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Les femmes de la Bible ne sont pas exemptées de crimes en tout genre, des « pour la bonne cause », des « légitimes », des « politiques » ou de purs meurtres de criminelles endurcies.  Voilà en quelques tableaux simples, concis et précis, le portrait de  5 d’entres elles : 

J’ai d’abord pensé à la « militante », « la Rosa Luxembourg » de l’époque, l’idéologue, la résistante, la combattante. Elle va tuer avec un sang froid incroyable le chef de l’armée des Madianites, un dénommé Sisera. Le nom de cette passionata digne des grandes heures des révolutions est Jaël. Une balle dans la tête, comme ça à froid, pendant que l’autre dormait. Enfin quand je dis une balle, compte tenu qu’il n’y avait pas d’armes à feu à l’époque, ce sera un pieu enfoncé dans la tempe et un marteau et voilà l’affaire est close. Crime violent et brutal mais pour la bonne cause diront certains. 

Vient ensuite la psychopathe de service, Athalie, dont l’histoire criminelle se résume laconiquement dans la Bible par un simple verset : « Athalie, mère d'Achazia, voyant que son fils était mort, se leva et fit périr toute la race royale de la maison de Juda. » 2 Chroniques 22/10. Et pourtant ces quelques lignes cachent le meurtre de l’ensemble de ses petits enfants (à peu près 40 tout de même).  Cette femme est une tueuse née, au passé trouble et sombre. Sa grand-mère fait aussi partie de cette lignée criminelle au féminin. On va lui tuer ses enfants, son mari, une des rares affaires de mort suspectes dans la Bible où l’on évoque le poison. Comme c’est étrange n’est-ce pas. Cette femme aurait pu être brisée par ses malheurs à répétition, elle aurait pu se réfugier dans la religion, ou sombrer dans la dépression. Au lieu de cela, c’est sa psychopathie qui va se révéler et son art consommé du crime qui va l’emporter sur tout le reste. 

Impossible après avoir évoqué la psychopathie évidente d’Athalie de ne pas parler de sa grand-mère,Jézabel,  chef mafieuse, digne d’une Pupetta Maresco, cheffe mafieuse bien connue de la ndanghreta calabraise. Elle ne se salit jamais les mains elle-même, mais fait exécuter tout  ce qui s’oppose à ses ambitions, ses projets, y compris un voisin récalcitrant qui refusait de vendre son terrain à son roi de mari. Elle fera exécuter les responsables de la religion d’alors pour imposer la sienne et mettra en fuite un des plus vaillants et courageux prophète de Dieu, Elie, au caractère pourtant bien trempé, qui n’avait pas peur d’Achab le mari de la furie, mais qui n’aura d’autre alternative que de fuir devant cette tueuse née, aux réseaux mafieux bien organisés.

J’ai aussi pensé à cette dame passée à la postérité pour avoir tué Abimélec. En Orient, d’ailleurs encore aujourd’hui, mourir de la main d’une femme est une honte, demandez donc aux gens de Daech opposés aux femmes soldats Kurdes. C’est donc David qui fera allusion à cette femme anonyme dans un court texte : « Qui a tué Abimélec, le fils de Jerubbésheth ? C’est une femme qui a lancé sur lui, du haut de la muraille, un morceau de meule de moulin et il en est mort à Thébets! » 2 Samuel 11/21. La légitime défense est souvent l’apanage des femmes, même s’il n’en est pas l’exclusivité. En l’occurrence, lorsqu’une femme se sent agressée, elle se défend avec les moyens qui sont les siens et dans ce cas,  la justice fait souvent preuve d’indulgence. Cette femme restera anonyme toute sa vie, elle ne cherchera pas un titre d’héroïne de superwoman mais son acte reste majeur. La légitime défense de sa vie, de ses intérêts, de sa famille, justifie souvent la bienveillance des juges.

 

Ce dernier cas m’amène à parler de la criminelle pragmatique dont le récit peut se résumer ainsi via ce texte : « La femme dit à Joab : "Eh bien, on va te jeter sa tête par-dessus la muraille." Encore une anonyme, mais déterminée, courageuse, qui ne va pourtant pas hésiter une seconde quand le danger menace son quotidien, sa quiétude, sa vie. Son pragmatisme  l’a conduit à proposer un deal criminel, néanmoins répandu à l’époque, avec Joab. Les tribunaux en France ont eu affaire ces dernières années à ces tueuses pragmatiques, qui après des mois, des années de souffrances auprès d’un mari ou  d’un père  violent avec elles, avec leurs enfants ou leurs frères et sœurs, n’en peuvent plus et tirent, tuent, empoisonnent, trucident, éliminent celui qui menace leur vie, leur famille, leur bonheur, enfin ce qu’il en reste. Certaines de ces femmes ont été proprement acquittées, d’autres ont été condamnées pour le principe, mais le débat fait encore rage.

Etonnamment, je n’ai pas trouvé de crime relatif à la jalousie dans la Bible, mais des complicités sans doute, j’y reviendrai. Pas davantage de crime d’empoisonneuse, pourtant considéré comme le propre des femmes tueuses. Il faudra donc revoir nos positions définitives à ce sujet. 

La Bible est écrite par des hommes que l'on pourrait souvent qualifier de « misogynes » (ah ! le charme oriental des machos). Pourtant, la place importante des femmes, des épouses, des sœurs et des filles dans la vie des hommes de pouvoir n’est vraiment pas anecdotique, y compris en matière criminelle. 

Le matriarcat apparaît dès l’apparition du patriarcat et par conséquent la femme prendra sa place dans tous les domaines, à tous les niveaux, y compris lorsqu’il s’agit de trucider son prochain. La femme est un homme comme les autres !

 

Samuel Foucart

 

Nota bene : Cet épisode constitue le dernier de la « Saison 1 » de « Crime dans la Bible ». La diffusion de la « Saison 2 » débutera le dernier lundi de septembre 2020.

 

 L’avis juridique :

La question s'est souvent posée aux chercheurs, criminologues et autres: existe t il un portrait type de la femme criminelle et certains crimes sont ils associés au genre féminin?

Au XIX et au début du XX eme siècle, les crimes féminins restent limités et se retrouvent surtout dans la sphère intra familiale, infanticide, avortement, homicide conjugal. Cantonnée dans l'univers domestique, et principalement dans leur cuisine, elles  excellent alors dans l'art de l'empoisonnement.

Mais les tribunaux sont à cette époque relativement indulgents avec les femmes. En 1906, les femmes sont plus acquittées que les hommes, 93% contre 67%. En revanche, concernant l'adultère, elles ne bénéficient d'aucune clémence et sont condamnées aux mêmes peines que les hommes.

Même si en matière criminelle,  les femmes  sont 30 fois moins nombreuses que les hommes, il faut reconnaître qu'elles tuent maintenant comme les hommes, selon les mêmes modes opératoires. Si le médicament a remplacé le poison, l'arme à feu est de plus en plus utilisée, tout comme les coups, l'étouffement ou la noyade dans les affaires d'infanticide ou de néonaticide.

L'émancipation de la femme  et sa sortie du foyer va l'amener vers d'autres tentations, d'autres délits, comme le vol.

Par ailleurs, les bandes de filles sont en constante augmentation, et font preuve d'une violence parfois effrayante.

En résumé et pour reprendre les propos d'une universitaire " Non, les femmes ne sont pas systématiquement victimes de tout et responsables de rien " et en accord avec l'auteur de cette chronique " la femme est un homme comme les autres".

D.A. (T.I.G. de Grenoble)

 

Idéologiquement parlant :

L’approche de Samuel Foucart me rappelle un slogan féministe des années 70, n’était-il pas écrit : « un homme sur deux est une femme ? » Alors pourquoi ne serait-elle pas aussi tueuse ?

Le mot «tueuse », bien qu’il existe dans la langue française est finalement assez peu utilisé. On a tellement l’habitude d’entendre ce mot au masculin qu’on pourrait croire qu’il n’y a que les hommes qui tuent. Pourtant, même si elles sont moins nombreuses en tant que criminelles, on retrouve chez la femme quasiment la même appétence au crime que chez l’homme.

Les grandes tendances de la société telles que la représentation des femmes dans les institutions, la parité, la mimétique des comportements, et le fait qu’elles se retrouveront de plus en plus confrontées à des situations identiques à celles rencontrées par les hommes entraîneront certainement une répartition équitable de la mixité du crime.

 

Sandrino Gazzetta (Professeur à la NEOMA Business School de Rouen, Reims et Paris. Université de Rouen)

 

La Parole est à la défense :

 

Plaidoirie pour la famille de Siséra :

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les assesseurs, Mesdames et Messieurs les jurés, Monsieur l'avocat général.

Mes clients, l’épouse et les enfants de Monsieur Siséra se sont constitués partie civile par devant votre Cour d'assises. Ils exigent une réparation financière et une sanction pénale exemplaire à l'encontre de Madame Yaél poursuivie pour homicide volontaire.

Retraçons s'il vous plaît le contexte : Madame Yaël est la femme de Monsieur Héber le quénite ; elle campait avec son mari près de Quédesh et il y avait la paix entre eux et les cananéens. Je le souligne avec force : Monsieur Siséra connaissait personnellement Monsieur Héber ; ils faisaient du commerce ensemble et une amitié solide les unissait. Rien absolument rien ne pouvait faire présager que sa femme allait accomplir un crime aussi odieux. D'ailleurs, le conflit politique et militaire entre Monsieur Siséra et les hébreux laissait indifférent ce couple qui ne partageait ni leur culture ni leur religion. Ils étaient neutres. C'est donc en toute bonne foi que Monsieur Siséra se réfugia sous la tente de Madame Yaël suite à sa défaite contre les hébreux. On aurait pu par extrapolation considérer Monsieur Siséra comme un réfugié politique cherchant asile en Suisse...

Mais cette femme ne le protège pas, elle l'extermine  pendant son sommeil ! 

Cette trahison est innommable ! Tuer cet homme dans un tel contexte et avec un tel procédé : lui enfoncer un pieu dans la tempe, est tout simplement horrible ! On est loin du comportement protecteur exemplaire de Madame Rahab à Jéricho qui à la venue des espions hébreux les cacha, les protégea des autorités politiques de la ville et facilita leur fuite et ce au péril de sa vie et de sa famille !

Madame Yaël est particulièrement machiavélique : elle attire Siséra sous sa tente en le rassurant : « Ne crains pas, je te protège », pour mieux l’assassiner ensuite.

Il faut noter que le geste de trahison à la « Judas » de cette femme ne se justifie pas par je ne sais quelle conviction religieuse ou patriotique. N'oublions pas, elle n'est pas juive ! A aucun moment, il n'est précisé dans les PV de l’enquête judiciaire qu’elle ait avoué agir au nom de l’Éternel, le Dieu des hébreux ! Mais qu'est-ce qui la motivait ? L'opportunisme tout simplement. Monsieur Barak allait venir avec ses soldats ; il fallait qu’elle choisisse rapidement le camp des vainqueurs et qu'elle leur témoigne très vite de son allégeance au travers ce  « beau cadeau » !

Je souligne au passage que Monsieur Héber son époux a été entendu et témoignera à l'audience. Il crie son innocence et pleure son ami Siséra. Il est dans l'incompréhension totale quant au geste fatal de son épouse et s'interroge sur son équilibre psychique. 

Je veux bien le croire : le meurtre de Monsieur Siséra est un acte isolé, Monsieur Héber n'est pas complice de cet homicide volontaire.

Les faits sont avérés et reconnus par Madame Yaël ; l'arme du crime, le pieu a été retrouvé avec ses empreintes digitales ; il n'y a donc pas de place pour le doute.

Mesdames et Messieurs les jurés vous condamnerez Madame Yaël à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de prison incompressible de 30 ans. Cette femme ne doit pas sortir de prison plus tôt tant le risque est grand d'une réitération de faits similaires. J'ajouterai qu’elle aurait besoin, pendant son incarcération d'un traitement médical approprié.

 

Maître F.F. (du barreau de Rouen)