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La grande question que tout bon chrétien, catholique, protestant, orthodoxe ou évangélique, n’osera jamais  se poser est bien celle-ci: Dieu est-il un criminel ?  Celui qui a ordonné aux humains le fameux « Tu ne tueras pas » (précisément « Tu ne commettras pas de crime ou d’assassinat ») ne s’est pas du tout privé pour éradiquer les gêneurs en tout genre. 

Steve Wells  dans son livre dont le titre pourrait se traduire ainsi : « Ivre de sang: les meurtres de Dieu dans la Bible », estime à 2,8 millions le nombre de morts dans la Bible directement imputables à Dieu (plus que le génocide Arménien et Rwandais réunis), ce qui ferait du Seigneur le « serial killer » par excellence. Mais il faut bien l’avouer, les statistiques manquant un peu sur des périodes telle celle du déluge par exemple, ou bien encore le jugement contre l’Egypte et les plaies qui l’ont frappée, ce chiffre paraît court. Plus probablement est-ce de l’ordre de 25 millions de personnes dont il s’agirait (au moins dans la Bible. Bien moins que Staline (28 millions au bas mot), Hitler avec 25 millions de morts ou Mao (70 millions de morts). Finalement  Pol Pot et ses 2 millions de morts,   fait presque figure de « petit joueur ». 

C’est vrai que le Dieu de la Bible, qui a inspiré ce livre au travers les siècles et via des auteurs aussi différents que Moïse, David, Pierre (via Marc), Paul ou encore le dépressif Jérémie ou le violent et radical Esdras, n’est pas du genre facile. 

Lorsqu’il est contrarié, ce Dieu-là, qui est aussi le mien, organise le déluge qui d’après les estimations encore une fois sujettes à caution, envisage la noyade génocidaire à plusieurs millions de personnes. Noyer l’humanité est une manière originale de dissoudre le crime ! 

Le même auteur précise que Dieu serait impliqué dans 160 meurtres directs, ou lui-même a fait disparaître des personnes l’ayant contrarié par leur attitude. 

Les moyens qu’il utilise vont du classique génocide, au déluge (une seule fois) en passant par la carbonisation totale (Sodome et Gomorrhe) mais aussi par les fléaux en tout genre : épidémies, maladies, pollution de l’air, de l’eau, tremblements de terre, tempêtes etc. Mais il exploitera aussi les défauts de maçonnerie de Jericho pour en liquider les habitants. Quand cela s’avérera nécessaire, il en appellera  aux ours pour éliminer les sauvageons des quartiers Nord de Bethel, aux lions à l’occasion (quand les ours n’étaient pas disponibles sans doute) ou bien encore quand cela sera nécessaire des frelons (sans doute déjà asiatiques). Dans le genre,  le Dieu Tout Puissant ne manque absolument pas d’imagination. 

Sans doute que l’une des pires histoires se trouve dans le second livre des Chroniques chapitre 14  et verset 13 ou un certain Zérach, roi d’Ethiopie vint affronter Asa avec 1 million d’hommes. Il va apprendre à ses dépends qu’il ne faut pas contrarier l’Eternel : voilà ce qui s’en est suivi : « ils furent détruits par l'Eternel et par son armée. » Pas sûr que le million succomba, mais tout de même, une sacrée raclée si vous me permettez l’expression. Et puis, il y a ce récit enthousiasmant où deux hommes se contentent de prier face à une adversité redoutable (280 000 hommes au moins, des babyloniens) et dont la conclusion est : « Cette nuit-là, l'ange de l'Eternel sortit, et frappa dans le camp des Assyriens cent quatre-vingt-cinq mille hommes. Et quand on se leva le matin, voici, c'étaient tous des corps morts. » 2 Rois 19/35. Il  ne faut pas toucher à ceux que Dieu aime, sinon, il envoie son porte flingue l’Ange de la mort pour s’occuper des malotrus. D’ailleurs c’est le même «  divin tueur à gage » que l’on retrouve dans l’épisode de la traversée de la Mer Rouge où les roues des chars Egyptiens vont être dévissées au beau milieu de la nasse avec le résultat attendu : la première armée du monde d’alors, noyée dans un mini déluge d’eau.  Qui peut le plus peu le moins ! C’est déjà lui qui avait joué le rôle principal dans la nuit de la Pâque en passant de maison en maison, uniquement chez les Egyptiens, pour flinguer tous leurs premiers-nés, y compris ceux des animaux et on le retrouvera encore dans ses œuvres lors de l’épidémie de peste qui sévira en Israël à la fin du règne de David.  Avec Dieu on ne rigole pas avec les règles, David va l’apprendre à ses dépends. Et je ne vais pas vous parler des deux hommes que Dieu va éliminer par une horrible maladie d’entrailles (cancer ou gangrène de l’intestin, on l’ignore) bref, ces deux auraient mieux fait de ne pas fâcher le Seigneur !

Michel Audiard disait : « "Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent." On ignore souvent que c’est dans les écrits de Saint-Augustin qu’Audiard est allé chercher cette perle. Dieu c’est le type de 130 kilos et nous, ceux de 60 kilos. 

Enfin, c’est dans la même Bible que nous apprenons trois choses : Premièrement Dieu fait ce qu’il veut :« Notre Dieu est au ciel, Il fait tout ce qu'il veut » Psaume 115/3. Nous pouvons toujours tenter de lui intenter un procès, mais il fait « 130 kilos » et nous à peine 60 si vous suivez ma métaphore, croyez moi, il ne viendra pas nous rendre des comptes, parce qu’il n’a pas à répondre de ses actes devant nous.

Deuxièmement, nous apprenons par l’apôtre Paul, que quand bien même nous lui intenterions ce procès, les experts psychiatres et psychologues s’empresseraient de faire valoir ceci : « Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. » 1 Corinthiens 1/25, c’est à dire que d’emblée Dieu n’est pas accessible à une peine. Il serait intéressant de détailler la folie positive de Dieu (enfin celle que d’autres fous que sont les êtres humains estiment être de la folie). On pourrait ainsi parler de la part psychopathe de cette folie, de sa schizophrénie maladive à vouloir sans cesse se présenter à nous en trois personnes, de sa paranoïa positive et parfois de ses colères noires (toujours positives, Dieu est Dieu, nos colères sont négatives, pas les siennes) n’en déplaise aux bons chrétiens évoqués au début de cet article, mais là n’est pas le sujet. 

Troisièmement c’est que Dieu est bon, c’est à dire que sa nature est bonne et qu’à partir de là, sa jalousie, sa haine, sa vengeance, sa colère etc. sont « bonnes » et donc positives. Ce qui n’est pas notre cas, puisque notre nature humaine est mauvaise et pervertit tous ses sentiments les rendant éminemment négatifs.

La conclusion de tout ceci c’est que Dieu n’est sûrement  pas accessible à une peine que les êtres humains pourraient prétendre lui infliger, n’oubliez pas il fait 130 kilos et nous ……

Samuel Foucart

 

L’avis du juriste :

Une nuit de l'été 2009, Andy, 16 ans, a tué son père, sa mère et ses deux petits frères en Corse. Néanmoins il a été jugé irresponsable en décembre  2013, en appel, par la cour d'assises des mineurs des Bouches-du-Rhône, comme en première instance, la Cour ayant jugé que son discernement avait été altéré au moment des faits.

La condamnation de Maurice Papon, pour des faits de crime contre l’humanité, est confirmée par la Chambre criminelle de la Cour de cassation en date du 23 janvier 1997, alors même que  l’intéressé soutient qu’il a obéi à des ordres reçus de ses supérieurs hiérarchiques ou agi sous la contrainte des forces d’occupation allemandes, voulant par là être jugé irresponsable. 

Deux affaires parmi tant d’autres, qui illustre les causes d’irresponsabilité et d’atténuation de la responsabilité pénale.

La responsabilité pénale se définit comme l’obligation de répondre des infractions commises et de subir la peine prévue par les textes qui les répriment. Elle concerne un fait volontaire ou non volontaire qui trouble l’ordre public. Ainsi, toute personne, qu’elle soit physique ou morale, a, en principe, vocation à voir sa responsabilité engagée dès lors qu’elle aura commis une infraction.

Toutefois, pour être constituée, une infraction doit présenter trois éléments :

 

- l’infraction doit être prévue par la loi

 

- l’auteur doit avoir commis les actes réprimés par la loi

 

- l’infraction est nécessairement le résultat de l’intention coupable de son auteur ou d’une faute. 

Si l’un des éléments constitutifs de l’infraction est manquant,  la responsabilité pénale de son auteur devra être écartée ou bien atténuée.

Plusieurs cas sont visés par le code pénal, et il serait trop long, voire trop fastidieux de les énumérer tous. Rappelons  les plus courants:

 

- La personne atteinte d’un trouble psychique ou neuropsychique sera ainsi déclarée irresponsable si cet état a aboli son discernement au moment des faits.

 

- l’autorisation de la loi: l’application la plus courante de ce fait justificatif reste sans doute l’usage de la force exercée par la police et la gendarmerie dans le cadre de leurs fonctions, qui n’entraînera pas la mise en œuvre de leur responsabilité pénale.

 

- l’ordre de l’autorité légitime: ainsi,  la personne qui obéit à un ordre émanant de personnes investies d’un pouvoir de commandement au nom de la puissance publique n’est pas responsable des infractions qu’il commet dans ce cadre sauf si l’acte commandé est manifestement illégal, sachant que l’obéissance à un ordre reçu ne doit cependant pas ôter à la personne tout discernement. C est ainsi que Maurice Papon n’a pas bénéficié d exonération de responsabilité.

 

- la légitime défense: pour que l’état de légitime défense soit retenu et que la responsabilité pénale de l’auteur soit écartée, ce dernier doit faire face à une atteinte injuste et actuelle contre lui-même, une personne ou un bien, ce qui l’a forcé à accomplir un acte nécessaire, simultané et proportionné à la défense de cette personne ou de ce bien.

Pour les actes accomplis dans l'exercice de ses fonctions, la responsabilité pénale du chef de l'État ne peut pas être engagée, sauf cas de haute trahison. 

D.A. T.I de GRENOBLE

 

Idéologiquement parlant :

 

Les meurtres dans la Bible sont très nombreux en effet. En reprenant les chiffres cités par le pasteur Foucart, nous nous apercevons que le nombre de meurtres au nom de Dieu se rapproche même des dictateurs les plus sanguinaires.

Avec Dieu, ce serait donc : «  fais ce que je dis mais pas ce que je fais » ! Il aurait même créé l’homme en sachant qu’il va pêcher, alors qu’on nous dit que Dieu est amour, pardon, miséricorde, paix ! Le message de Dieu serait donc contradictoire et incompréhensible !

Mais comment devons-nous interpréter la Bible ? Devons nous la lire et tout prendre au pied de la lettre ?

En contextualisant  le message de la Bible, nous nous apercevons qu’il est adapté à l’époque. Les histoires sont racontées à travers des paraboles, des symboles (eau, vin, mer, désert, veau). Tout est imagé. Les métaphores sont très nombreuses mais correspondent au discours attendu de l’époque. Pour utiliser un vocabulaire plus contemporain, je dirais qu’il faut faire du scoop pour que le message passe. Et encore aujourd’hui le crime est un acte qui a l’assurance d’être commenté. De plus et afin de  montrer son pouvoir, sa force, son autorité les gens devaient avoir peur de Dieu, nous n’étions certainement pas au temps de la démocratie !

Ce message de Dieu n’est-il pas avant tout symbolique ? Même quand il s’agit de meurtres, de crimes ce n’est pas une fin en soi. L’objectif est de punir l’homme pour ses actes négatifs et le faire évoluer  Dieu nous pousse vers un chemin spirituel avec pour armes le jugement et la réflexion, c’est un examen personnel pour se purifier.

 

Sandrino Gazzetta (Professeur à la NEOMA Business School de Rouen, Reims et Paris. Université de Rouen)

 

La parole est à la défense :

« une fois n’est pas coutume mais compte tenu de la personnalité hors norme de l’accusé, l’avocat de la défense a pris un peu plus de « place » qu’à son habitude. » (NDLR)

Plaidoirie en faveur de L’ETERNEL DIEU :

 

Monsieur le président, vous avez demandé à mon client de décliner son identité à l’ouverture de son procès et vous avez été surpris de sa réponse : « Je suis celui qui suis ». N’en soyez pas offensé, mon client s’est révélé ainsi au prophète Moïse, bien que désormais, il préfère être appelé « Père » par tous ses disciples.

Par commodité, pour ma plaidoirie et bien que je répugne à employer ce mot trop générique à mon goût, j’appellerai mon client « Dieu ».

Il est reproché à mon client d’avoir commis de très nombreux crimes en son nom, certains pouvant même être qualifiés de crimes contre l’humanité.

Mesdames et Messieurs les jurés, la violence n’est pas le fruit de sa nature (Dieu est amour), mais de sa sainteté. Cette violence divine, envers qui s’exerce-t-elle ?

Envers les païens au temps de l’ancienne Alliance : 

Le déluge puis la destruction des villes de Sodome et Gomorrhe témoignent de la violence d'un jugement sans appel, mais pas sans justice : certaines personnes seront sauvées : huit lors du déluge, quatre lors de la destruction de Sodome et Gomorrhe.

Lors de la conquête de Canaan, les ordres de Dieu sont clairs : il faut éliminer les populations locales païennes susceptibles de contaminer spirituellement le peuple hébreu. La guerre des hébreux contre les païens est donc une guerre juste qui ne s'oppose pas au commandement : « Tu ne tueras point » car une meilleure traduction serait plutôt : « Tu ne commettras pas de meurtre » (Exode chap 20 v 13). Autrement dit, le meurtre est un assassinat dont l'inspiration est purement charnelle ; à l'inverse, l’élimination de certaines catégories de personnes (les païens) que d'aucun pourrait assimiler à un véritable génocide, trouvant sa justification dans un ordre divin, est éthiquement acceptable.

Il existe ainsi plus de 100 passages dans la Bible attestant que mon client ordonna explicitement de tuer des hommes. Dans d'autres passages, c'est Dieu lui-même qui accomplit cette « sale »  besogne : faut-il rappeler les épisodes du déluge, des 10 plaies d’Égypte, ou de la mort subite d'Urie cherchant à éviter que l’arche d'Alliance ne tombasse ?

L'épisode de la conquête de Canaan avec son cortège de tueries est heureusement temporellement circonscrit. Certains ont voulu en faire, dans l’histoire de l’Église un modèle à suivre pour éliminer les populations réfractaires à l’Évangile, d'autres enfin, au cours de la seconde guerre mondiale, animés d'un esprit diabolique ont tenté de légitimer l’extermination des juifs ou des tziganes en se prévalant de la purification ethnique réalisée par les hébreux eux-mêmes sous le regard de Dieu. Et pourtant, l’Éternel « hait celui qui se plaît à la violence » (Ps chap 11 v 5). Il n'y a rien de contradictoire dans tout cela ; la violence irraisonnée, bestiale même parfois, ne peut reposer sur aucun fondement éthique acceptable. Rien ne peut justifier le recours à la violence entre les hommes, elle est désavouée parce que polluée par nature par le pêché des hommes. Alors que la violence divine aussi incompréhensible quelle puisse être parfois s'inscrit dans un plan parfait et inspirée par un Dieu souverain.

Envers les Hébreux : 

Le peuple d’Israël ne bénéfice d’aucun régime de faveur en matière de pêché. La Bible affirme que « le jugement de Dieu commence par sa maison » (Dt chap 4 v 25-26). Ses punitions ont été d’autant plus sévères que ce peuple choisi était censé témoigner d’une exemplarité éthique et spirituelle envers tous ses contemporains.

Envers les païens au temps de la grâce : 

La grâce n'est pas moins violente lorsqu'elle est rejetée. Jésus à plusieurs reprises décrit le sort des incrédules lors du jugement dernier (Mat chap 25 v 46) au détour de la parabole du festin (Mat chap 21 v 13) ou de l'égorgement des incroyants (Luc chap 9 v 27).

Le jugement sous la grâce est d’autant plus mérité que le salut ne s’octroie plus par les œuvres mais par la foi seule.

Ceux qui ne seront pas trouvés dans le Livre de vie seront jetés dans l'étang de feu, autrement dit l'enfer : un lieu perpétuel de tourments. Cet enfer a été décrié par les milieux théologiques libéraux bien-pensants pour lesquels il est impensable d'imaginer un dieu sadique prenant plaisir à faire souffrir éternellement les damnés. C'est à nouveau réduire mon client à notre image, protecteur des droits de l'homme et adepte de la « liberté conditionnelle » pour les damnés les plus « méritants ». Il n'y a pas non plus de remise de peine pour bonne conduite en enfer.

Envers la nature : 

La nature fut ébranlée sur ses fondements lors du péché originel ; ses soubresauts violents (tremblements de terre, ouragans, épidémies, cancers....) se poursuivent et s’intensifient même sans que mon client nous en épargne la plupart du temps.

La violence divine s'expliquerait donc par :

La souveraineté de mon client

C'est lui qui fait vivre et mourir (Deutéronome 32/39) il est donc sans intérêt de lui demander sans cesse des explications sur ses choix.

 

La sainteté de mon client :

La violence de Dieu est contre nature si elle s’interprète à la lumière de son amour, elle est en revanche décidée à contre cœur si elle est interprétée à la lumière de sa  sainteté.  Cet écartèlement de pensée entre son amour et sa sainteté reste pour nous un mystère.

Le respect de la règle divine : 

Pour canaliser la violence de l'homme, mon client institua la Loi de Moïse et en particulier les 10 commandements. La violence de la sanction est à la hauteur de la sainteté des commandements.

 

Mon client est incompris : il n’est pas un Dieu « guerrier », il est seulement déguisé en militaire !

Lorsque mon client accompagnait les compagnons de Daniel dans la fournaise ardente, il se laissa violenter au même titre que ses créatures. Pire encore, puisque les hommes le percevaient comme un Dieu vengeur et guerrier, il se laissa découvrir pour un temps sous ce masque, reflet infidèle de lui-même. Il accepta de se laisser caricaturer et de vêtir les habits kaki du militaire. De même, Jésus lors de son arrestation, sous l'invective des soldats romains, dû revêtir les habits d'un Roi caricaturé.

Mon client accompagnait donc l'humanité jusque dans ses violences au risque même qu'on se méprenne sur lui. Comme Jésus accompagna ses disciples vers Emmaüs, Dieu accompagnait les hommes d’autrefois et singeait « le dieu vengeur et guerrier » tel que les hommes pécheurs se le représentaient à l'époque.

Désormais en Jésus Christ, mon client se révèle tel qu'il est vraiment. Il a troqué ses habits militaires pour la tunique humble du Père aimant et pardonnant.

Ce Dieu « guerrier » général en chef d'une armée vengeresse laisse place à un Dieu vaincu par la violence des autres, dépouillé à la croix et acceptant son sort avec cette amoureuse résignation. Ainsi la croix ne pouvait pas servir comme étendard aux futures armées conquérantes et haineuses.

Dieu mis en croix est celui qui se laisse haïr, rejeter et tuer par les humains sans réagir. L’exclamation de Jésus « Pourquoi m'as-tu abandonné » témoigne du paradoxe de ce Dieu qui s'interpelle lui-même sur ce changement de paradigme : Dieu s'interdit lui-même de réagir, il s'abandonne lui-même entre les mains cruelles des hommes et s'interroge lui-même sur l'étrangeté d'une telle décision invraisemblable : « Moi-même pourquoi me suis-je abandonné ? ».

Les mots de guerre prononcés dans l'Ancien Testament sont transformés en langage d'amour en Jésus Christ. Le filtre de la grâce change tout et révèle mon client tel qu'il est débarrassé de ses oripeaux guerriers pour revêtir la robe blanche et pure.

Le récit de la Bible est celui d'un long apprentissage pour sortir de la violence depuis le meurtre d'Abel le juste jusqu'à la croix de Jésus le juste des justes. Il y a en effet un au-delà de la violence, une ère de paix universelle à venir où le lion cohabitera avec la biche.

La violence légitime, justifiée à la fois par la loi de Moïse et par celle de la sainteté de Dieu,  laisse place à la réconciliation et à la paix en Jésus Christ.

Jésus est plus fort que la violence aveugle, plus fort que le mal qu'il détruit par le Bien. Par son sacrifice, il sauve l'humanité du cercle infernal de la violence. En s'offrant dans cet ultime acte d'amour, Jésus crucifie avec lui la violence divine qui ne pourra plus s’abattre sur les hommes à moins qu'ils rejettent le sacrifice rédempteur de son Fils.

Sans violence, sans punition des coupables, sans vengeance, Dieu rétablit la justice et met fin au règne de la violence et à ce qui en est la source : le péché. En effet, ni le préfet romain qui a condamné Jésus à mort, ni les autorités religieuses de Jérusalem ni la foule qui a demandé la crucifixion n'ont été frappés par Dieu.

 

Mon client n’est donc évidemment pas coupable de crime contre l’humanité. Je demande donc sa relaxe.

 

Maître F.F. du barreau de Rouen