Les noms donnés à Jésus : "Fils de Marie" (Jésus le batard divin) - 2ème partie -

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« N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon? Et ses soeurs ne sont-elles pas ici parmi nous? Et il était pour eux une occasion de chute. » Marc 6/3

Introduction : ce nom donné à Jésus passe finalement assez inaperçu aujourd’hui à la lecture première de l’Evangile. Une lecture en surface je dirai. Oui, effectivement, Jésus est le Fils de Marie et alors ? Pourtant ce nom donné au sauveur du monde n’a rien d’anodin et prouve, à notre insu, que nous connaissons mal le Dieu que nous adorons et qu’il est bien limité à notre connaissance. 

1/ La question n’est pas de savoir si Jésus a existé, mais quel Jésus a existé ?

  • Il est admis aujourd’hui par tout le monde, religieux, théologique, historique, que Jésus de Nazareth a bel et bien existé. La vraie question est de savoir de quel Jésus nous parlons.
  • Il y a le Jésus historique, vu par le petit bout de la lorgnette des historiens et là on va du meilleur au pire ; il y a aussi le Jésus des évangiles apocryphes, qui peuvent accessoirement contenir une part d’histoire réelle mais aussi pas mal de loufoqueries, parfois franchement blasphématoires. 
  • Et puis il y a le Jésus des Evangiles, que souvent, nous croyons bien connaître, mais c’est faire abstraction des traducteurs, des traductions qui parfois ont édulcorés (volontairement ou non) le Jésus des Evangéliques canoniques. 
  • L’accueil réservé à Jésus par les gens de Nazareth, c’est à dire par ceux et celles qui l’ont vu grandir, connaissent sa famille, savent son parcours, est révélateur au plus haut point de notre méconnaissance du Dieu sauveur. 
  • « C’est le fils de Marie » ce qui est complètement atypique comme accueil ; ce n’est donc pas le fils de Joseph pour eux. D‘ailleurs dans Jean 8/19 on peut lire cette question, que nous avons spiritualisée à l’excès : « Ils lui dirent donc : Où est ton Père? » et un peu plus loin dans ce même contexte : « Nous ne sommes pas des enfants illégitimes » ou plus rudement encore : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution » Jean 8/41 ! 
  • Voilà trois indices en notre possession qui viennent étayer des rumeurs ayant couru à propos de Jésus, de sa mère et de sa naissance, rumeurs qui seront relayées un ou deux siècles plus tard par des écrits considérés ou non comme apocryphes faisant mention de ceci :
  • Ces légendes juives attribuent la naissance de Jésus à un viol de Marie ou à une relation amoureuse de Marie avec un soldat romain, bien entendu parfaitement illégitime. La seule information que l’Evangile nous donne à ce sujet, c’est que Jésus est né hors des liens du mariage.
  • Ce « Fils de Marie », (expression volontairement blessante, vexatoire, humiliante pour Jésus et pour sa mère) balancé à la figure de Jésus, loin d’être flatteur, fait directement allusion à la naissance douteuse de Jésus. C’est humiliant, pour lui et pour elle. Jésus est donc le petit bâtard, né dans des conditions plus que troubles. 
  • Dans le Talmud, le bâtard était l’état de celui qui ne peut pas prouver que sa naissance est issue d’union légitimée. Jésus étant né hors mariage, il est accueillit à Nazareth comme le Fils de Marie, c’est à celui dont on ne connaît pas avec certitude le père.

 

2/ La théologie du MAMZER ou théologie du bâtard dans la Bible !

  • Le mamzer, mot hébreux désigne l’enfant bâtard, né hors des liens normaux du mariage, souvent d’un père inconnu. Le mamzer chez les hébreux ne pouvait pas se marier autrement qu’avec une mamzer d’après le talmud et leur union donnerait naissance à des enfants considérés comme bâtards. Certains expliquent que c’est pour cette raison que le rabbi Jésus n’était pas marié, puisque les rabbins avaient obligation de se marier pour exercer.  C’est oublier un peu vite que Jésus n’était pas un rabbin au sens académique et universitaire de ce mot ; il était charpentier de métier ! Mais l’onction qui reposait sur sa vie faisait la différence. En d’autres termes il était reconnu  par le peuple comme un rabbi, mais aucun diplôme ni aucune formation n’étaient là pour sanctionner ce titre.
  • Sans doute certains se sont empressés d’estimer que Jésus était un rabbi auto-proclamé, autre forme d’humiliation : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t’a donné cette autorité ? » Matthieu 21/23 ! Mais disons qu’aujourd’hui, il aurait pu aisément faire valoir ses acquis en tant que rabbi, puisque même Nicodème lui reconnaît cette valeur et cette fonction en le faisait venir de nuit chez lui pour l’interroger. 

 

3/ Les bâtards dans la Bible ?

  • Il faut d’abord souligner que le mot « bâtard » a disparu des traductions assez vite  avec l’apparition de la bien-pensance. C’est un mot violent, humiliant, blessant et dévalorisant. Aujourd’hui il est quasiment exclusivement considéré comme une insulte. 
  • Pourtant et historiquement Ce terme de bâtard n'est pas initialement péjoratif ; il sert à désigner les fils des nobles hors du mariage catholique. Au Moyen Âge, il arrive que des bâtards prennent la succession de leur père, tels qu'Ebles Manzer ou Guillaume le Conquérant.
  • 1) Qui est né hors mariage. 2) Dégénéré de l'espèce à laquelle il appartient. 3) Indique que la chose dont il s'agit a subi quelque modification qui la change et l'amoindri.
  • « Le bâtard n'entrera point dans l'assemblée de l'Eternel, même sa dixième génération n'entrera point dans l'assemblée de l'Eternel. » Deutéronome 23/2 (Martin Bible ou versions anglaises comme le texte original). Jésus est donc bien à part, y compris à l’égard du service de Dieu et même de son appartenance au peuple juif. Ce qui expliquera sa proximité avec les gens de mauvaise vie, avec les samaritains, les galiléens et accessoirement les publicains et les prostituées. Il est du côté des rejetés, du rebus de la société, que cela nous plaise ou non !
  • Dans l’ordre chronologique je citerai tout d’abord Ismaël, le fils qu’Abraham aura avec sa concubine ; il n’est jamais  reconnu comme légitime par son père et c’est une souffrance chez cet enfant à cela il faut ajouter son sentiment de rejet, la fatale mauvaise image qu’il aura de lui-même et de sa mère toute sa vie. Tout cela a fabriqué un parfait petit révolté, rebelle dont la mentalité influence encore le monde aujourd’hui. 
  • Jephté était considéré comme un bâtard, un vagabond, un SDF, un vaurien et pourtant son nom est cité comme un des héros bibliques de la foi.  Juges 11/1.  « Or Jephté le Galaadite était un homme fort et courageux, mais il était fils d'une prostituée, et c'est Galaad qui avait engendré Jephthé. Il finira par sacrifier sa fille de manière parfaitement inexplicable et déséquilibrée.
  • Juges 9/1 Abimélek, le fils  de Gédéon. Le nom Abimélec signifie "Mélec est père" ou "mon père est roi".  Dont le manque de reconnaissance le conduira aux meurtres ; il souffrira toute sa vie d’être né bâtard.
  • Indéniablement et d’après les écrits de David lui même « Ma mère m’a conçue tout entier dans le péché », d’après l’attitude de son père et de ses frères à son égard, et d’après la tradition juive, David doit être considéré comme un bâtard, qu’Isaïe avait finalement reconnu pour fils, mais à contre cœur.  A la différence d’un Abimélec, David choisira de préférence à la révolte, la foi dans le Dieu vivant et vrai et son parcours de bâtard en fera le roi d’Israël. Il est en cela le type même du Messie Jésus.
  • « Elles firent boire du vin à leur père encore cette nuit-là; et la cadette alla coucher avec lui : il ne s'aperçut ni quand elle se coucha, ni quand elle se leva.
  • 36 Les deux filles de Lot devinrent enceintes de leur père. 37 L'aînée enfanta un fils, qu'elle appela du nom de Moab : c'est le père des Moabites, jusqu'à ce jour. 38 La plus jeune enfanta aussi un fils, qu'elle appela du nom de Ben Ammi : c'est le père des Ammonites, jusqu'à ce jour. » Genèse 19/35 et 36, les deux issus d’une union incestueuses sont considérés comme des bâtards, Moab et Ben Ammi, qui donneront naissance aux Moabites et aux Ammonites. A noter qu’une Moabite figure dans la généalogie de Jésus, Ruth !
  • L’enfant de Bath-Schéba et de David mourant à la naissance était un bâtard au sens premier de ce terme, ce qui tend à donner raison à la tradition juive, qu’un bâtard donne naissance à des bâtards, du moins dans une lignée et une tradition spirituelle et familiale. 
  • L’histoire de Tamar et de son beau père Juda, fils de Jacob, dont Jésus est le descendant direct est exemplaire elle aussi puisque les deux fils sont considérés comme des bâtards : « Quand elle fut au moment d'accoucher, voici, il y avait deux jumeaux dans son ventre. 28Et pendant l'accouchement il y en eut un qui présenta la main ; la sage-femme la prit, et y attacha un fil cramoisi, en disant : Celui-ci sort le premier. 29 Mais il retira la main, et son frère sortit. Alors la sage-femme dit : Quelle brèche tu as faite! Et elle lui donna le nom de Pérets. 30 Ensuite sortit son frère, qui avait à la main le fil cramoisi; et on lui donna le nom de Zérach. ». Genèse 38/27 à 30.
  • Quelques bâtards célèbres.  Charles Martel ;  Alexandre Dumas fils ; L’histoire nous parle de bâtards célèbres : Guillaume le Conquérant  qui a conquis toute l’Angleterre ;  César Borgia dont le père était le pape Alexandre VI ; le grand  Léonard De Vinci ;  la courtisane Madame Du Barry ; l’actrice Sarah Bernhardt ; le poète Guillaume Appolinaire ; l’épouse du président Argentin Eva Peron ou encore l’acteur Jack Nicholson. 

 

4/ L’offense faite à la femme, à la mère !

  • Je pense qu’on oublie très vite l’aspect blessant pour Marie, à qui  dès que l’occasion se présentait, on rappelait « sa faute » ou supposée telle en tous cas. 
  • L’offense c’est l’arme préférée du diable et nous sommes souvent bien dépourvue face à elle ; rappeler la faute de l’autre, c’est facile, c’est lâche, c’est méchant et c’est surtout faire le jeu de l’enfer en attisant la culpabilité. 
  • William Shakespeare écrivait ; « Mieux vaut mourir incompris que passer son temps à se justifier » ! Vous noterez qu’en face de l’offense faite à sa mère, à la femme en générale et à lui même, Jésus ne perdra jamais son temps à répondre à ses détracteurs. 
  • On retrouve le même schéma divin quand Jésus sera accusé d’être un malfaiteur et que la religion juive paiera très chère pour faire croire que ses disciples avaient enlevé son corps pour faire croire à la résurrection. 
  • C’est toujours très dur de se faire traiter de bâtard, mais dans l’aspect psychologique de la personne insultée, il y a lui et il y a sa mère, la faute de sa mère, l’erreur de sa mère, la tâche sur la vie de sa mère, la honte qui s’y attache. Tout ceci fait partie de la souffrance globale et inconsciente du bâtard !
  • Cette expression « Fils de Marie » renvoyait Jésus à ses origines douteuses, mais aussi aux accusations concernant sa mère ; on est loin, très loin de la nuit de Noël, de l’ange Gabriel, de la révélation surnaturelle faite à Marie, de la foi simple de cette jeune fille, de la conception miraculeuse. Ne serait-ce pas cela qu’évoquait l’ange dans la prophétie de Siméon : « Une épée te transpercera l’âme » ?  Luc 2/35.