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« Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? » Luc  13/4.

18 morts à Siloé et 100 000 morts en France ?

 

Jésus invite son auditoire à relativiser un évènement par rapport à un autre, il le fait sur la base de la mémoire, de l'histoire (récente en l'occurence) et de l'actualité. Rien ne nous interdit d'en faire autant avec nos circonstances de vie et je vous y encourage fortement.

On devrait crier au scandale ou du moins on aurait dû le faire bien plus tôt. Laissez moi vous raconter cette histoire d’une nation en proie à un virus tueur. 

Venu de Chine, un nouveau virus fait des ravages d’abord dans ce pays, puis très vite, il atteint Hong Kong et  Singapour, puis les Etats-Unis. On aurait dû parler de pandémie, si l’OMS avait fait son travail. 

Ce virus provoque des pneumonies, des œdèmes pulmonaires, l’Est de la France puis le Nord sont les régions les plus durement touchées dans l’hexagone.  La France peut s’attendre à au moins 100 000 morts et au bas mot (les chiffres officiels évoquent 15 000 morts comptabilisant uniquement les décès en milieux hospitaliers comme c’est la règle et jamais ceux dans la rue, dans les cliniques privées, les maisons de retraite ou à la maison) et à 9 à 10 millions de malades. Dans le monde c’est au moins 1 million de morts qu’il faut prévoir et certains spécialistes estiment le nombre de morts à 4 millions. 

Depuis la terrible grippe espagnole de 1918, personne n’a vu cela et tous les gouvernements en place sont pris au dépourvu, et il y a de quoi.  Les mesures prises en France sont largement insuffisantes et pour tout dire pas du tout à la hauteur du phénomène qui a pris tout le monde par surprise.  La vaccination contre la grippe « traditionnelle » est absolument sans effet, puisque cette dernière appartient au groupe des virus de type H1N1 (grippe espagnole) et que celui qui touche le monde  fait partie du groupe H2N2. 

Pas de vaccins, pas de mesures sanitaires particulières, pas de confinement, pas de masque ni d’écoles fermées et une communication gouvernementale dépassée par les faits. 

Bref, mon histoire doit forcément vous rappeler quelque chose. De plus, sans aucun cynisme, mais j’allais dire, presque par fatalisme, les gouvernements en place laissent faire au virus son « petit bonhomme de chemin » jusqu’à son extinction naturelle. En effet, lorsqu’une partie de la population est atteinte, cette même frange de la population est immunisée naturellement contre le virus tueur. De ce fait l’épidémie s’éteindra d’elle-même. 

Voilà, mon histoire est presque terminée, mais j’en entends déjà crier au scandale sanitaire, d’autres me demander depuis quand je suis expert en virologie, d’autres encore commencer à psychoter ou à envisager sérieusement la théorie du complot. Comment peut-on laisser faire ça et comment un gouvernement peut-être aussi nul ? Quel pays est assez irresponsable pour se conduire ainsi ?  Dans quel siècle peut on voir des choses pareilles ? 

Et bien ce pays, c’est la France. Ce gouvernement, c’est celui de Guy Mollet et ce siècle c’est le 20° (1957 pour être précis) Ce virus, on l’a nommé à l’époque « la grippe asiatique » et il ressemble comme deux gouttes d’eau au Coronavirus qui fait tant parler de lui aujourd’hui. 100 000 morts en France sur une population totale de 44 millions de personnes (soit un pourcentage de 0,2 de la population, soit pour une population de 69 millions un prorata de 151 800 décès).

Mais 1957, c’était encore l’époque bénie où les réseaux sociaux n’existaient pas, où les médecins spécialistes travaillaient à plein temps dans les hôpitaux et ne passaient pas leur temps sur des plateaux de télévision. L’heureux temps où la grippe faisait partie du décorum automnal et où on ne nous bassinait pas avec des chiffres macabres (le décompte des morts) et morbides (le décompte des malades) à longueur de journée. Les gamins allaient à l’école, les ouvriers qui le pouvaient (ceux qui n’étaient pas malades s’entend) allaient travailler. La Poste ne fermait pas ses guichets et personne ne se plaignait à longueur de journée de l’incompétence notoire du gouvernement. Par ailleurs "l'émotionnel" n'avait pas encore pris le pouvoir au sortir de la terrible période de la guerre, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui malheureusement. Certes un mort, c'est un mort de trop, toujours et dans tous les cas, mais la mort fait partie de la vie et quand Jésus prend l'exemple de Siloé, il n'évoque pas ces 18 morts avec légèreté pour établir cette comparaison, mais ne sombre pas non plus dans une émotion faussant tout.

Il faut dire aussi que 1957, par définition c’est beaucoup plus proche de 1940-1945, que d’aujourd’hui. Et que, pour une grande partie, cette génération ayant connu les affres de la seconde guerre mondiale, ses privations, ses horreurs, ce n’était pas  une épidémie de grippe qui allait les arrêter. Et d’ailleurs elle n’arrêtait pas le pays, qui certes, bien obligé, ralentira, mais pas plus. 

Peut-être faut-il, face à la crise que nous traversons tous aujourd’hui, relativiser les choses, ou au moins essayer de le faire, en considérant que tout ce qui touche à notre confort matérialiste, tout ce qui remet en question une économie basée sur le plaisir ou les loisirs ne peut qu’être dramatique, mais au fond le Coronavirus de 2020  est-il pire que la grippe asiatique de 1957 ou sont-ce nos réactions face à l’épreuve, l'incapacité à gérer l'émotionnel rationnellement et  la médiatisation à outrance de cette crise, qui ne font qu’amplifier un phénomène finalement quasiment naturel ? 

Je fais partie de la génération qui en France n’a jamais connu de guerre, d’occupation, de restriction ni de privation, évidemment que dans mon approche personnelle de ces évènements, cela joue un rôle qu’on le veuille ou non. 

Et si nous acceptions l’idée de relativiser les choses paisiblement. En l'occurence l'absence de mémoire collective et  historique est inacceptable, parce que sans elle impossible de faire ce travail de relativisation.  La grippe, parfois même "la méchante grippe", quelque soit son nom scientifique et son origine, ce n’est pas un phénomène nouveau. Ce n’est pas la première épidémie que le monde traverse ni la dernière (sans entrer dans le jeu des pessimistes envisageant ce genre de choses tous les ans).  C’est difficile finalement de relativiser, même au regard de l’histoire récente, tant nous semblons être conditionnés pour vivre un drame exceptionnel qui n’existe peut-être bien que dans nos fantasmes. 

 

Samuel Foucart

Sources : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/choses-à-savoir-sante/id106274883…