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« Je suis enfermé et je ne puis sortir. » Psaume 88/9

On a tendance à oublier que notre vie a commencé par « un confinement de neuf mois », d’où il semble que nous n’avions pas trop envie de sortir. Le ventre de notre mère était donc le premier confinement de notre existence. 

C’est évident que lorsque le psalmiste écrit ces paroles, il ne fait pas allusion à ce « confinement agréable » mais à une épreuve difficile, qui le conduit à pleurer, à déprimer, à souffrir et même à avoir des idées morbides.  Il semble bien qu’il ait été malade, voire contagieux, ce qui à l’époque n’était pas si rare et l’isolement était régulièrement utilisé pour protéger les autres et soi-même.

Il existe des formes disons plus radicales et militaires du confinement, par exemple : « La neuvième année de Sédécias, roi de Juda, le dixième mois, Nebucadnetsar, roi de Babylone, vint avec toute son armée devant Jérusalem, et en fit le siège » (Jérémie 39/1) et là,  il n’était pas question de sortir avec une autorisation signée. 

Le but était de faire craquer les habitants de la ville, tous les moyens étaient bons : privation de liberté d’abord, ce qui est toujours un sentiment extrêmement pénible sur le plan psychologique, même si c’est toujours relatif. Les habitants d’une ville assiégée pouvaient aller et venir dans la ville, prendre l’air, voir leur voisin. Mais bien que les chaînes d’info n’existaient pas encore (quelle bénédiction), ces gens ne parlaient que de ce que provoquait le confinement de la ville: privation de nourriture et quand c’était possible d’eau, ce qui accélérait la chute de la cité. La peur de manquer est souvent liée au confinement. On veut bien s’enfermer, mais alors avec le maximum de tout, jusqu’à en réduire l’espace vital et le peu de confort restant. La nature humaine est ainsi faite que voulez vous, jeter  la pierre à ceux qui dévalisent les magasins n’y changera malheureusement rien.  Et puis, parfois, de plus en plus souvent d’ailleurs,  l’assiégeant balançait des cadavres d’animaux en putréfaction dans la ville, ou dans les puits, quand ce n’était pas les dépouilles de leurs soldats morts de la peste. La guerre bactériologique n’a pas attendu les champs de batailles de la Somme ni les laboratoires P4 c'est l'histoire qui nous le dit.

Cette forme de confinement était extrêmement rude, difficile à supporter, toujours soulignée dans la Bible comme étant une épreuve pour les populations et pour leurs responsables. 

C’était aussi souvent l’occasion de profonde remise en question personnelle, face à sa propre vie, sa relation avec Dieu. Soit la colère contre Dieu et le poing levé l’emportait, ce qui n’arrangeait jamais les affaires, le siège de Jérusalem dont parle Jérémie en est la triste démonstration. Soit c’était l’occasion de réelles conversions, de retour à Dieu, de prières et de miracles. Elisée le prophète vivra la fin d’un confinement : « Élisée dit: Écoutez la parole de l'Éternel! Ainsi parle l'Éternel: Demain, à cette heure, on aura une mesure de fleur de farine pour un sicle et deux mesures d'orge pour un sicle, à la porte de Samarie. L'officier sur la main duquel s'appuyait le roi répondit à l'homme de Dieu: Quand l'Éternel ferait des fenêtres au ciel, pareille chose arriverait-elle? Et Élisée dit: Tu le verras de tes yeux; mais tu n'en mangeras point. » Pourtant le contexte n’avait rien de favorable, le confinement s’annonçait long et avait déjà été long et puis le climat n’était ni à l’optimisme ni à la foi. Comment sortir du confinement ? Quand en sortir ? Des questions qui taraudent déjà aujourd'hui après 14 jours de confinement.  Pourtant, c’est bien Dieu qui mit fin au confinement. Ne désespérons jamais de voir notre Dieu agir dans nos situations les plus angoissantes.

Esaïe le prophète et le roi Ezéchias vivront eux aussi un confinement obligatoire très difficile. « Or il arriva la quatorzième année du Roi Ezéchias, que Sennachérib, Roi des Assyriens, monta contre toutes les villes closes de Juda, et les prit. » Esaïe 36/1. La guerre psychologique que Sennachérib livra à Ezéchias fut terrible. Ce qui m’étonne toujours dans ce texte, c’est la quasi absence d’Esaïe, le pasteur local, enfermé comme les autres.  Il n’apparaît qu’au bon moment et la solution viendra miraculeusement et de manière éclatante suite à la prière que le pasteur et le roi feront ensemble. On ne dira jamais assez l’importance d’avoir des dirigeants politiques qui prient. Ce sont encore des gens qui prient qui mettront un terme au confinement angoissant de la ville. 

Que dire enfin du double confinement de Jonas ? « Les mariniers eurent peur, ils implorèrent chacun leur dieu, et ils jetèrent dans la mer les objets qui étaient sur le navire, afin de le rendre plus léger. Jonas descendit au fond du navire, se coucha, et s'endormit profondément. » 

Au fond d’un navire d’une part, puis dans le ventre d’un grand poisson d’autre part. Face à la tempête, à la mort presque certaine, au monstre qui dévore tout sur son passage, il y a de quoi avoir peur et c’est légitime. Cette histoire n’est surtout pas une belle histoire pour les enfants. Elle est d’une violence inouïe. Mais quand tout va mal, le confinement n’excuse pas tout ! Les mariniers ont eu le bon réflexe : ils vont prier ! Jonas n’a pas l’air de prendre tout ceci au sérieux. Mais très vite son confinement dans l’estomac du monstre va « l’obliger » lui aussi à prier, en s’appuyant sur les promesses de Dieu. Et c’est ce Dieu là qui va mettre fin à son horrible confinement. La prière donne une indigestion monumentale aux monstres marins comme aux virus modernes, n’en doutez pas !

Pour conclure je soumets à votre réflexion le « confinement » du fils prodigue qui, d’après Jésus, rentra en lui-même pour se retrouver face à lui. C’est généralement  difficile au début, mais à la fin ce sont des remises en question salutaires. Et puis après tout, Jésus nous appelle à une « quarantaine en confinement journalière » une quarantaine se mesurant en  minutes lorsqu’il dit : « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ;  et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6/6). Pour l’avoir trop souvent négligé, le peuple d’Israël s’est attiré nombres d’ennuis  qu’il aurait pu éviter « Va, mon peuple, entre dans ta chambre, Et ferme la porte derrière toi; Cache-toi pour quelques instants, Jusqu'à ce que la colère soit passée. » (Esaïe 26/20)

 

Samuel Foucart