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Curieuse équation j’en conviens, assez peu mathématique en soi. Et pourtant, de manière consciente ou inconsciente, notre petite planète terre s’est installée dans cette logique mathématique presque  à son insu. 

Dire que c’est à l’insu de tout le monde, certainement pas, mais allez, on va éviter la théorie du complot et se contenter de remarques générales en la matière. 

L’hygiénisme avec la « crise sanitaire » du printemps 2020 a pris toute sa mesure. Outre le masque, déjà très développé dans les pays asiatiques et depuis au moins 20 ans, très en vogue aussi dans certaines rues de grandes capitales, telle Londres, par les piétons ou les cyclistes, il a connu un succès fou, partout sur la planète. Que dire du lavage des mains, remis à l’honneur par le premier ministre de la France (entre autres), parfois jusqu’au ridicule puisque même les dermatologues déconseillent de trop user de gel hydro-alcoolique. Et il a fallu se mettre à la désinfection de tout, jusqu’au ridicule encore une fois. Chaque jour des informations, officielles ou pas, ne faisaient qu’aggraver les méthodes.  L’hygiénisme a été (peut-être l’est-il encore) à son apogée pendant cette période. La moindre clenche, la moindre parcelle  de peau, de vêtements, de chaussures, de branches de lunettes ou de carte bleue se devaient d’être désinfectés, le plexiglas a été remis à l'honneur dans tous les commerces.  En réalité, le phénomène était déjà là depuis un bon moment, sous-jacent, il ne demandait qu’à éclore et ce fut l’occasion. 

Paradoxalement, dans le même temps, des recherches sur le microbiote mettaient en évidence l’importance des bactéries contenues dans l’intestin, des microbes et autres petites bestioles vivant dans notre intestin pour le bien être de celui-ci mais aussi pour soigner des plaies ne se guérissant pas. Etonnant.

L’hygiénisme a débouché, sans forcément que ce soit d’une logique implacable,  sur un jeunisme inquiétant et pourtant très présent.  Il ne fait pas bon être vieux en 2020, ou simplement en avoir l’air, ce qui n’est pas la même chose. Un président élu récemment a d’ailleurs axé sa campagne là-dessus, ce qui convenons en, ne fera jamais office de programme, mais peut suffire ponctuellement à se faire élire. Plus personne ne veut vieillir, et je ne parle même pas des effets désastreux de la chirurgie esthétique ou des injections de  botox, non, c’est juste une mentalité, un état d'esprit presque "anti-vieux" qui a vu le jour. Pour ne pas être vieux, il faut critiquer les vieux, les déconsidérer, les mépriser, les estimer nuisibles et inutiles à la société. Un poids mort, coutant cher, voilà en gros le langage, non écrit d’une certaine « élite politique », médiatique et par voies de conséquences, sociale. Je cite les propos d’un chroniqueur à la célèbre écharpe rouge déclarant : « Les retraités ?  Mais le président s’en fiche, dans 5 ans ils seront morts ». Il faut avouer que les principes de l’économiste Pierre-Joseph PROUDHON, même poussés à leur paroxysme, n’excusent pas tout et du cynisme économique. 

L’avenir étant "les jeunes" d'après les tenants de la doctrine du jeunisme,  il faut « faire jeune », parler jeune, s’adresser (quasiment uniquement) qu'aux jeunes, être politiquement jeune, jusqu’au grotesque, mais peu  importe. C’est toujours une grave erreur "politique" (au sens premier de ce mot et dans son sens noble) de monter une  frange de population contre une autre. Les jeunes et les vieux se doivent de vivre ensemble, c’est l’équilibre d’une nation et  d'une société, jamais pas les uns contre les autres. 

Cette curieuse addition  débouche sur un résultat s’apparentant à une forme d’eugénisme. Alors attention, c’est normal qu’à partir d’un certain âge on envisage, si possible sereinement, l’idée même de la mort. Refuser de mourir n’est ni réaliste ni sérieux. La question de la mort, face à la crise du Coronavirus s’est de nouveau posée en des termes plus graves encore. En 1957 face aux décès dûs à la grippe asiatique personne ne s’était emballé à ce point. Face aux 2 millions de morts dans le monde chaque année, à cause du travail, personne ne s’émeut vraiment et que dire des 800 000 morts par année liées au suicide (ces chiffres étant basés sur les études et les rapports de l’OMS)  

Je ne crois pas qu’il y ait eu une « volonté politique » d’en finir avec les vieux, en tous cas pas une volonté consciente, organisée, volontaire et déterminée. Qu’une pandémie arrange certains économistes visionnaires, c’est possible, mais reste du domaine de l’utopie, il faudrait un COVID-19 puissance 1000 pour que les effets sur l’économie soient « positifs ». Néanmoins dans le contexte décrit plus haut, celui d’un hygiénisme galopant, ou celui de la pureté (souvent associée à la jeunesse) et du jeunisme ambiant, il était cohérent d’en déduire qu’une forme d’eugénisme, consistant à laisser mourir les vieux dans les Ephad, voit le jour. La tentation était grande en effet et peut être pas dénuée de fondements finalement. Pour cela il suffisait d’écouter les propos de quelques conseillers "des grands" qui dans ce registre n’iront jamais par quatre chemins et admettront très vite et très tôt qu’une, je cite : « bonne pandémie réglerait le problème des retraites ». Mais  admettons que ces gens là soient minoritaires, n’en reste pas moins vrai qu’un équilibre moral a été rompu.

Si je suis pour l’hygiène et la propreté, j’en refuse absolument la dictature qu’on cherche à nous imposer, allant jusqu’à refuser le moindre contact physique avec l’autre. Si j’aime bien les jeunes et si les jeunes sont une forme d’avenir de la société, ils ne sont pas les seuls et leur donner tous les pouvoirs comme vise à le faire la doctrine du jeunisme est plus qu’inquiétant en plus d’être profondément ridicule. Enfin, si mourir quand on est vieux est juste normal, n’en déplaise à certains, préconiser politiquement la précipitation de toute une frange de la population, même au nom de principes écologiques ou économiques,  reste profondément choquant,  criminel et hautement condamnable. Pour mémoire des élus néerlandais, d'autres belges, tous proches d'idéologie écologiste et des ministres et secrétaires d'état français ont évoqué sérieusement l’idée de ne plus rembourser ou de ne plus fournir les soins adéquats aux personnes de plus de 70 ans, et ce, dans les 2 dernières années. Sauver la planète, évidemment que tout le monde est pour, favoriser une économie dynamique, bien sur que personne n'est fondamentalement contre, mais jamais à ce prix. Et pourtant que certains élus européens l'envisagent est incroyable  et inadmissible ! 

Finalement, « hygiénisme, jeunisme et eugénisme » pourrait s’apparenter aux trois mamelles d’une  tentative de « dictature sanitaire », mais n’étant pas « complotiste » pour deux sous, je me refuse à croire à cette éventualité.

Il nous appartient donc d’être attentif, en tant que citoyens aux dérives parfois grotesques que certains tenants de l’hygiénisme ou du jeunisme nous proposent. Ils sont très inquiétants en fait, parce que masqués et toujours sous couvert de bons sentiments. 

 

Samuel Foucart