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Le syndrome de Mardochée

 

Mardochée est un personnage du livre d'Esther dans la Bible. Il est un fils de Jaïr et est issu de la tribu de Benjamin, l'une des deux tribus qui constituèrent le royaume de Juda avant sa destruction par les Babyloniens et les déportations de l'élite du royaume vers les provinces de l'Empire perse.

Le récit biblique en fait soit l’oncle, soit le cousin de la futur reine Esther. Il sera en tous cas son conseiller avisé. Il est aussi le principal opposant politique à Haman qui faisait fonction de chef de gouvernement à l’époque du roi Assuérus.

Tous ces personnages évoluaient dans l’Iran actuel, ou Mardochée et Esther, ainsi qu’une grande partie du peuple d’Israël avaient été déporté.

Le syndrome de Mardochée peut se résumer par le fait qu’il refuse obstinément de s’incliner devant Haman. On pourra évoquer l’idée que les Juifs ont décidément une vocation de martyrs et qu’ils font absolument tout pour s’attirer les foudres des puissants, et ce quels que soit l’époque, les circonstances ou les dirigeants. C’est une manière de voir les choses. Néanmoins, même au sein du peuple Juif en déportation, y compris Esther, peu de gens semblent avoir la même attitude que Mardochée, il est absolument seul. En tous cas il ne forme pas un parti d’opposition, ne revendique rien, ne milite pas contre Haman et son gouvernement, et ne va pas défiler dans les rues pour s’opposer à la politique de ce dernier.

Non, il refuse de se prosterner et d’honorer Haman.

Pourquoi une telle attitude ? Mardochée avait-il ressenti chez ce Haman ce potentiel criminel, cet orgueil et cette arrogance propre à certains personnages ou bien encore cette ambition malsaine ? Peut-être et même sûrement. Par ailleurs la religion juive interdit de se prosterner devant quiconque si ce n’est le Seigneur. Disons que l’ensemble fait que ce Mardochée se singularisait sérieusement à la cour d’Assuérus. Ainsi que dans la ville de Suse ou tous ces protagonistes évoluaient, Mardochée devint vite un sujet de conversation. Il attira forcément l’attention d’Haman qui en fit un ennemi personnel.

Les chrétiens ont toujours été confrontés à un conflit de loyauté par rapport à ceux qui dirigent un pays. Partagés qu’ils sont entre le fait de ne pas parler mal du chef de son peuple : « Exode 22/27 et Actes 23/5 », et celui qui consiste à dénoncer les exactions des grands. Ainsi Paul qui vivait au temps de l’empereur romain Néron, invitera les croyants à prier pour ceux qui sont élevés en dignité et par ailleurs les poussera à se soumettre aux autorités de leur pays. Admettons que le sujet peut provoquer des remous, des questions et de légitimes réticences. D’autant plus qu’on assiste dans l’Ancien Testament par exemple, à des prises de position d’un Elie ou d’un Elisée, contre les dirigeants de l’époque, leurs épouses et leur politique, extrêmement virulentes, et là il n’est pas question de prier pour les autorités politiques, mais bien de les condamner et de leur tenir tête.

La nuance de taille c’est que jamais Elie, Elisée ou Mardochée ne le feront sur le terrain politique mais sur le terrain spirituel. Ce qui ne les empêchera pas de se singulariser franchement face à des lois iniques, à des gouvernants corrompus ou à des politiques coupables.

 Dans l’histoire du christianisme, il est arrivé souvent que le peuple de Dieu s’opposent avec force aux dirigeants corrompus, il suffit de relire l’histoire des Huguenots et leur forte opposition à Louis XV qui régnait alors sur une grande partie de l’Europe.

Nous avons voté en 2017 pour le renouvellement d’une classe politique, que beaucoup estimait nécessaire de rajeunir, de changer, de transformer. Force est de constater que beaucoup d’espoirs sont déçus. Rien n’a vraiment changé puisque le nouveau président de la République s’est entouré des plus médiocres politiciens de tout bord. Certes lui a brillé davantage, mais les résultats pour la France sont catastrophiques.

Des lois seront votées, en catimini, de nuits par une poignée d’élus, sans débats, à la force du poignet et parmi les pires de toutes sans même que les Français n’en soient vraiment informés. Vous me direz que ce n’est pas nouveau, certes, mais l’ampleur fût-elle dans ce quinquennat qu’il est impossible de ne pas s’en émouvoir.

Malgré tout, on nous invite encore (politiciens, medias, philosophes, influenceurs, économistes, cabinets de conseils et j’en passe) à nous « prosterner », nous incliner devant ces gens qui nous ont trompés et nous trompent encore tous les jours. Libre à chacun de le faire, à chaque intervention de ces personnes dans les medias, ce sera sans moi. Mais force est de constater qu’on cherche les Mardochée d’aujourd’hui qui symbolisent la résistance au mal, et surement pas la résistance en terme politique.

Mardochée ne pouvait rien dire contre Haman, sous peine d’être immédiatement pendu, comme il est devenu difficile aujourd’hui de dire quoi que ce soit dans une église concernant certaines lois, certaines orientations politiques, ou certaines personnes et pourtant.

Eh bien il y a d’autres moyens de résister et de dire non, à nous de les inventer. Mais la meilleure reste encore celle se concrétisant sur le terrain spirituel. Elle aura fatalement des ramifications dans la vie de tous les jours.
Je n’ai pas le droit en terme légal de dire que notre Président actuel ne correspond absolument pas aux valeurs que je défends, mais j’ai le droit de ne pas me prosterner devant ce qu’il représente, ni d’adhérer béatement à son discours, ses attitudes, sa communication plus que douteuse ou bien encore sa possible réélection. Je ne vais pas salir cet homme, ni sa famille, ni parler mal de lui, mais j’ai le droit, comme Mardochée de ne pas adhérer à ses manières d’être et de refuser de me prosterner spirituellement, moralement, socialement ou intellectuellement parlant face à lui et à ce qu’il représentent.

Interdire la moindre opposition c’était déjà la préoccupation d’Haman, qui fera tout pour éliminer le gêneur Mardochée. En restant sur le terrain spirituel et en manifestant ses convictions par des attitudes visibles de tous, Mardochée laissera à Dieu (le grand absent de ce livre d’Esther et pourtant Il est là tout le temps) l’occasion de le justifier et c’est bien là qu’Haman s’est lourdement trompé. On peut tuer un Mardochée, on ne peut rien faire contre son Dieu.

Nos valeurs évangéliques, chrétiennes, morales, sociales ne peuvent pas être bafouées en permanence sans que des Mardochée se lèvent pour dire non ! Ces cinq dernières années tout particulièrement ces valeurs qui sont les nôtres ont été ignorées dans le meilleur des cas, combattues ouvertement au nom de « la diversité culturelle » la plupart du temps.

Il est temps que des Mardochée disent non ! N’acceptez plus la demi-mesure, le « en même temps » facteur d’injustices et de divisions, ne perdons pas notre âme !

Votez bien !

 

Samuel Foucart