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« L'année suivante, au temps où les rois se mettaient en campagne, David envoya Joab, avec ses serviteurs et tout Israël, pour détruire les fils d'Ammon et pour assiéger Rabba. Mais David resta à Jérusalem.» Un soir, David se leva de sa couche; et, comme il se promenait sur le toit de la maison royale, il aperçut de là une femme qui se baignait, et qui était très belle de figure. David fit demander qui était cette femme, et on lui dit: N'est-ce pas Bath-Schéba, fille d'Eliam, femme d'Urie, le Héthien? Et David envoya des gens pour la chercher. Elle vint vers lui, et il coucha avec elle. Après s'être purifiée de sa souillure, elle retourna dans sa maison. Cette femme devint enceinte, et elle fit dire à David: Je suis enceinte. » 2 Samuel 11/1 à 5

L’affaire Bath-Schéba  illustre à elle seule la complexité des affaires de mœurs.  La parole de l’un contre l’autre, les non-dits pesants. Deux écoles, au moins, s’opposent clairement en terme théologique à propos de ce cas. 

Pour les premiers, dont je fais partie, Bath-Schéba savait pertinemment ce qu’elle faisait en allant se baigner sous les fenêtres du roi David. Cette femme jeune, belle, sans doute trop souvent esseulée et pour tout dire délaissée par son mari, trop souvent absent pour raison professionnelle, admirait le grand roi David. Il faut dire qu’il y avait de quoi ! C’est un héros, un guerrier, un roi aimé de son peuple, qui a survécu à toutes ses dures épreuves. On a du mal à imaginer aujourd’hui à quel point cet homme pouvait être admiré et désiré par des femmes plus jeunes. D’ailleurs ce n’est pas vraiment nouveau puisque, alors qu’il n’était encore qu’un tout jeune officier du roi Saül, les filles de Jérusalem (les Spice Girls de l'époque sans doute) avaient composé un tube à la mode le concernant. 

Bath-Schéba, n’en déplaisent aux féministes qui me trouveront sans doute furieusement macho, savait ce qu’elle faisait en venant ce soir-là sous les fenêtres de David. Si aujourd’hui des femmes militent dans des associations telles que « MeToo » ou « Balance ton porc », d’autres revendiquent cette étrange prière lointainement inspirée d’un Notre Père païen : « Délivre nous du mal, certes mais ne nous délivre pas du mâle » ! 

Non Bath-Schéba n’a pas été violée, non elle n’a pas été contrainte d’aucune manière par David, elle s’est rendue volontairement à l’invitation du roi « à boire un verre et plus si affinités ». Non, le droit de cuissage n’existait pas en Israël à cette époque et ne peut en aucun cas être invoqué dans ce cas ! L’attitude de son mari, lorsqu’il est rappelé par David, prouve un peu plus que ce couple devait traverser des problèmes sérieux, n’en déplaise encore une fois à ceux et celles ne voulant voir dans l’attitude d’Urie qu’une marque de consécration religieuse.  D’autre part on sait par le texte biblique qu’elle venait d’en finir avec sa période de menstruation, ce qui n’est pas sans expliquer un peu plus son attitude aux limites de l’exhibitionnisme. Ses hormones, toujours très actives après les règles chez la femme,  et l’absence de son mari l’ont amené à cette attitude, si ce n’est coupable, en tous les cas pas du tout innocente. 

Le crime de viol est l’apanage de l’autre école théologique. Etant l’auteur de ces articles j’aurais pu évincer facilement ce point de vue qui ne me convainc guère, mais l’honnêteté intellectuelle m’oblige à l’aborder. David, qui aurait dû être à la guerre avec ses troupes, s’ennuyant ce soir-là, repère d’un œil  pervers une jeune femme se baignant et s’imaginant être à l’abri des regards concupiscents des rares mâles, n’étant pas mobilisés. Pas de chance, quelqu’un la remarque et pas n’importe qui, le roi David lui-même. 

Ce dernier l’envoie chercher, ne lui laissant pas le choix puisqu’elle est censée, d’après les tenants de cette version, obéir à son roi, ce qui ne se voit jamais par ailleurs dans l’histoire de David, ni même dans celle d’Israël.

A partir de là, la suite serait une simple et sordide histoire de viol, de la part de quelqu’un ayant autorité ce qui ne fait qu’aggraver la charge.  Et dans ce cas il y aurait bel et bien crime !

Malheureusement pour les adeptes de cette version fantaisiste et très féministe, la Bible ne parle jamais de viol, mais d’adultère, c’est à dire une autre forme de crime à l’époque, puni par la mort des deux personnes. L’adultère n’est donc pas un viol par définition, il suppose un consentement des deux parties en présence. 

L’exhibitionnisme est un délit, même si c’est une jolie femme qui s’y livre, le viol est un crime et on voit là tous les enjeux  qu’il y a dans une affaire comme celle là, il en va de la tête d’un homme ou de la réputation d’une femme.

Samuel Foucart

L’avis  du juriste :

L’affaire DSK nous a fait découvrir les différents « degrés » de crimes sexuels que le droit américain comporte. Notre droit français aussi recèle diverses subtilités et catégories en matière de délinquance sexuelle  (viol,  autres formes d’agressions sexuelles, exhibition sexuelle, harcèlement sexuel), en constante évolution, et dont les différences sont parfois ténues.

L’article 222-32 du Code Pénal définit le délit d’exhibition sexuelle comme :" L’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public".

Il s’agit de se montrer dans un état ou une attitude impudique à la vue d’autrui. 

La jurisprudence ancestrale prévoit que trois conditions doivent coexister:une attitude impudique, voire offensante, commise en public, avec la conscience de choquer.

L’attitude impudique doit, depuis un arrêt de la Cour de Cassation de 2006 inclure un élément de nudité corporelle et ne peut se limiter à des propos grossiers ou des gestes vulgaires.

 Evidemment, tout spectacle de nu ne tombera pas sous le coup de la loi : le spectacle de corps nu est toléré dès lors qu’il s’inscrit dans une démarche artistique.

Quant au lieu de commission du délit, il peut s’agir d’un lieu public mais également d’un lieu privé comme par exemple dans une chambre, fenêtres ouvertes, visibles d’autres appartements.  En matière d’exhibition sexuelle, la jurisprudence se montre toutefois sévère et a parfois retenu contre l’auteur une simple faute de négligence ou d’imprudence.  

Le port du monokini ne sera pas toléré en tout lieu : sur la plage, d’accord, mais dans la rue hors de question. Le Tribunal correctionnel de Grasse  a estimé “qu’en France, dans l’état actuel de nos moeurs, le spectacle d’une femme s’exhibant la poitrine entièrement nue dans les rues d’une ville, même à proximité d’une plage, est de nature à provoquer le scandale et à offenser la pudeur du plus grand nombre »

Un autre tribunal a condamné un homme parce qu’il bronzait nu dans sa voiture.

Le délit d’exhibition sexuelle est puni d’un an d’emprisonnement et 15.000 € d’amende.

Le viol quant à lui, est un crime puni  entre 15 ans de réclusion criminelle et la réclusion à perpétuité, selon les circonstances  ( article 222-23 à 26 du Code pénal)

Dans un rapport rendu public ce mardi 19 novembre, un organe du Conseil de l’Europe pointe des lacunes françaises, notamment en matière d’incrimination de viol. Les auteurs du rapport déplorent que “la définition des agressions sexuelles et du viol ne repose pas sur l’absence d’un consentement libre mais exige le recours à la violence, contrainte, menace ou surprise”.

D.A.

 

Le point de vue du psychologue : 

 

En psychologie, l’exhibitionnisme est décrit comme le fait de rendre témoin une ou plusieurs personnes de gestes de dénudation ou de comportements sexuels.

Le DSM-V (manuel de référence en psychiatrie et psychologie) classe l’exhibitionnisme dans les troubles paraphiliques.

Les paraphilies sont des fantasmes entraînants une excitation sexuelle intense et récurrente impliquant une activité sexuelle paraphilique pendant au moins 6 mois. Cette excitation porte sur des objets inanimés, des enfants ou des adultes non consentants ou impliquant la souffrance ou l’humiliation de soi-même ou de son partenaire.

Les troubles paraphiliques les plus fréquents sont la pédophilie, le voyeurisme et l’exhibitionnisme.

Le DSM-V différencie la paraphilie ne perturbant pas la personne de celle entraînant une souffrance ou perturbant son fonctionnement et/ou pouvant nuire à autrui.

La paraphilie se trouve plus fréquemment chez les hommes et il n’est pas rare qu’une personne présente plusieurs troubles paraphiliques. A l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement efficace reconnu pour agir sur ces troubles.

A.D. Psychologue

 

La parole est à la défense :

Monsieur le Président du tribunal correctionnel, Monsieur le Procureur de la République.

J’assiste ma cliente Madame Bath-Schéba poursuivie pour exhibition sexuelle.

Ma cliente réfute avec véhémence cette honteuse accusation qui porte atteinte à son honneur de femme et d'épouse !

Comment peut-on imaginer que le parquet ait pu poursuivre ma cliente sur la simple déposition de quelques habitants de Jérusalem !

Parlons-en de ces plaintes ! Leurs auteurs principaux sont des hommes religieux et légalistes touchés dans leur pudibonderie hypocrite et qui au final se sont « rincés l’œil » en la voyant dans son bain. Notons au passage qu'ils ont du bien se contorsionner pour voir ma cliente dans son bain compte tenu de la configuration de son appartement. Sans préjuger de rien, ce sont peut être d'ailleurs les mêmes personnes qui assouvissent leurs petits besoins sexuels ordinaires en toquant à la porte de la maison de la « Rahab locale » !

Quant aux quelques femmes, scandalisées, qui ont également porté plainte, ce ne sont que des « saintes nitouche » sans envergure, jalouses d'un corps de rêve qu'elles n'auront jamais !

Mais au final que reproche-t-on à ma cliente ? : S’être baignée la fenêtre ouverte. Je dois préciser qu’elle ne donne pas sur la rue et que ma cliente n'habite pas au rez de chaussée !

Elle n'était visible que des étages supérieurs ce qui explique que le roi David ait pu ainsi l'entrapercevoir.

J'entends ici ou là que ma cliente aurait délibérément laissé ouverte sa fenêtre pour être vue du roi. Tout ceci n’est que des allégations sans preuve, des diffamations choquantes ! Comment vouliez-vous d’ailleurs qu’elle devine à quel moment le roi allait regarder dans sa direction ! Tout ceci est grotesque !

Cette pseudo exhibition sexuelle ne repose sur rien ! Elle est dans sa sphère privée et non sur le domaine public que je sache ! Elle se purifiait après sa période de menstruation et en l’absence de VMC, elle était obligée d’ouvrir la fenêtre pour évacuer une trop grande chaleur accumulée dans sa salle de bain ; voilà tout ! 

Je demande bien évidemment la relaxe, ma cliente se réservant le droit de porter plainte à son tour contre toutes celles et tous ceux qui par leurs plaintes infondées et leurs commérages de bas étage l'ont diffamé, elle, une femme mariée et respectée dans le quartier ! 

 

Maître F.F.