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Cette phrase de Michel Audiard extraite de l’épilogue du Pacha (un film de 1968 avec Jean Gabin et André Pousse) résume assez bien l’histoire d’un des plus grands psychopathe de la Bible, le dénommé Abimélek. On découvre sa fiche signalétique dans le livre des Juges au chapitre 9. Ce livre a la particularité de souligner le désordre qui régnait à cette époque dans cette région du monde aussi bien dans la société d’alors que dans le monde politique et dans les relations entre les personnes.

Abimélek n’est donc qu’un épiphénomène, révélateur de l’état de cette société.

Il est né d’une des maîtresses de son père, il est donc le « petit bâtard » de la famille, ce que le gamin vivra mal, très mal, surtout face aux sarcasmes prononcés de ces 70 frères (heureusement que la CAF n’existait pas encore).

Il faut dire que la famille avait évolué dans un environnement violent :  entre le meurtre de ses oncles par un certain Zérach et l’assassinat de 69 de ses frères à son initiative, il n’y avait guère de place pour les sentiments d’affection. Il y a ainsi, sans qu’on puisse vraiment l’expliquer rationnellement, des familles marquées par la violence, le sang, le malheur, les drames, les morts violentes, les crimes !

Abimélek le bâtard, ayant une soif démesurée de reconnaissance va donc éliminer ses demi-frères sans aucune forme de scrupule. Le seul survivant échappant miraculeusement au carnage, Jotham, décrira Abimélek comme étant, je cite :  « un buisson d’épines ». Dès qu’on l’approche on se blesse, il déchire, il est dangereux parce qu’incendiaire (les feux de brousses se propagent souvent grâce aux buissons d’épines enflammés et au vent). Un caractériel certes, mais aussi un psychopathe de la pire espèce.

Dans sa quête maladive de de reconnaissance, il s’auto-proclamera le premier « roi d’Israël », (avant le premier roi « officiel »,  Saül), juste pour faire mieux que son célèbre père Gédéon. Lorsqu’il veut quelque chose, il l’obtient et rien ne l’arrête. Ni la morale, ni les scrupules, ni la loi, ni sa conscience, ni même un minimum de reconnaissance, celle du ventre ! C’est ainsi que ses 70 frères le dérangeant dans ses ambitions royales, il les fait éliminer dans des conditions sordides.

Aucune émotion, aucun remords, pas une once de compassion, aucune forme de regret, un psychopathe je vous dis.

Dans ses délires meurtriers, il ne va pas s’arrêter là. C’est ainsi qu’il va faire massacrer les élus de la ville de Sichem, juste pour éliminer des témoins gênants de son crime précédent. Le besoin d’effacer le passé se fait toujours ressentir chez les tueurs, (comme chez l’être humain plus généralement même s’il n’est pas un tueur psychopathe).

Dans son délire criminel, il va continuer son parcours criminel en faisant brûler vives les personnes de cette localité qu’il avait préalablement fait enfermé dans un lieu de culte, ce qui n’est pas sans rappeler certains crimes contre l’humanité bien plus récents.

 Chercher à établir des règles logiques avec les psychopathes reste un défi que bien peu de gens cherchent à relever. Ce qui perdra Abimélek c’est le phénomène de répétition. Il s’installe, sans s’en rendre compte dans un « confort criminel ». Il cherche à reproduire le même crime qu’avant. La routine, même en matière criminelle est un fléau et une chance pour la justice des hommes.

Il va donc prendre la tête d’une bande d’assassins et tenter de reproduire la même chose qu’à Sichem, cette fois dans la ville de Tebech. « La répétition », c’est rassurant, même celle d’un crime, on sait faire, on a l’expérience, ça a marché une fois, alors c’est facile.

Abimélek montre là des signes de fatigue évidente dans sa carrière criminelle, ce que personne ne regrettera, il va s’en dire. Et ce qui devait arriver arriva. Une femme va jeter sur sa tête  du haut de la muraille,  une grosse pierre de moulin destinée à meuler le blé (800 kilos). Et sa tête déjà bien atteinte de l’intérieur, ne va pas résister.

Pourtant il ne va pas mourir tout de suite. Néanmoins trop atteint pour se suicider, parce que pour un gars en quête de reconnaissance, mourir de la main d’une femme c’est la honte suprême, il va demander à son écuyer de l’aider à finir dans une dignité toute relative. L’histoire ne retiendra que la femme, la meule de moulin et la tête fracassée du psychopathe Abimélek.

J’essaie d’imaginer ce que furent ses derniers instants, à demi-mort, suffisamment vivant pour être conscient de la proximité de la mort et suffisamment mort pour ne plus pouvoir y changer quoi que ce soit,  c’est là que l'on a envie de lui dire : « Alors Abimelek, les bastos c’est plus facile à donner qu’à recevoir non ? »

Samuel Foucart

 

L’avis du juriste :

Tout le monde a déjà entendu parler des psychopathes à travers l’actualité, les films, séries ou lectures  diverses,  relatant des meurtres sordides, perpétrés de façon machiavélique par des tueurs en série méthodiques, dépourvus de tout affect, de toute empathie, ou de tout sentiment de culpabilité. Ce terme, passé dans le langage courant est d ailleurs parfois galvaudé. 

Mais qu’en est il des psychopathes et de la justice? La psychopathie, et là je laisserai les spécialistes en parler mieux que moi, n’est pas une maladie mentale, mais un trouble de la personnalité, du comportement. Il appartiendra à des experts nommés le plus souvent  par le juge d’instruction d’analyser la personnalité du mis en cause et de poser un diagnostic. Conscient de la réalité, manipulateur, parfois sadique, le psychopathe est capable de préméditer ses actes et n’est pas fou au sens juridique du terme. 

Pour rappel, le célèbre article 64 du code pénal qui disposait que :  « Il n’y a ni crime ni délit si l’inculpé était en état de démence au temps de l’action » remplacé depuis par l’article 122-1 du même code qui dispose que :   « n'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes.

« La personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discernement ou entravé le contrôle de ses actes demeure punissable ; toutefois, la juridiction tient compte de cette circonstance lorsqu'elle détermine la peine et en fixe le régime ».

C’est pourquoi les personnalités psychopathes sont généralement jugées responsables de leurs actes et endurent des peines de prison, parfois très sévères en fonction de la gravité des faits, et non un internement psychiatrique.

Mais rassurez vous... ou pas.... tous les psychopathes ne sont pas tueurs en série, il y en a de tres nombreux qui s’insèrent régulièrement dans la société et que nous côtoyons quotidiennement dans  le monde professionnel. Une  étude très sérieuse a démontré qu’on les retrouvait fréquemment dans certaines branches professionnelles très honorables.....là où il est nécessaire de faire preuve de détachement affectif.

 

D.A. TJ Grenoble 

 

 

Le point de vue du psychologue :

 

Abimélec nous montre que les tueries de masse ne sont pas un fléau apparu au cours du dernier siècle ! Les technologies, les avancées scientifiques et l’intérêt récemment porté par les autorités (notamment aux Etats-Unis) sur les personnes qui en sont à l’origine ont permis de déterminer certaines de leurs caractéristiques.

Un consensus se dégage entre les diverses études sur ces caractéristiques et on y retrouve assez facilement la description d’Abimélec. En premier lieu il s’agit, presque à chaque fois, d’un homme. Les tueurs de masse ont souvent besoin de reconnaissance, il s’agit en effet majoritairement de personnes qui ont été victime d’harcèlement ou d’humiliation dans leur enfance et qui ont été exposées à des faits violents. Le passage à l’acte est donc le moyen d’assouvir une vengeance pour ces personnes, souvent solitaires.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il s’avère qu’un tueur de masse sur quatre seulement présente des troubles mentaux. Ces personnes sont cependant souvent en rupture avec la société (problèmes au travail, dans la vie sentimentale) et souffrent d’addictions à différents produits.

Le « profil » du tueur de masse est aujourd’hui connu mais ce dernier n’en reste pas moins difficile à repérer avant son passage à l’acte

Alexis Damman : psychologue du travail

 

Idéologiquement parlant :

S’interroger sur l’amour de Dieu ?

Cet amour ne peut exister et grandir qu’à travers sa connaissance. Comment peut-on aimer quelqu’un ou quelque chose que l’on ne connait pas ?

Cet amour est de plus en plus difficile à mettre en œuvre, il nécessite un « travail », donc du temps dans une société où il est de bon ton de dire que nous n’avons pas le temps ! Cette société ou tout doit aller très vite.

Le désamour entre les hommes n’est pas un phénomène nouveau comme nous l’explique très bien l’article. On pourrait penser qu’il aurait tendance à diminuer dans la mesure où l’humanité serait de plus en plus « civilisée » et instruite. Or, nous nous apercevons que ce n’est pas toujours le cas. Les crimes commis par les terroristes ces dernières années nous le démontrent bien. Les crimes, les meurtres, les assassinats font toujours malheureusement partie de notre société.

Malgré les moyens de communications de plus en plus développés et sophistiqués les hommes sont de plus en plus éloignés les uns des autres. La distance devient la norme, alors comme avec Dieu il est difficile d’aimer ce qu’on ne connait pas.

Nous entendons très souvent « on ne peut pas aimer tout le monde », il serait plus juste de dire : « on ne peut pas avoir d’affinités avec tout le monde », mais c’est en allant vers l’autre qu’on peut tenter de le comprendre, et peut-être l’aimer.

Néanmoins, avant d’aller vers l’autre, ne faut-il pas se connaître soi-même ? Chercher au plus profond de soi ce qu’on recherche. Passer des ténèbres à la lumière.

Certains ont fait leur métier de cette recherche (psychologue, psychothérapeute, etc.), de cette connaissance de soi ,et la demande est importante dans une société où il est parfois difficile de se trouver. De nombreuses méthodes de travail aujourd’hui sont tournées vers la collaboration avec les autres (la méthode Agile en est un exemple).

A travers l’expression biblique « guéris mon âme » on s’aperçoit que l’être humain a souvent tendance à se tourner vers l’autre ou vers Dieu pour « se guérir ».

Faut-il attendre tout de l’autre ? Dieu doit-il tout résoudre et nous guérir ?

Ou plutôt devons-nous nous guérir nous - mêmes pour aller vers Dieu ?

Je suis convaincu que Dieu peut nous aider mais que nous devons faire notre part de chemin en disant « guéris-toi toi-même » !

Sandrino Gazzetta (Professeur à la NEOMA Business School de Rouen, Reims et Paris. Université de Rouen)

 

 

 

La parole est à la défense :

Plaidoirie en faveur de Monsieur Abimelek

 

« On choisit ses amis, mais pas sa famille »

 

Cette phrase courante de la sagesse populaire résume assez bien l'histoire cabossée de mon client.

Comment peut-on réellement imaginer que ce jeune garçon ait pu se structurer mentalement au milieu de la vaste progéniture d'un père peu regardant sur l'éducation de ses 70 fils ? Quoiqu'il en soit, Abimelek portait la peine d'un déshonneur dont il n'était en rien responsable : il était un « bâtard ». Mais qui a poussé ce père à l’appeler ainsi ? On ne sait d'ailleurs pas s'il s'agissait d'un nom propre ou d'un titre officiel de plusieurs rois philistins peut être semblable à « Pharaon » chez les égyptiens et à « César » chez les romains.   

 

Abimelek signifie « Mon père est roi ». Cela veut tout dire de la personnalité égocentrique de son géniteur qui attendait de sa foisonnante marmaille une soumission frisant l'idolâtrie. Mais pour mon client surgit cette question existentielle : « Si mon père est roi, moi, qui suis je ? ».

La réponse ne tarda pas à venir de ses 70 frères malveillants : « Rien » ! Ce petit mot conjugué à tous les temps, fredonné comme une comptine sadique tout au long de son enfance allait sceller son destin. Mon client muta en un buisson plein d'épines au milieu de la jungle familiale peuplée de 70 bipèdes bêtes et criards. Il se l'est promis à lui-même : lui le fils méprisé d'un roi d'opérettes, sera un jour pris au sérieux ; il sera roi pour de vrai et tant pis si cela passe par un génocide familial. Comme Joseph en son temps, il se voyait bien devenir le sujet d'adoration de sa famille à genoux implorant son pardon.

Mon client, dont l'état mental déficient a été facilement démontré par les psychiatres, tue, élimine de façon méthodique et glaciale, sans exprimer le moindre remords.

Lui, qui n'a pas choisi sa famille, choisit mal ses amis qui l'encouragent encore dans sa folle épopée furibonde. Un homme qui n'a plus de dignité vit dans une indignité ordinaire peuplée de cauchemars et de fantômes. Il a fait taire définitivement la voix de l'amour et de la pitié. Lui, qui n'a reçu aucune affection, est incapable d'en donner lui-même. Le seul langage « d'amour » qu'il connaît est la reproduction de ce qu'il a reçu lui-même étant jeune : la violence physique et psychique. Il s'est forgé une armure pour survivre. C'est le lot de tous les « survivors » : violenté, il serrait les dents, souffrait en silence et se forgeait un cœur d'acier qui ne pleure jamais. « Pas de pitié pour les sans pitié ». Cet adage, qui aurait pu être le sien, déborde et dérape au point de s’appliquer aux coupables comme aux innocents. A vouloir ne pas aimer pour ne pas souffrir, il accueille la haine comme une reine et devient un « mort vivant » sans repère ni borne. Mon client se croyait le bras armé du destin, le justicier aux mains sanglantes pourchassant et tuant sur son passage toute âme inutile. Il lui fallait devenir roi, il fallait qu'il soit enfin quelqu'un. Le but pouvait être juste, mais les moyens pour y parvenir ont été puisés dans son tragique héritage familial baigné de haine. Il savait qu'un jour, il serait arrêté dans sa folle course monstrueuse. Il le souhaitait même, lui qui était las de la vie des autres, devait en finir avec la tienne. Qui allait enfin le libérer de lui-même en abrégeant ses souffrances psychiques ? Une femme s'en est chargée. Le summum de l'indignité pour un soldat ! Jusqu'au bout de sa petite vie misérable, il allait subir les quolibets de ses contemporains et de leurs descendants. Bien qu'il demanda à son écuyer de l'achever, le « mal » était fait : il resterait dans l'histoire celui qui avait été tué par une femme par l’entremise d'une meule.... Le rideau tombe sur une vie ratée, terrassée en pleine cavale mortifère dans cet univers en flammes. Une vie pour rien.... 

Mon client n'a jamais trouvé sur son chemin de misères, un bon samaritain pour venir au secours de son âme damnée. Aucune compassion humaine n'a pu atteindre son cœur déchiré. Il a traversé la vie en ennemi de lui-même. Lui le bourreau des autres fut sa première victime. 

Loin de moi l'idée de vouloir réhabiliter post-mortem mon client, mais je m'interroge malgré tout sur cette ombre qui plane dans ce prétoire depuis le début de son procès : celle de son père et de ses 70 frères dont le comportement sadique a forgé cet être moralement difforme.

Ce « Frankenstein » avant l'heure pointe de son doigt vengeur du fond de sa tombe les vrais coupables ! 

Maître F.F. du Barreau de Rouen