img_articles

Information propagande ou militantisme ?

 Je suis assez vieux pour avoir connu Michel Drucker commentant son premier match de foot en direct à la télévision Française, à l’époque où elle était en noir et blanc et unique. Le concept de « journalisme sportif » n’existait pas encore.  Il y avait un journaliste qui commentait un événement sportif avec interdiction formelle de prendre parti pour la France. Le ton était volontairement neutre. Depuis et petit à petit, on a assisté  à une lente glissade vers le journaliste supporter, puis vers ce que nous avons aujourd’hui, des journalistes membres du fan club de telle ou telle équipe qui commentent un match. On est très loin du journalisme.

 Hier encore, et je n’ai pas l’impression que ce soit si loin, nous nous moquions gentiment de la PRAVDA  « La Vérité »,  organe officiel du parti communiste soviétique et journal officiel de l’état, c’est vous dire. La PRAVDA était le seul journal qui avait une valeur pour les habitants du bloc soviétique. Inutile de vous dire qu’en France , on regardait cela avec une certaine condescendance. Inimaginable de voir ça chez nous un jour. 

La France, le pays des Droits de l’homme, le pays de la liberté d’expression, avait à l’époque (pas si lointaine finalement) des journaux de gauche et d’autres de droite. La télévision, si elle fut un temps contrôlée par le pouvoir Gaullien, connaîtra une véritable émancipation après 1968, mais en douceur, le  Président Pompidou en finissant avec l’influence politicienne sur le journal de 20 h. Mais la nature ayant horreur du vide, après l’élection de François Mitterrand, et là encore tout en douceur, c’est une certaine gauche qui reprendra en main la télévision qui se limitait encore à 3 chaînes.

La première fois où j’ai assisté à une dérive évidente qui annonçait ce que nous avons aujourd’hui, c’est lorsque Elise Lucet interviewa Jean-Marie Lepen avec une moue de dégoût  permanente aux lèvres. Nous venions de passer à autre chose, ce n’était déjà plus du journalisme, mais de la propagande. Cette femme faisait du militantisme en direct sur l’une des chaines de télévision les plus regardées à l’époque. C’était scandaleux. On a le droit d’avoir ses opinions sur telle ou telle personnalité, même en tant que journaliste, mais la déontologie en la matière veut qu’on les garde pour soi. 

Entre le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo, Libération ou le Figaro, l’Express ou le point, le Nouvel Observateur, il était à peu de choses près, possible de coller une étiquette « gauche ou droite » !

A méditer

Ce qui est subjuguant aujourd’hui, c’est que tous ces titres existent encore mais qu’il est impossible de les classer d’un côté ou d’un autre. Tous ou presque tous disent la même chose, il n’y a plus d’opposition à la pensée unique, plus de contradiction à la pensée verticale descendant de l’Elysée ou plus exactement des communicants en charge de créer la vérité institutionnelle. 

Je ne vous ai pas encore parlé de radio, parce que là il en va de même. Entre Europe 1 qui embauche comme chroniqueuse  la fille de Madame Macron (au moins ponctuellement, mais ils en ont eu l’idée, ce qui en soit est consternant) pour commenter les décisions d’Emmanuel Macron, et France Inter qui est sans doute ce que l’on fait de pire à l’heure actuelle en matière de propagande, il n’y a plus vraiment moyen de se faire une opinion personnelle sans aller chercher à l’étranger pour voir ce que l’on dit sur la France.

France Inter, je l’écoute depuis longtemps et j’ai toujours eu un petit faible pour ce media sans publicité. Il est indéniable qu’aujourd’hui la ligne éditoriale de cette  antenne (en principe indépendante de l’Etat), c’est la voix de son maître et une défense systématique de tout ce que le gouvernement en place dit et fait. Comme la radio fait de la télé, il suffit par exemple de regarder Madame Léa Salamé parlant des résultats (encore très provisoires à l’heure où j’écris cet article ) des élections US et la possible victoire de Trump, pour comprendre que l’on  a affaire à des militants et non plus à des journalistes censés donner l’information.  

Même dans des émissions telle le Masque et la Plume, réunissant des critiques débattant autour de livres, de films, de pièces de théâtre, il est quasiment impossible d’échapper aux coups de griffes « anti-Trump » et pas davantage au discours ambiant et officiel sur la crise sanitaire par exemple, ou sur le prétendu racisme blanc. C’est consternant !

Que dire de l’inénarrable BFMTV,  chaîne d'info en continue dirigėe par  Marc Olivier Fogiel, (un très proche de feu le milliardaire Pierre Bergé qui militait entre autre chose,  pour la disparition des fêtes chrétiennes et pour les droits LGBT bien avant que ceux ci n’existent encore) ou dans l’ensemble des chaines « d’information » qu’il faudrait oser rebaptiser courageusement « chaînes de propagande » ! Une seule vérité, pas de contradiction, et s’il y a contradiction, on sombre immédiatement soit dans l’ironie malsaine,  soit dans l’accusation suprême de « complotisme », soit dans le débat bâclé et insipide. Aujourd’hui si vous n’adhérez pas aux thèses officielles relayées par ces medias propagandistes et militants, vous ne pouvez être qu’un affreux «complotiste ». D’ailleurs, si vous ne votez pas à gauche ou EELV, vous êtes « un facho » ! Et je ne m’éloigne  pas vraiment  de mon sujet en faisant cette courte digression, parce que mine de rien, c’est ce que véhicule la propagande médiatique.

Evidemment on me répondra que la comparaison avec la Pravda soviétique est exagérée, et que la France n’est pas l’Union Soviétique de Brejnev. Ce à quoi je répondrai  qu’elle ne l’est pas encore, mais qu’elle s’en rapproche dangereusement. Nous n’avons certes pas  un seul media mais une pluralité, ce qui nous laisse croire qu’il s’agit d’une diversité. Non, puisqu’ils disent la même chose à très peu de choses près, même si on laisse encore pour l’instant  un Eric Zemmour s’exprimer librement sur CNEWS, ce qui est plus un alibi de démocratie qu’une réelle diversité de pensée. 

Arroser financièrement et copieusement les medias, c’est avoir compris comment installer une forme de dictature de la pensée dans un pays. C’est ce qu’a fait et ce que fait encore l’actuel gouvernement en place. On comprend mieux dès lors que peu de journalistes se risquent au devoir d’informer, alors que l’exercice de la propagande gouvernementale rapporte tellement plus et leur permet de vivre bien et même tellement mieux qu’en faisant le métier pour lequel ils ont été formés.

Plus que jamais, penser par soi même, réfléchir à ce que l’on entend ou voit est essentiel pour conserver sa dignité d’être humain et sa capacité à ne pas tout avaler benoitement. La force du Protestantisme depuis toujours, c’est de ne s’être jamais laissé enfermer dans une pensée unique. Plus que jamais, il nous appartient de résister à la propagande, en refusant le discours ambiant  et en faisant par nous-mêmes les réflexions qui s’imposent. 

Je vous laisserai avec cette citation de la politologue, philosophe et journaliste Hannah ARENDT : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous allez croire ces mensonges mais que plus personne ne croira plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et un tel peuple, vous en ferez ce que vous voulez (…) »

 

Et si ceci pouvait expliquer cela ?

 

Décidément, le vieil adage populaire « c’est dans le journal donc c’est vrai c’est vrai » à la peau dure et s’applique désormais  et de manière si surprenante aux chaînes d’information. Non tout ce qui se dit sur ces  « médias » n’est pas la vérité absolue et indiscutable, loin s’en faut. Alors résistons encore et toujours ! L’esprit de l’Evangile et la force première du Protestantisme historique c’est de penser par soi-même, ne nous laissons pas voler ce pouvoir là !

 

Samuel Foucart