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Les plus âgés d’entre nous se souviendront peut-être du livre de Pierre Accoce, Pierre Rentchnick, « Ces malades qui nous gouvernent », mais le phénomène ne date pas d’hier, ni même d’avant hier. Saül en est la démonstration « biblique ».

 Evidemment que le point de vue biblique sur la pathologie de cet homme qui régnera 40 ans tout de même, n’est pas tout à fait le même que celui d’un psychiatre du 21° siècle. Je vous cite le texte biblique : « Alors le mauvais esprit de l'Eternel fut sur Saül, qui était assis dans sa maison, sa lance à la main. David jouait,  et Saül voulut le frapper avec sa lance contre la paroi. » 1 Samuel 19/9.

 Aujourd’hui, si nous emmenions Saül en consultation à Saint-Anne (Hôpital Psychiatrique situé à Paris)  il serait diagnostiqué sans aucun doute possible, schizophrène paranoïaque avec des tendances  criminelles très marquées et des bouffées de violence caractérisées.

La schizophrénie paranoïde est la forme la plus fréquente de schizophrénie. Elle se caractérise par la prédominance des hallucinations, des idées délirantes de persécution, le délire interprétatif, les convictions d’être l’objet d’un complot ou de se trouver au centre d’une intrigue malveillante, la surestimation de soi (les idées de "grandeur", voire de "mission planétaire"), l’anxiété, l’envie ou la jalousie, un esprit contestataire, revendicateur et belliqueux. Au regard de l’histoire de cet homme, tout y est. Mais comme il est le Roi d’Israël, que son autorité légitime à la base va se transformer en despotisme absolu à terme, il est dangereux pour les autres. La psychiatrie d’alors se résumait à sa plus simple expression, puisqu’elle n’existait tout simplement pas. Alors la Bible nous explique autrement les origines de ce mal chez Saül.

Je ne crois pas que l’on soit dans l’obscurantisme religieux dans ce cas précis et finalement, la Bible et la psychiatrie pourraient bien dire la même chose avec d’autres mots. En tout cas ne pas être en si totale contradiction.

Beaucoup de gens vont mal à cause d’une pathologie liée et accentuée par leur comportement quotidien.  Bien des schizophrènes,  porteurs d’une maladie invisible et inoffensive, vont voir cette dernière prendre de l’ampleur à cause de leur consommation d’alcool, de drogue ou de médicaments. D’autres à cause de leurs dérèglements moraux, sexuels, ou sociaux.  C’est difficile à admettre par les uns et par les autres, comprenez par le monde « religieux » tout comme pour le monde scientifique, mais pourtant les passerelles sont là. Un certain nombre de gens ayant largement abusés de l’occultisme et de ses pratiques, se sont retrouvés hospitalisés en psychiatrie avec des symptômes schizophréniques graves.

La schizophrénie c’est 600 000 personnes en France qui en souffrent, ce n’est pas rien.

Saül le schizophrène paranoïaque va dans ses délires chercher à tuer ou tuer tout ce qu’il suppose faire partie du grand complot ourdi contre lui. D’abord le jeune et brillant David, qu’il avait fait venir lui-même à la cour. Il le poursuivra toute sa vie de ses « ardeurs » « amour-haine » et attentera à de nombreuses reprises à sa vie, sans parler de la réputation qu’il lui fera.

Saül cherchera à tuer Samuel le prophète d’alors, à qui il devait tout, humainement parlant. Il cherchera à tuer son fils Jonathan qu’il soupçonnait d’à peu près tout. Il tuera ou fera tuer la famille du prêtre Abiathar en donnant des ordres brutaux dans ce sens. Il massacrera dans la foulée les habitants de la ville de Nob sans distinction d’âge, de sexe ni de rang (1 Samuel 22/16 à 19). Bref, ce type est un danger public, avec tous les pouvoirs en main. Il fera tuer toutes les voyantes de l’époque, mais  on ignore encore  pourquoi il fera périr les Gabaonites, si ce n’est un zèle religieux sans fondement. Par ailleurs, dans sa folie, il épargnera la vie d’une des plus grandes menaces pour lui et pour Israël, Agag l’Amalécite.

 Avec un tel parcours psychiatrique, malheureusement, il était certain que cet homme allait en arriver à une extrémité prévisible, le suicide, ce qui sera le cas. Le pire, c’est qu’il va réussir à entrainer ses fils derrière lui dans sa fuite en avant. Eux ne sont pas fous (du moins a priori) mais ils vont être victimes de la schizophrénie paranoïde de leur père.

Je rêve du jour où les psychiatres et les pasteurs pourront se parler et s’entraider pour traiter de certains cas, mais ce n’est pas encore demain la veille, puisque les deux parties se regardent encore avec défiance et méfiance. Pourtant....

Le drame de cet homme, c’est son orgueil naturel qui a repris le dessus sur tout le reste et qui l’a empêché de comprendre qu’il était malade, d’écouter les signaux de son fils Jonathan par exemple et de refuser d’envisager qu’il avait un problème spirituel et psychiatrique grave.

Saül le tueur, Saül l’assassin, Saül le paranoïaque, Saül le schizophrène qui s’ignore, Saül le suicidaire ! Que l’on prenne son histoire par n’importe quel bout, elle est un échec total. Et il y a de quoi être triste parce qu’au départ, Saül c’était un bon garçon, aimant sa famille, son père, le travail, un type courageux et sérieux, capable d’avoir du recul sur lui et sur ce que l’on disait de lui. Il semble que l’accession à des responsabilités trop lourdes pour lui, ait largement aidé à déclencher  le mal qui couvait.

Samuel Foucart

 

L’aspect juridique :

Si l’expertise judiciaire s’est réellement développée au XIXe siècle, elle est pratiquée de façon habituelle dans les procédures civiles et pénales depuis l’Ancien Régime. L’ordonnance criminelle de 1670 par exemple, prescrivait le recours aux médecins et chirurgiens pour constater un décès ou l’état des blessures d’une personne, ou à un expert pour pratiquer la comparaison d’écritures.

L’article 156 du Code de procédure pénale édicte que « toute juridiction d’instruction ou de jugement, dans le cas où se pose une question d’ordre technique, soit à la demande du ministère public, soit d’office, soit à la demande des parties, peut ordonner une expertise »

Les experts, quels qu’ils soient, psychologues, psychiatres ou d’autres experts sont donc considérés par le code pénal, comme des « techniciens », disposant d’un «  savoir » particulier, qui acceptent d’être au service de la justice et qui ont à répondre aux missions qui leur sont confiées par les magistrats, qui n’ont pas, face à une situation donnée, les compétences scientifiques et techniques suffisantes requises.

Il est très fréquent que dans le cadre d’une instruction criminelle, une expertise psychiatrique et psychologique du mis en examen soient ordonnées par le juge d’instruction, soit à son initiative, soit à la demande du mis en examen. Cela permet de prendre connaissance de l’analyse du mode de fonctionnement comportemental de l’intéressé, et de connaître l’éventuelle existence  de troubles permettant d’atténuer ou d’exclure sa responsabilité pénale. Par  ailleurs, l’analyse de la personnalité du sujet et son histoire de vie sont des éléments particulièrement attendus car donnant du sens à la complexité d’une situation.

En France,  la pratique expertale psychiatrique et psychologique au pénal est régulièrement critiquée dans les médias en raison de ses possibles « égarements », de son manque de fiabilité mais aussi du point de vue du rôle qu’elle revêt et occupe dans le système pénal, rôle toujours plus grandissant. Les textes juridiques encadrent les conditions de réalisation de l’expertise et placent l’expert dans un rapport de subordination au magistrat, qui doit regarder le rapport d’expertise avec la distance qui convient et non comme l’expression d’une vérité absolue. Les rôles sont clairement définis, le juge pose une question d’ordre technique à l’expert,  l’expert examine les faits et apporte une réponse, le juge tranche en toute liberté .

D.A. (T.I. de Grenoble)

 

Idéologiquement parlant :

Sommes-nous gouvernés  par des fous? Qu’appelle-t-on un fou dans l’imaginaire populaire ?

On vit avec l’idée que la sagesse serait la normalité et que les fous seraient des exceptions. Nous classons souvent des personnes dans la catégorie des fous ou malades mentaux, car nous les jugeons incapables de vivre dans le monde tel que nous le percevons, nous les gens dits « normaux ». En ce sens, Saül pourrait aisément rentrer dans cette catégorie. De Néron à Hitler, en passant par Staline ou les pires dictateurs d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud, nous ne manquons pas d’exemples.

On peut parfois s’interroger sur certaines décisions prises par nos dirigeants et on pourrait se dire que la folie serait un dénominateur commun de certains d’entre eux. Il faudrait donc être fou pour vouloir et prendre le pouvoir. Certains de leurs comportements pourraient nous amener à le croire, ou au moins à en douter. Les gens qui nous gouvernent sont-ils sains de corps et d’esprit ? Platon voulait d’ailleurs que la classe dirigeante soit formée parmi les hommes les plus sages et les plus experts. Le phénomène n’est donc pas nouveau.

Mais plus concrètement, nous pouvons considérer que peu de politiques sont fous au sens psychiatrique. Dans la plupart des cas, ce que nous qualifions de folie pour nos politiques est plutôt un manque de confiance envers ceux-ci. On parle de fous pour en quelque sorte prendre ses distances, les déshumaniser. Comme on est pas d’accord avec eux, on s’oppose, et on ne veut rien en commun. Le problème c’est l’adéquation entre le cadre normatif et la perception subjective de la politique. Ainsi, nous pensons que les performances de nos politiques ne correspondent pas à nos exigences de citoyens. Cette incompréhension dérange car elle témoigne de l’incapacité à vivre et penser comme les autres, ainsi la communication est difficile, voire impossible. Nous avons alors l’intime conviction que ceux qui nous gouvernent sont étrangers au quotidien et que deux mondes s’opposent,c’est le « peuple » contre les « élites ». Ce manque de confiance s’exprime d’ailleurs dans le taux d’abstention élevé ou le vote pour les partis politiques protestataires. Le vote peut également être considéré comme un pouvoir minimal, puisqu’on choisit des représentants qu’on ne peut ensuite contraindre à prendre certaines décisions. De plus, peut-on considérer que nos gouvernants décident réellement, n’existe-t-il pas des pouvoirs supérieurs qui sont bien en place ? Dans ce cas ,la faculté décisionnelle de nos gouvernants serait en fait assez faible dans la pratique . Mais en étant dans un état de défiance permanente des politiques, notre vie deviendrait impossible, sans se fier à personne on peut même risquer une certaine forme de paranoïa.

À mon avis, il faut faire confiance en « ces fous qui nous gouvernent ». Peut-être pas une confiance absolue, mais je dirais que c’est un peu comme le pari de Pascal : croire en Dieu est finalement plus avantageux que ne pas y croire. Sans considérer les gouvernants comme des dieux, nous pouvons prendre le pari de croire en nos dirigeants, c’est quelques fois difficile, mais ne pas y croire l’est encore plus !

Sandrino Gazzetta (Professeur à la NEOMA Business School de Rouen, Reims et Paris. Université de Rouen)

 

La parole est à la défense :

Plaidoirie en faveur de Madame Jézabel

Ma cliente est poursuivie et jugée devant votre tribunal pour homicides volontaires  avec préméditation commis au cours de l’exercice de son règne en qualité de reine d’Israël.

Votre tribunal se souvient sûrement de ma plaidoirie en faveur du roi Saül qui lui aussi  avait été poursuivi pour des crimes similaires commis dans l’exercice de son pouvoir politique. Les psychiatres de l’époque avaient conclu à son irresponsabilité pénale partielle.

Ma cliente est également une femme de pouvoir ; elle est la fille du roi de Sidon « Ethbaal » sans doute celui que Ménandre, historien de l’Antiquité, présente comme un prêtre d’Astarté qui s’empara du trône en tuant son roi.

Son mari Achab l’épousa moins par amour que pour des raisons de stratégie géo- politique. Ma cliente est une fervente adoratrice de Baal, éduquée dans ce sens par son père. C’est donc tout naturellement qu’elle encouragea son mari à ériger un temple à la gloire de son dieu et qu’elle ne tolérait dans ce domaine aucune autre pratique religieuse en Israël. 

Sa position radicale finalement ne dénotait en rien de celle pratiquée par les autres rois religieux de la région. Pour sa défense, ma cliente rappelle que l’Eternel, le Dieu des hébreux, ne préconise pas autre chose à ses fidèles serviteurs.

En nommant 450 prophètes de Baal et 400 prophètes du poteau sacré, ma cliente établissait ainsi une véritable religion d’Etat. En cela aussi, elle est cohérente avec elle-même et agit conformément à ses convictions spirituelles très fortes.

Ma cliente est décrite comme une femme égoïste, sans scrupules, arrogante et cruelle. Je ne suis pas qualifié pour en juger, mais une chose est sûre elle se distingue très nettement de son fantoche de mari qui n’avait en rien la carrure d’un chef. Sa mollesse, ses pleurnicheries et ses caprices exaspéraient au plus haut point ma cliente, l’affaire du champ de Naboth en étant la parfaite illustration.

Cette femme, officiellement dans l’ombre du pouvoir, l’exerçait de facto. Cette « bizarrerie » est en fait le reflet d’une réalité politique mainte fois répétée dans l’histoire des pays et des peuples. A n’en déplaise aux féministes, la femme en politique a toujours été plus influente et plus puissante qu’on veut bien nous le faire croire à fortiori lorsqu’il s’agit comme en l’espèce de compenser les carences d’Achab ce « roi-enfant ».

Mais que fallait-il attendre d’autre de cette femme élevée par un père fanatique et idolâtre spécialiste des coups bas en politique et stratège de génie pour renverser le pouvoir en place ?

Que fallait-il attendre d’autre d’une femme qui, poussée par un zèle dévorant pour Baal, ne peut pas supporter la présence d’autres divinités sur le territoire d’Israël ?

Que fallait-il attendre d’autre d’une femme témoin dans sa famille de pratiques occultes et perverses ?

Que fallait-il attendre d’autre d’une femme qui pour exister politiquement dans un monde machiste devait décupler les ruses, les fourberies et les traitrises ? 

Son éducation paternelle formata ma cliente au combat politique, la « masculinisant » à l’excès pour exister dans cet univers d’hommes pervers. Cette « dame de fer » était en fait le premier « homme » du royaume d’Israël…

De nos jours, rien à changer et pour qu’une femme politique réussisse, il lui faut un supplément de ruse, d’intelligence et de dureté pour s’imposer.

Notons au passage que son nom était à ce titre prémonitoire ; il signifierait : « Ou est celui qui est élevé ? ». Mais ne pourrait-on  pas traduire par : « Ou est celle qui est élevée ? »..

L’exercice de son pouvoir totalitaire, digne des pires despotes de l’Histoire, engendra bien des excès qui bien sûr entraineront sa condamnation à des peines très lourdes. Maintenant, dans votre délibéré, tenez compte à la fois de l’emprise psychologique de son père, et du contexte socio-culturel de l’époque « chosifiant » la femme qui, pour survivre politiquement, n’avait pas d’autre choix que de s’imposer par la terreur.

Maître F.F. du Barreau de Rouen