’empêche que finalement, le problème n’est ni la Suisse, ni les banques Helvétiques, ni mêmes les paradis fiscaux, mais bien le cœur des hommes et leur volonté criminelle. 

Acan va détourner des bien publics au sens où ces 200 pièces d’argent, ce lingot d’or de 600 grammes et ce beau manteau de Mésopotamie, vêtement de luxe valant une fortune, peuvent être considérés comme des biens appartenant à la communauté d’ Israël. Certains s’écrieront « Prises de guerre », il n’y a rien à dire » ! Sauf qu’il y a chez Acan la volonté de dérober aux regards des autres, un bien qui ne lui appartient pas et qui est la propriété de l’Etat naissant d’Israël. Il y a chez lui et dans sa famille cette volonté d’occulter des revenus illégaux, de détourner des fonds publics qui s’apparente à la délinquance financière. Acan a commis un crime financier passible de la peine de mort à cette époque. 

Pas de compte pour Acan, mais un véritable contentieux avec l’Etat et la Justice de son pays. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on ne plaisante pas avec la délinquance financière en Israël à cette époque. 

D’ailleurs est-ce anodin de signaler que le premier délit (d’autres diront « péché », d’autres encore parleront de « fautes ») dénoncé publiquement dans l’église naissante, sera précisément lié au détournement d’argent (Actes 4/32 à 5/6) et l’affaire prendra le nom d’Ananias et Saphira. La même volonté criminelle, mais aussi la même sanction sévère. 

Evidemment qu’aujourd’hui, particulièrement en France, Acan et sa famille (fatalement complice) auraient subi une peine de prison, sans doute avec sursis, assorti d’un bracelet électronique  en guise de prévention. Sans aucun doute qu’Ananias et Saphira auraient survécu à leur méfait financier. Dans notre cher pays, tant que l’on a pas tué quelqu’un, on n’est pas un criminel ! Ce n’est pas vrai en terme légal d’une part et d’autre part, absolument faux en terme moral. Avec un peu de chance, l’affaire d’Acan, jugé aujourd’hui en France, aurait même pu autoriser ce Monsieur à retrouver sa place après qu’il ait purgé sa peine. 

La criminalité financière, souvent considérée comme « une forme de jeu » par certains est pourtant sévèrement réprimée par la loi. Par exemple, fabriquer de la fausse monnaie est considéré comme un crime et puni de peine extrêmement sévère. Je laisse la spécialiste du droit nous en dire plus.  Je note au passage ce que l’apôtre Paul écrivait au sujet de l’argent  et de l’amour immodéré que certains lui portent : « L’amour de l’argent, racine de tous les maux » ! (1 Timothée 6/10). Ce qui nous renvoie au vieux problème  que le christianisme n’a jamais vraiment résolu avec l’argent, les riches, les pauvres etc.  On peut être pauvre et aimer l'argent, ce qui expose à bien des misères, comme on peut être riche et ne pas aimer l’argent. Ou bien encore, être riche et aimer l’argent anormalement, ce qui finalement nous exposera aux mêmes problèmes que n’importe quelle autre personne dans ce cas. 

Acan n’a tué personne, c’est un fait, si ce n’est dans le cadre de son service dans l’armée. Sa famille encore moins, puisqu’elle n’était pas directement engagée sur le théâtre des opérations militaires. Mais cet individu va cacher le fruit de son larcin chez lui, dans sa « maison », ce qui suppose que toute la famille était au courant et pensait bien bénéficier tôt ou tard, en attendant que les choses se soient calmées, des fruits de ce détournement de fonds. 

Raté ! Définitivement raté ! Puisqu’Acan entraînera toute sa famille dans le malheur, la honte, l’opprobre et le déshonneur. 

Voler ce n’est pas bien moralement, on l’apprend à nos enfants dès qu’ils peuvent comprendre. Détourner des fonds, pratiquer l’occultisme financier, jouer avec des écritures comptables pour arriver à des fins malhonnêtes peut s’avérer, parfois,  brillant et même romanesque, mais voilà c’est un crime et c’est l’occasion pour moi de le rappeler. 

Sans doute que nos nations  européennes, voire occidentales (mais n’est-ce pas un méfait mondial finalement) iraient mieux si la délinquance financière y était jugée aussi sévèrement qu’elle devrait l’être, mais c’est loin d’être le cas, surtout en fonction du titre, de la fonction et du rang plus ou moins élevé du contrevenant. 

« Magouilles, pots de vins, détournement de fonds, comptes en Suisse, paradis fiscaux, montages financiers, abus de bien publics » c’est incroyable ce que nous avons imaginé comme termes pour parler de crimes financiers, mais même en changeant le nom, le contrevenant, qu’il soit ministre, grand patron, banquier, personnage public et médiatique est avant tout un voleur !

Samuel Foucart

L’avis du juriste :

La criminalité financière recouvre différentes infractions : la corruption, le blanchiment d’argent, la fraude sociale, la fraude fiscale et la cybercriminalité. 

La corruption est le fait d’accepter ou proposer des avantages personnels facilité par une fonction publique ou privée.

Le blanchiment d’argent est lui l’infraction majeure de la criminalité financière, allant du fraudeur fiscal aux groupes organisés de trafic de drogues, et vise à profiter en toute impunité de fonds issus de la criminalité.

La fraude sociale vise prioritairement le dumping social et le travail non déclaré et l’assujettissement frauduleux à la sécurité sociale  Elle est, de ce fait, parfois liée à la traite et au trafic des êtres humains, mais nuit surtout aux droits des travailleurs  et induit une concurrence déloyale.

La fraude fiscale se traduit par le non-respect des obligations en matière d’impôt sur le revenu ou de TVA. 

La cybercriminalité se définit par l’utilisation abusive de l’automatisation et de données automatisées. La fraude à la carte de paiement en fait partie.

La criminalité financière a gagné beaucoup de terrain grâce aux progrès technologiques.

Ces infractions sont graves, car  outre leurs répercussions économiques et sociales, elles sont souvent étroitement liées à la criminalité violente, voire au terrorisme.

En mars 2019, le rapport de deux députés sur la lutte contre la délinquance financière soulignait l’insuffisance des moyens déployés jusqu’ici pour combattre un phénomène de plus en plus massif, appelant à une véritable politique concertée et renforcée.

En ce qui concerne la fausse monnaie, elle ne fait pas partie de la délinquance financière au sens strict,  elle est considérée comme une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation (art. 113-10 du Code pénal). L’infraction de fausse monnaie est le fait de contrefaire ou de falsifier des pièces de monnaie ou des billets de banque, mais aussi de fabriquer des pièces de monnaie ou billets de banque à l’aide d’installations ou de matériels autorisés, sans l’accord des institutions habilitées à émettre ces signes monétaires. 

Cette infraction est sévèrement réprimée: 30 ans de prison et 450 000 euros d amende. 

D.A. (T.G.I. Grenoble)

Idéologiquement parlant :

Sujet très intéressant.  Je pense que voler est finalement dans la nature humaine.

Chacun prend ce qu'il peut prendre, on vole 10 minutes à son patron quand on appelle ses enfants sur son temps de travail,ou quand on part 5 minutes avant l'horaire prévu.

Chacun prend ce qu’il a la possibilité de prendre, alors évidemment celui qui a accès à « beaucoup » prendra plus que les autres et ce sera plus spectaculaire!

On montre du doigt nos hommes (et femmes) politiques ou nos élites, grands patrons etc. qui prendraient beaucoup trop, ce qui est sûrement le cas  mais c'est souvent une question de jalousie entre ceux qui ont, qui peuvent  contre ceux qui ont moins, ou peuvent moins !

Sandrino GAZZETTA  Professeur à la NEOMA Business School de Rouen, Reims et Paris, Université de Rouen

La parole est à la défense :

Monsieur le Juge,

Ananias et Saphira sont morts, mais leurs descendants m'ont demandé de rétablir leur honneur bafoué. 

Ils aimaient le Seigneur, c'est indiscutable. Ils étaient membres de la communauté chrétienne « primitive » et avaient été témoins de miracles spectaculaires. Ils suivirent les enseignements du Christ et vivaient la communion fraternelle qui à l'époque se conjuguait dans un radicalisme absolu : chacun mettait en commun ses biens pour pourvoir aux besoins des plus pauvres. Ananias et Saphira ont certes menti en affirmant que l'argent déposé aux pieds de l'apôtre Pierre représentait la totalité de la somme acquise suite à la vente d'un terrain. Mais ce mensonge méritait-il ce châtiment si cruel et si disproportionné ? Après tout, ils auraient pu ne rien donner du tout ; mais ils ont eu la faiblesse de penser un peu à eux et à leurs enfants.

Acan avait été jugé selon la loi de Moïse qui prévoyait la mort pour ce genre de forfaiture. Ananias et Saphira auraient du être jugés selon la grâce en Jésus Christ. Permettez-moi d'avoir un regard critique envers Pierre n'en déplaise à certains.

Pierre agit à la mode des prophètes de l'Ancien Testament qui comme Elisée maudit les enfants parce qu’ils s'étaient moqués de lui. C’est le même disciple qui voulait avec d’autres faire descendre le feu du ciel sur un village de samaritains qui ne voulait pas croire en Jésus. Pierre est légaliste : il confond la faute morale et la faute spirituelle. Mentir est une faute morale, c'est un péché. Par amalgame, il en a déduit que lui mentir c'est faire offense au Saint Esprit. Pierre se fait l'accusateur d'Ananias ; il sème dans son cœur un sentiment de culpabilité, d'indignité et d'abandon de Dieu. Il se fait même tentateur pour sa femme Saphira qui est piégée : soit elle trahit son mari, soit elle trahit l’Église. Pierre fait ainsi de l’Église non pas la colonne de la vérité, mais la vérité elle même au point de pouvoir penser que mentir à l’Église, c'est trahir la vérité. 

Pierre  a t'il oublié que lui qui a renié son maître trois fois a été au bénéfice de la grâce et du pardon? Pierre n'aurait-il pas ainsi exercé un « abus de pouvoir religieux » à l’encontre de mes clients ? Bien qu'il n’ait pas demandé leur mort, il l'a pensé très fort !

Ananias signifie en hébreux « la grâce de l’Éternel ». En quoi en a t'il bénéficié ? Il a été jugé selon la Loi de Moïse et non selon la loi de la grâce. Monsieur le juge, mes clients n'ont pas bénéficié d'un procès équitable ! 

Maître F.F.