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« Le lendemain, Hazaël prit une couverture, qu'il plongea dans l'eau, et il l'étendit sur le visage du roi, qui mourut. Et Hazaël régna à sa place. » 2 Rois 8/15

 

Hazaël était bien plus qu’un infirmier ou qu'un garde malade, il était l’homme de confiance du roi de Syrie, Ben-Hadad, peut-être même l’un de ses plus proches conseillers. Mais, malade, Ben-Hadad s’adresse à lui comme on parle à son médecin, à son soignant, à son infirmier. Il va même l’encourager à se rendre auprès du « pasteur local » de l’époque pour envisager la prière en faveur d’un miracle. 

La seule bonne nouvelle dans ce récit, du moins pour Ben-Hadad, qui j’en conviens n’aura guère le temps d’en profiter, c’est qu’il va mourir guéri. On se console comme l’on peut n’est-ce pas ? 

De quoi souffrait-il je l’ignore, mais Hazaël va apprendre la guérison de son maître, ce qui va sans doute nourrir un peu plus ses idées criminelles. 

C’est ainsi qu’après avoir soufflé le chaud, la guérison de sa maladie, Hazaël va (si j’ose dire), souffler le froid en trempant un drap épais dans l’eau avant de le placer sur le visage du convalescent et de le faire mourir par étouffement. 

Tous les spécialistes vous le diront, tuer quelqu’un par étouffement c’est long et pénible, il faut être déterminé, il n'y a que dans les films que c'est facile et rapide. Et puis la victime a le temps de se voir mourir ! Cela n’arrête pas Hazaël, qui n’a aucune forme de compassion, ni de reconnaissance à l’égard de son patron, d’ailleurs pas l’ombre d’un remord non plus, la suite nous le  prouve. 

Si la méthode pour trucider son roi est disons, « originale » pour l’époque et la région, où l’on mourrait bien plus brutalement en général, ce qui est inquiétant chez cet Hazaël, c’est son double visage. 

Rien de pire que les gens portant un masque, avançant déguisés. Il est au service de Ben-Hadad, ce dernier lui a donné sa confiance, absolue, totale. Un roi ne paraît pas malade, au lit, devant n’importe lequel de ses sujets et pourtant Hazaël va le trahir de la pire des manières. Vous me direz, rien de bien nouveau sous le soleil, des valets qui trahissent leurs maîtres, l’histoire du monde en est remplie. Evidemment. 

Mais ce psychopathe est d’emblée sympathique, serviable, a priori bienveillant et bien intentionné. Quand il se rend chez le prophète Elisée c’est ainsi qu’il paraît, en fait c’est l’image qu’il veut donner de lui. Il a su se rendre indispensable à son patron. 

Pourtant, quand Elisée lui dit qu’il va massacrer des gens, ouvrir le ventre de femmes enceintes, tuer des enfants, sa réaction est étrange et ses paroles dévoilent sa vraie nature, je le cite : « Hazaël dit: Mais qu'est-ce que ton serviteur, ce chien, pour faire de si grandes choses? ». Je ne vois pas en quoi tuer les autres, massacrer des populations, faire souffrir des gens, détruire des familles entières peut être assimilé de près ou de loin à de « SI GRANDES CHOSES » !

C’est dans les Evangiles que Jésus déclarera : « C'est de l'abondance du coeur que la bouche parle. » (Luc 6/45).  Comment reconnaître un psychopathe en puissance, et bien la plupart du temps par ses propos, ses paroles. Il y a toujours un moment ou un autre où il se trahit, se dévoile involontairement, où le masque tombe par erreur, par imprudence et laisse voir le vrai visage et la vraie personnalité, sous ses airs serviables, sous sa fausse compassion et bien recouverte par une forme de  douceur exagérée et hypocrite qui a trompé Ben-Hadad mais pas Elisée. 

Indéniablement,  Elisée va faire ce jour-là, « œuvre de psychologue » en dévoilant la vraie nature de cet homme. Mais déjà à cette époque, ce genre de travail est ingrat puisqu’il ne changera rien à l’affaire et ne pourra pas empêcher le crime de Ben-Hadad, ni l’arrivée  à la tête de ce royaume de Syrie de ce dangereux psychopathe. 

La vox populi (avec l’avènement des réseaux sociaux, l’emballement est encore plus rapide) les medias, parfois les politiciens, nous sommes tous enclins à jeter la pierre sur les spécialistes, experts et autres juges n’ayant pas le pouvoir d’empêcher la commission d’un crime ou la récidive en la matière. Souvent, à l’image d’Elisée,  les constats sont faits, le vrai visage du psychopathe s’est montré, de manière très brève, mais que faire ? Rien de plus ! Une fois la dangerosité de la personne signalée, une fois sa capacité à récidiver mise en évidence, les spécialistes en tout genre sont spectateurs, plus qu’acteurs. 

Il n’y a pas grand chose à faire pour prévenir ce genre d’actes criminels, tout simplement parce même Dieu (via son prophète d’alors) n’a rien pu faire pour empêcher Hazaël d’agir, c’est vous dire. 

Quelqu’un savait, quelqu’un avait averti, quelqu’un  n’était pas dupe et pourtant ! C’est dire la difficulté que les psychopathes représentent pour la société et  la Justice.

Il ne nous reste qu’à prier me semble-t-il pour éviter de croiser leurs parcours criminel. 

Samuel Foucart

 

L’avis du juriste :

Prévention et répression sont souvent considérées comme contraire. Lorsque l’on prévient, il est trop tôt pour réprimer et quand on réprime, il est trop tard pour prévenir. En réalité, les choses sont un peu plus complexes et si le droit pénal a pour principale mission la répression, la prévention est un enjeu majeur de la politique pénale, intervenant largement en amont et en aval du droit pénal.

La peur de la sanction n’ayant jamais été  une prévention suffisante, il existe ainsi ce que l’on appelle des « infractions de prévention « permettant l’appréhension pénale de comportements avant qu’ils ne dégénèrent en dommages irrémédiables. Ces infractions incriminent un comportement qui n’engendre pas de dommage direct  ou de victime,  mais qui peuvent engendrer des dommages plus graves. Entrent dans cette catégorie les infractions au code de la route.  

Mais plusieurs lois depuis 2004 incriminent des actes préparatoires à la commission d’actes criminels plus graves : ainsi  la loi Perben  de 2004 qui condamne l’instigateur d’un assasinat ou d’un empoisonnement même si le crime n’a été ni tenté ni commis, ce qui n’était pas le cas auparavant. La loi du 5 mars 2007, quant à elle, incriminera le délit d’embuscade. Celle de novembre 2014 transfère dans le code pénal l’incrimination d’apologie du terrorisme. Les lois de 2016 renforcent la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme et révisent  l’infraction d’associations de malfaiteurs.

Prévention de l’infraction, mais aussi prévention de la récidive avec la loi de 1998 sur le suivi socio judiciaire ou celle de 2008 sur la rétention de sûreté ou la surveillance de sûreté, instaurant une surveillance  électronique d’individus considérés dangereux à leur sortie de prison avec de multiples interdictions. 

La loi de décembre 2019, en matière de violence conjugale renforce les mesures visant à agir contre les violences au sein de la famille : délai de délivrance par le juge aux affaires familiales d’une ordonnance de protection fixé à 6 jours maximum, recours au bracelet anti-rapprochement facilité, dispositif du téléphone grave danger élargi, mesures d'aide au relogement de la victime. 

Il existe également dans les communes des comités de prévention de la délinquance présidés par le maire et rassemblant l’ensemble des acteurs prenant part à l’application des politiques de sécurité et de prévention de la délinquance, les pouvoirs publics ayant pris conscience de l’importance de l’éducation, de la formation et de l’incidence du désœuvrement sur les comportements déviants. 

D.A. (T.I. de Grenoble)

 

La parole est à la défense :

Monsieur le Président, mesdames et messieurs les jurés, mon client est jugé pour homicide volontaire avec préméditation.

Les faits sont avérés et reconnus et il n'y a évidemment aucun doute sur sa culpabilité sur le plan pénal. Mais avant que vous ne prononciez la peine encourue à savoir la perpétuité assortie d'une peine incompressible de 30 ans de prison, prenez la peine de m'écouter car la réalité est plus complexe qu'il n'y paraît....

Qui jugeons nous aujourd'hui ? Un abominable criminel sans scrupule assoiffé de sang et de pouvoir ? Ou un homme qui a basculé dans la folie meurtrière ?

Mon client tue son maître le roi de Syrie Ben hadad « le fils du puissant » qui laissera comme souvenir dans l’histoire de ce pays, celui d'un tyran. Mon client commet donc un tyrannicide pour le bien du peuple et de lui même. Je le reconnais bien volontiers.

Maintenant cet assassinat aurait pu rester dans les annales de la mémoire collective comme un acte juste. Tout au long de son histoire, l'humanité a vu émerger des hommes courageux pour éliminer de la surface de la terre des tyrans dont le maintien en vie aurait pu provoquer la mort de bien d'âmes innocentes. Notons que certains s'y sont essayés en voulant assassiner Hitler comme le pasteur Dietrich Bonheffer.

Mesdames et messieurs les jurés, je vous vois soliloquer et de votre regard réprobateur je discerne ce que vous pouvez penser : et les femmes et les enfants qu’il a ensuite assassiner sans vergogne ; on en fait quoi !?

Je dois bien admettre que mon client est plus complexe qu'il n'y paraît. Ce n'est pas le preux chevalier sur son cheval blanc délivrant le peuple de la tyrannie, car mon client a un talon d’Achille : il souffre de psychopathie. Il entend des voix....

Ce n'est pas le fruit du hasard si son nom signifie  « celui qui voit Dieu ». L'esprit tordu de mon client fait qu'il voit parfois Dieu et parfois le diable. Lui le psychopathe entend la voix de la sagesse et celle de la folie.

L'auteur du tyrannicide devient lui même tyran en accomplissant en conscience la prophétie d’Élisée. Il est étonnant que mon client n'ait pas fixé un garde fou, établi un mur de feu contre le virus du Mal. Mais en avait il la force morale ?

Faire le mal que l'on connaît, l'accomplir sans remords, est ce  le summum de la cruauté ou de la folie ordinaire ?

Mon client est fou de cette folie absolue et les psychiatres qui se sont penchés sur son cas le confirment.

Ce n'est pas l’échafaud qu'il lui faut, mais l’hôpital pour son mal !

Ne vous trompez pas dans la sentence que vous prononcerez à son encontre !

Maître F.F. du Barreau de Rouen