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« Ainsi les huissiers retournèrent vers les principaux sacrificateurs et les pharisiens. Et ceux-ci leur dirent: Pourquoi ne l'avez-vous pas amené? » Jean 7/45

Ces « huissiers » aux ordres  des principaux sacrificateurs sont l’expression de ce que nous appellerions aujourd’hui,  les policiers ou les forces de Gendarmerie et le pouvoir judiciaire.

Imaginer un instant qu’un pays, un peuple, des relations humaines puissent avoir une loi aussi stricte, exigeante et sévère que celle de Moïse et aucun agent pour l’appliquer, la rappeler ou la défendre, est utopique. 

Aucune société ne peut évoluer durablement sans ces forces- là. 

Toute forme irrespectueuse de la loi de Moïse, qui est d’abord spirituelle, puis religieuse, mais aussi régissant les règles de la société et du travail, sans oublier le monde des affaires, la sexualité et le crime, se doit d’être combattue.

C’est ainsi que l’on découvre dans l’Ancien Testament, bon nombre de textes faisant allusion ou mention à la police d’alors, ou bien à la justice de cette époque. 

« Le vengeur du sang fera mourir le meurtrier; quand il le rencontrera, il le tuera. » Nombres 35/19, fait indéniablement référence à un justicier humain, chargé d’appliquer la loi et de faire passer la justice en Israël. Certains ont voulu imaginer que ce « vengeur du sang » était un ange exterminateur, mais alors sa fonction était bien réduite pour être surnaturelle.

En réalité ce vengeur du sang n’est pas davantage un justicier aléatoire, exerçant une vengeance à la petite semaine, occasionnelle et hasardeuse, l’ancêtre du cow-boy ténébreux, chasseur de prime sans morale,  à la gâchette facile, mais il agissait dans le cadre de ce qui convient d’appeler  le Code Sacerdotal, l’équivalent de notre Code civil (Nombres 35).  Face à un crime avéré, mais non élucidé, la Justice d’alors se donne les moyens d’attendre, d’enquêter, de poursuivre le suspect et de l’atteindre quand le temps est venu. 

On découvre avec l’arrestation et le procès de Jésus un peu plus clairement encore  ce qu’était le fonctionnement de la Police et de la Justice d’alors. Le Sanhédrin faisait office de « parlement », l’endroit où l’on faisait les lois, mais aussi de lieu de Justice, là où les décisions de Justice étaient rendues. Ce pouvoir, d’abord religieux, se confondait légitimement avec le pouvoir policier et judiciaire et c’est bien légitime puisque les 71 sages, étaient experts en Loi juive (Nicodème et Gamaliel ainsi que Joseph D’Arimatie en faisaient partie), loi juive qui régissait aussi bien le culte, sa pratique, que les règles du vivre ensemble.

Ce Sanhédrin est donc  l’équivalent de notre ministère de la justice, avec ses antennes dans les principales villes d’Israël (au moins  23 des 71 membres devaient siéger dans ce que l’on nommait alors « petit Sanhédrin ». 

Quant à la Police, nous l’avons vu du temps de Jésus, on appelait les policiers (aussi bien municipaux, que les enquêteurs publics aux pouvoirs plus étendus, surtout présents dans l’Ancien Testament, via la figure emblématique du Vengeur du sang ) du nom d’ huissiers. Dans le livre des Actes des apôtres, on voit déjà qu’ils croulaient sous les effets de la paperasserie : « Les huissiers, à leur arrivée, ne les trouvèrent point dans la prison. Ils s'en retournèrent, et firent leur rapport » et un peu plus loin , Actes 5/26, au moment de l’arrestation des disciples, on voit un commandant de Police avec ses agents, procéder à l’interpellation non musclée des suspects et mener ces gens au Sanhédrin comprenez au tribunal.

On voit bien dans le Code Sacerdotal ce qu’était le fonctionnement  en Israël dans l’Ancien Testament : « Ces villes vous serviront de refuge contre le vengeur du sang, afin que le meurtrier ne soit point mis à mort avant d'avoir comparu devant l'assemblée pour être jugé. » Une force de Police, un souci de vraie justice, une volonté de ne pas rendre une justice émotionnelle sous la pression des parties civiles ou de la vox populi et un procès en bonne et due forme qui devait se tenir en temps et heure. A la lecture de ces textes anciens on découvre que tout ce qui fait la force de la Justice d’aujourd’hui était déjà présent. Cela allait de ce que nous appelons « l’expertise psychologique » (les mécanismes ayant amené au crime), aux droits de la défense, en passant par d’éventuelles circonstances atténuantes. Bref nous n’avons rien inventé en la matière, juste peaufiné, adapté, parfois amélioré. 

Certes il n’y a jamais eu de « 36 Quai des orfèvres » ni « d’inspecteur Maigret », pas davantage que de « 17 Police secours » dans l’histoire biblique, mais le fonctionnement  judiciaire était un rouage bien réglé et important dans la société d’alors. 

Chaque fois que des hommes et des femmes n’ont pas fait appel aux « forces de l’ordre » d’alors, d’une manière ou d’une autre, selon les normes de l’époque, ils ont été coupables tacitement de mise en danger de la vie d’autrui, pis encore, de non assistance à personne en danger ou dans un autre registre de dissimulation de preuve. L’histoire biblique nous apprendra que très vite, l’omerta, la volonté de nuire à la Justice de son pays, en dissimulant les coupables ou bien encore les  cold case (affaire non élucidée et classée) existeront eux aussi dans cette période. 

En France,  la Police on aime la détester ! En ce qui concerne la Justice, on lui fait confiance, mais on la critique presque systématiquement après un verdict nous déplaisant. Ainsi va la France !

Samuel Foucart

 

L’avis du juriste :

Les relations Police Justice sont un sujet complexe à traiter.

Dans un État de droit, la référence qui s’impose est celle du code de procédure pénale dont il ressort que le policier est placé sous la direction et le contrôle du juge. Mais ces notions, aussi fondées soit-elles, ne rendent compte que partiellement de la réalité et le premier constat frappant est celui d’un décalage entre le droit et la pratique. En effet, officiellement, les policiers, lorsqu’ils exercent dans le cadre d’une procédure judiciaire sont placés sous l’autorité d’un magistrat, procureur ou juge d’instruction en fonction de l’état d’avancement du dossier.

Chaque procureur, responsable d’une partie du territoire national, élabore une politique pénale qui, normalement, doit s’imposer aux services de police et de gendarmerie. Mais il est aisé de constater que l’autorité des magistrats, si elle est réelle, rencontre de nombreuses limites, dont une de taille: leur propre hiérarchie, autorité plus directe et contraignante que celle des magistrats, propre hiérarchie qui poursuit ses propres objectifs et priorités, généralement fixés par le Ministère de l’intérieur.

Dans le contexte actuel du débat sur la sécurité, l’opinion publique porte une attention toute particulière aux activités des deux institutions et aux relations qu’elles entretiennent entre elles. Les policiers doivent-ils avoir plus de pouvoirs ? Les juges ne doivent-ils pas avoir plus de moyens pour contrôler la police ? Autant de questions auxquelles les responsables politiques doivent répondre en étant conscients que les choix qui seront faits engageront des principes fondateurs de la République et de la démocratie.

D.A. (T.G.I. Grenoble)

 

La parole est à la défense :

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les assesseurs, Mesdames et Messieurs les jurés, Monsieur l'avocat général.

J'assiste mon client qui est poursuivi pour complicité d'assassinat. On lui reproche d'avoir contribué à l’arrestation arbitraire de Jésus dans le jardin de Gethsémané qui aboutira au final après un procès à charge à sa crucifixion.

Mon client est huissier autrement dit gardien du temple. Il était aux ordres du Sanhédrin instance à la fois religieuse et judiciaire.

Comme chacun sait mon client est en fait un policier. Dans un État de droit comme la France, le policier contribue à maintenir l’ordre public, mais également à identifier et à arrêter ceux qui le troublent sous le contrôle strict à la fois du procureur de la République ou d'un juge d'Instruction. Dans les États dictatoriaux, la police devient politique et sert un régime autoritaire. Souvenons- nous de la Gestapo ou de la « police de Vichy » sous les ordres de Laval et du maréchal Pétain arrêtant de façon arbitraire, les juifs, les résistants ou les tziganes. A la libération, ces policiers furent tous amnistiés à l’exception de leurs chefs par soucis de réconciliation nationale. Ces policiers auraient pu désobéir à ces ordres illégitimes, mais la peur d’une punition sévère pour eux mêmes ou leur famille était trop grande.

Que dire maintenant de la police religieuse. Nous pouvons citer par exemple les gardiens de la révolution en Iran !

En Israël à l'époque, bien que le pays fût occupé par les romains, le Sanhédrin rendait la justice au nom de Yahvé pour traiter des affaires civiles et pénales à l'exception des plus graves pour lesquelles la peine de mort était prévue.

Mon client était donc un « policier religieux », docile et soumis aux ordres du Sanhédrin. Sa foi en Dieu lui interdisait de remettre en cause les ordres de sa hiérarchie dont la sagesse et l’inspiration divine ne pouvaient être remises en cause. Mon client est un juif pieux conscient du privilège qu’il avait d’être gardien du temple, gardien de l'orthodoxie religieuse et rempart contre la division du peuple dans un contexte politique d'occupation. Il était selon lui au service du Bien suprême en obéissant aveuglément à ses « vicaires de Dieu ». Les droits de la défense, le respect du principe du contradictoire, l'existence même d'un avocat en soutien à la défense de l'accusé n'avaient aucun sens pour lui dans une société régentée par la loi de Moïse. Que signifie le respect des droits de l'homme à la lumière de la volonté de Dieu incarnée par des hommes incontestables et incontestés ?

Mon client a obéi voilà tout ; il a fait son devoir de gardien de l'ordre établi ; sa hiérarchie lui avait dit que ce Jésus divisait le peuple, que ses miracles étaient le fruit de son allégeance à Belzébuth et qu'il se préparait à détruire le Temple ainsi que les institutions religieuses risquant du même coup de provoquer la colère de Rome. Il n'en fallait pas plus à mon client pour faire son devoir : stopper ce « démon » qui pour la circonstance devait être « déjudaïcisé » voir déshumanisé ! 

Cet homme, manipulé par ces religieux machiavéliques s’est trompé d'ennemi comme beaucoup d'autres comme lui, avant lui et après lui. Il n'est que le maillon faible d'une machine infernale qui le dépasse et le transcende. Dans votre verdict, ne vous trompez pas de coupable en confondant le simple exécutant servile avec les vrais responsables de ce crime abject : les religieux. 

 

Maître F.F.