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On voit généralement l’espion sous l’angle de James Bond. Un agité, qui n’a pas une minute à lui entre des femmes à séduire, des méchants à liquider, des sauts en parachute et des voitures de sport à piloter ! La réalité de la vie d’espion est bien moins rose. Il y a de tout chez les espions,  des « petites mains », des « portes flingues », des « nageurs de combats » et des diplomates, des « boîtes à lettres » et des ingénieurs. Le mieux c’est de ne jamais être connu comme étant « un espion » parce que  là, votre carrière et souvent votre vie, est terminée.

Moïse sera le premier à recruter des espions, 12, pour les expédier en terrain ennemi, Canaan : « Tu enverras un homme issu de chacune des tribus de leurs ancêtres. Ils seront choisis parmi leurs princes. »(Nombres 13/1) De cette expérience, on va retenir que 10 d’entre eux n’étaient absolument pas fait pour le job ! Défaitistes, peureux, inquiets, démoralisant la nation. Avec des espions comme ça, pas besoin d’ennemis ! Les deux autres en revanche, répondent aux critères de l’espion utile, à savoir Josué et Caleb !

D’ailleurs c’est l’un d’eux, Josué, qui deviendra le chef des services secrets d’Israël après la mort de Moïse et on voit bien qu’il avait appris des échecs du passé, lorsqu’il s’agira d’envoyer des espions à Jéricho. Ils ne sont plus que deux cette fois, et c’est largement suffisant. Napoléon n’avait qu’un espion, devenu célèbre par la suite, Schulmeister, qui lui sauvera la mise bien des fois. 

Une « 7° colonne » (nom donné à un supposée armée d’infiltration nazie pendant la seconde guerre mondiale, des espions dormants) aurait été bien inutile.  Si la Bible ne donne pas les noms de ces deux espions, un recoupement assez simple permet néanmoins d’en connaître au moins un. 

En effet ces deux là, à Jéricho, vont recruter Rahab « la câtin » ou si vous préférez la  prostituée. Eh oui, « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs » dit le dicton. Ceux qui voudraient une histoire biblique exempte de câtins et d’espions devront repasser. Rahab devient donc la « Mata Hari » d’Israël, par idéologie sans doute, et peut-être bien par amour. Tous les  trois vont agir dans le même sens, ils sont d’accord pour nuire aux intérêts de Jéricho du point de vue des habitants de cette ville, et les trois au moins risquent leur vie. Les espions, on les déteste dans le camp adverse et leurs faits sont considérés comme de la trahison. Un des espions va donc séduire Rahab. Dans la littérature rabbinique, Rahab est décrite comme une femme d'une beauté exceptionnelle, comme quoi la réputation des espions en la matière n’est pas récente. Il s’agit de Sâlmon qui finira d’ailleurs par épouser Rahab. Les espions doivent toujours être prudents avec leurs émotions et leurs sentiments, c’est souvent ce qui les révèle et parfois les perd. En l’occurrence, tout se termine bien. 

« Les princes des Philistins vinrent trouver Délila et lui dirent : Tâche par tes séductions de découvrir d’où vient la grande vigueur de Samson et comment nous pouvons le vaincre, le lier et le réduire à l’impuissance. Tu recevras alors de chacun de nous onze cents pièces d’argent » Juges 16/5. Délila, la juive, servira d’espionne aux ennemis historiques d’Israël en les renseignant sur Samson  et elle utilisera pour cela sa profession d’une part (sans doute coiffeuse esthéticienne) et ses charmes, mais aussi les faiblesses de cet homme. Elle le fait pour l’argent les choses sont claires, une très forte somme, 11 000 pièces d’argent fois 5, le nombre des Prince Philistins, soit à peu près 200 000 €. Il faut dire que Samson coûtait très cher aux Philistins. Et même si rien ne permet de supposer qu’elle était prostituée, sa mentalité d’espionne est la même que la mentalité de la prostituée. Parcours classique chez n’importe quel espion moyen. Si Israël, encore aujourd’hui avec le Mossad et ses branches encore plus secrètes a une réputation d’excellence en matière de services secrets, en l’occurrence dans l’histoire de Samson, c’est une femme seule qui va piéger l’ensemble du peuple. Ah le cœur des femmes, c’est une arme bien pire que leur corps finalement. Elle touchera son argent et disparaîtra de la scène historique définitivement.

L’espionnage qu’il soit industriel, économique, militaire, qu’il ait lieu en temps de guerre ou en temps de paix, reste un crime sévèrement punissable par la loi. L’espionnage dans le Code Pénal est classé dans la rubrique « Crime et délit contre la nation » ! 

D’autres espions figurent dans l’histoire de la Bible, dont un certain Elisée par exemple, qui savait, par un mystérieux réseau de « micros sans fil », inventant avant l’heure le WifiBluetoothtout ce que le roi de Syrie disait dans sa chambre. Ce dernier cherchait alors à trouver qui dans son entourage l’espionnait et pour se dédouaner très vite, ses proches lui expliquèrent les choses : : « Lun de ses serviteurs lui dit : Il n'y en a point, ô Roi mon Seigneur! Mais Elisée le Prophète qui est en Israël, déclare au Roi d'Israël les paroles mêmes que tu dis dans la chambre où tu couches. »2 Rois 6/12. L’histoire est mystérieuse et enthousiasmante encore aujourd’hui et vaut au moins aussi largement que les romans de John Le carré.

L’espion est aimé ou détesté, il ne laisse jamais indifférent tant son rôle est important, voilà pourquoi il est impératif qu’il ne soit jamais pris, sinon les sanctions les plus sévères l’attendent, il le sait et il l’assume la plupart du temps. Sauf lorsqu’il est retourné et devient un « agent double » ! En tout cas, il est toujours un agent trouble, évoluant en eaux troubles et aux fonctions dont les contours doivent impérativement rester troubles. Voilà pourquoi il faut avoir une mentalité bien particulière pour être « espion » !

 

Samuel Foucart

L’aspect juridique :

Vendredi 10 juillet 2020,  la cour d’assises spéciale de Paris a condamné deux ex-agents de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) pour « crime et délits de trahison ».

 

Pierre-Marie H., 69 ans, et Henri M., 73 ans, étaient soupçonnés d’avoir trahi la France au profit de la Chine. Le premier a été condamné à douze ans de prison, tandis que le second a été condamné à huit ans de prison. Ces deux hommes auraient espionné le renseignement extérieur français pour le compte de Pékin. Ils étaient jugés pour « livraison d’information à une puissance étrangère », « atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation », « intelligence avec une puissance étrangère »

Laurence H., l’épouse de Pierre-Marie H. comparaissait, elle, pour « recel de bien provenant d’intelligence avec une puissance étrangère de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». Elle a été condamnée à quatre ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis pour recel, pour recel des crimes et délits de trahison. (Source: Le Monde)

 

La trahison et l’espionnage sont prévus par notre code pénal dans les articles 411 à 411-11, et répondent à des définitions précises.Il faut savoir que la dénomination change en fonction de la nationalité de l’auteur de l’acte, à savoir qu’un national sera inculpé pour trahison en cas d’intelligence avec une puissance étrangère, quand un étranger sera inculpé pour espionnage.

Il y a aussi une différence à faire entre le national civil et militaire. En effet, le militaire voit des sanctions similaires intégrées dans le Code de justice militaire.

 

Le législateur a regroupé un large panel d’actes sanctionnés lourdement pour les atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation : du simple contact jusqu’à la livraison de troupes ou matériel militaire en passant par la fourniture de documents ou d’informations à une puissance étrangère.

 

La livraison d’informations à une puissance étrangère est punie par l’article 411-6 du Code pénal pour toute personne qui livrerait à un État ou une organisation étrangère « des renseignements, procédés, objets, documents, données informatisées ou fichiers dont l’exploitation, la divulgation ou la réunion est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation »

 

Si une personne les livre, elle risque jusqu'à 15 ans de prison et 225 000 euros d'amende. La peine maximale tombe à 10 ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende si elle a rassemblé des informations mais n'a pas eu le temps de les transmettre. Même barème si la personne a travaillé dans ce but. 

 

L'article 411-4 prévient que « le fait d'entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d'agression contre la France, est puni de 30 ans de détention criminelle et de 450 000 euros d'amende ». Il s'applique aussi si la personne s'est contentée de fournir « les moyens » d'entreprendre des hostilités.

D.A. (T.I. de Grenoble)

 

Idéologiquement parlant :

Beaucoup d’entre nous se sont rêvés à un moment de leur vie en James Bond, ne voyant que l’aspect luxe, casino et aventure. Comme tout ce qui est mystérieux, l’espionnage fascine. Le secret, « l’inexplicable » a toujours attiré l’homme à travers les siècles, et les exemples sont nombreux.

 

Le personnage ambiguë qui agit dans la clandestinité sans en obtenir les honneurs de l’histoire ,tout en en  faisant partie est un thème que le cinéma a beaucoup utilisé car il a souvent garanti un succès populaire.

 

L’espionnage est donc un grand révélateur de l’époque.

À l’origine il avait pour fonction première la défense, garantir la sécurité, la stabilité et l’équilibre du peuple. Puis c’est devenu une façon d’attaquer en cherchant à mieux connaître l’ennemi pour le combattre.

Cet univers a longtemps été considéré comme l'apanage des hommes (malgré des exceptions telles que Mata Hari), où les femmes n’intervenaient quasiment que sur le terrain de la séduction ou comme porteuses de messages. Peu à peu les femmes sont apparues dans l’imaginaire collectif ,et ne sont plus que reléguées à des rôles limités ou secondaires.

 

Mais à mon sens, celui qui a contribué à mettre en place l’espionnage moderne c’est Machiavel. Il a institué le concept de secret d’État, et à transformé la vision politique. Grâce a ses réflexions, celle-ci ne sera plus la même puisqu’il présentera une certaine libération de la morale et de la religion pour introduire la raison d’État.

À partir de ses écrits, les services d’espionnages firent partie intégrante de l’appareil d’État, en engageant des professionnels experts dans la récolte d’informations dans l’intérêt suprême de la Nation.

L’espionnage moderne était né.

Sandrino Gazzetta (Professeur à la NEOMA Business School de Rouen, Reims et Paris. Université de Rouen)

 

 

La parole est à la défense 

 

En tant qu'avocat, je représente ma cliente Madame Rahab qui comme vous le savez à quitter la ville pour rejoindre le peuple hébreu. Elle est accusée de collusion avec l'ennemi et d'espionnage pour le compte de l'envahisseur.

Je suis outré de la façon avec laquelle ma cliente a été traitée suite à son départ ! Les bien pensants de la ville qui pour la plupart d'entre eux étaient également ses clients, l'ont traîné dans la boue en la traitant de collabo, d’opportuniste, de traîtresse, de sale put....

Ma cliente est avant tout une femme ayant une grande sensibilité spirituelle. Elle est une « passe muraille » brisant les frontières établies par les hommes :

* Les frontières géographiques

Avec sa maison construite sur la muraille, Rahab fixait la frontière entre la ville (le monde urbain) et le monde rural et montagneux.

* Les frontières sociales

Chez ma cliente, on y trouvait des notables de la bonne société comme des personnes de conditions modestes. Face au plaisir charnel, il n’y a plus de différences sociales.

* Les frontières politiques

Chez ma cliente, on y croisait le Roi de Jéricho, les habitants de la ville et les espions hébreux.

* Les frontières de la vie et de la mort

Ma cliente sauva la vie des espions qui à leur tour sauvèrent sa vie et celle de sa famille.

* Les frontières théologiques

Son nom  « Rahab » a une double signification :

« Dieu a ouvert »

Il est vrai que Dieu ouvrit un passage salvateur pour elle et sa famille comme une mer rouge  s'écartant lors du passage du peuple hébreu. 

« Presser avec instance »

Son nom évoque également celui d'un monstre marin de la mythologie cananéenne.

Elle passe ainsi la frontière entre une religion païenne et la foi dans le vrai Dieu !

En brisant les frontières, cette femme était donc une « passe muraille » comme le peuple hébreu dont le nom signifie « ceux qui traversent ». Sa descendance même va traverser les temps jusqu'à Joseph, le père adoptif de Jésus !

Monsieur le Juge, je vous vois sourciller. Je sais que ma plaidoirie pourrait s'assimiler à une prédication évangélique, mais nous ne pouvons pas aborder et comprendre l'acte pour lequel elle est jugée aujourd’hui sans se référer à la religion ! 

 

Il n'a jamais été dans l'intention de ma cliente de trahir sa ville et ses habitants. Elle savait, spirituellement, que le sort de cette cité était scellé et qu'il était inutile de chercher à la sauver. Cette femme a agit dans un instinct de survie, pour elle et sa famille. Faut il l'en blâmer ?

Elle a peut être violé les lois de la ville, mais pour obéir à celles qui lui paraissaient de valeur supérieure ! 

Cette femme n’est pas une traîtresse, mais une convertie !

 

Maître F.F. du barreau de Rouen