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« Saluez-vous par un saint baiser » 

On trouve cette expression dans la lettre que Paul adresse aux Romains (16/16) et on ne la trouve qu’une seule fois sous sa plume. Par ailleurs, c’est Pierre  dans sa première épitre (5/14) qui reprend à peu de choses près les même termes. 

Se faire la bise est une tradition culturelle très latine qui ne passe pas forcément bien auprès d’autres cultures.  En France particulièrement, et dans les églises tout spécialement, il est de bon augure de se faire la bise d’emblée, même si on ne se connaît que depuis……2 minutes ! « On s’embrasse ? »  Dire non est mal perçu !

L’expression vaut la peine d’être commentée à minima puisqu’en réalité elle suppose la rareté du baiser et  souligne sa non régularité. C’était rare et donc précieux !

Chez des auteurs très anciens, par exemple Justin Martyr dès le 2e siècle, on lit que ce « baiser » faisait partie de la célébration de la sainte Cène (Première Apologie ch LXV). Ce qui ne fait que souligner d’avantage sa rareté. 

Les « boujouteries » à n’en plus finir d’avant culte et d’après culte sont devenues pour beaucoup d’entre nous l’expression de la communion fraternelle. Evidemment que c’est faux. Il m’est arrivé d’être enrhumé et donc contagieux et de devoir signifier à mes amis : « aujourd’hui je ne fais pas la bise ». C’est très compliqué en réalité. Idem si vous souffrez d’un bouton de fièvre ou que sais-je encore. La bise c’est sacré chez nous !

Du coup, le Coronavirus n’aura pas eu que du mauvais en nous réapprenant une forme d’hygiène oubliée, s’embrasser n’étant pas anodin. 

Plus proche de nous, au 19e siècle, on trouve une traduction anglaise où ce verset  de Paul a été transformé par « serrez-vous la main » (traduction J.B. Philips) et ce, pour des raisons évidemment culturelles. 

Je suis assez vieux pour avoir connu dans les églises l’époque où seuls les hommes se faisaient la bise, (un peu comme dans la Mafia ou dans le show-biz) . Pas question d’embrasser une femme pour des raisons hypocrites et soupçonneuses de fausse pudeur. Le résultat ne se faisait pas attendre de la part des gens ne fréquentant pas nos milieux chrétiens : « Ils sont tous homosexuels là-dedans » était le commentaire assuré. Pire encore, quant à la banque, ou à la caisse d’un supermarché, juste derrière vous arrivait un membre de l’église avec sa femme. Lui vous sautait au cou  et vous tendiez la main à sa femme. La caissière vous regardait avec un petit regard entendu ou un sourire narquois. 

Et puis il y a les traditions régionales, nationales, culturelles et historiques : en Belgique c’est une bise, alors au début on reste la joue suspendue en attendant la suite qui n’arrive jamais. Dans les Cévennes ont est fier de vous en claquer trois, au nom du fait que les Huguenots se reconnaissaient entre eux de cette manière. Trois bises, l’une pour le Père, l’une pour le Fils, l’autre pour le Saint-Esprit ! Pourquoi pas, mais multiplier par dix, vingt, cent, deux cents, vous imaginez la suite. 

La philamatologie, qui est la science du baiser (eh oui on en apprend tous les jours) nous apprend que lors d’un baiser amoureux on échange à peu près 80 millions de bactéries. Le baiser n’est donc jamais anodin. 

Perdre l’habitude du baiser dans les églises est illusoire, mais la crise sanitaire de 2020 peut au moins nous faire réfléchir sur son importance très secondaire.

Après tout, c’est par un baiser que Judas a  livré Jésus, la bise peut finalement être plus traître qu’on ne l’imagine. 

S’embrasser à tout bout de champ, pour un oui pour un non est finalement une manie dont on pourrait sans doute se passer. 

Attendez le 6 juillet (journée internationale du baiser) pour vous faire la bise, même si j’en conviens cette journée internationale est assez puérile, mais n’est ce pas suffisant ? 

 

Samuel Foucart