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On pourrait croire que la Bible fait abstraction de ce genre de « signalement ». En réalité si jamais, à aucun moment, l’une quelconque des personnes dont je vais parler plus bas n’est signalée comme étant Ennemi public n° 1, l’attitude des autorités publiques, de la Justice et des autorités équivalentes à la Police et à la Gendarmerie d’aujourd’hui nous prouve le contraire. 

L’ENNEMI PUBLIC N° 1 est toujours quelqu’un d’atypique, qui n’est pas, ou rarement, rattaché au milieu du grand banditisme. Ce dernier n’aime guère les « vagues » et les gens qui en font. Pour bien « travailler » il faut le faire tranquillement.  Je vais vous citer quelques noms d’ex Ennemis publics N°1 et vous pourrez constater qu’il s’agissait à chaque fois d’individualités s’étant entourées de gens (que l’on appellera «une bande ») capables de les supporter, de les aider, de les assister.

 Jacques MESRINE, reste l’un des plus célèbres en France, John DILINGER est son pendant au Etats-Unis. Pour  des affaires de terrorisme, le sinistre Mohamed Merah aura aussi droit à cette qualification. Le braqueur  Redoine Farid de même et de manière plus étonnante,  François Besse, un des rois de la cavale,  ou Michel Ardouin, 2 ex-bras droits de Mesrine, auront aussi droit à ce titre. 

Si dans l’imagerie populaire, l’Ennemi Public N°1 peut faire fantasmer, dans la réalité c’est toujours un adversaire de la justice et du bien qui se cache derrière. Il ne faudrait pas héroïser exagérément ces pseudo Robin des bois de l’ère médiatique. Un gangster reste un gangster  et un voyou reste un voyou, quelle que  soit l’image que les medias veulent bien en donner !

Dans la Bible, l’un des plus célèbres Ennemi Public N°1, célèbre malgré lui, c’est le dénommé BARRABAS, Jésus Barrabas. Il est célèbre parce que sa route criminelle aurait dû s’arrêter un certain vendredi, devenu saint depuis, vers 9 h du matin, condamné à mort qu’il était avec deux de ses acolytes par le procurateur romain Pilate. C’est un autre jésus qui prendra sa place ce jour, Jésus de Nazareth.  Barrabas était connu comme un séditieux, ce qui avouons-le veut tout dire et ne rien dire à la fois. Une sédition, c’est une révolte concertée contre l’autorité établie. Cela peut aller du crime de droit commun, attaquer une banque est une forme de sédition, au crime politique, ou à des actions en vue d’installer la révolution. C’est donc très large. Mais une chose est certaine le concernant, il était très connu du peuple, qui ne va pas cacher une forme de sympathie à son égard, à l’heure de choisir entre lui et le prophète de Galilée.  En tout cas, ce jour-là, il va perdre ses deux bras droits qui eux n’échapperont pas à la condamnation à mort. Mais un Ennemi Public N°1 n’a besoin de personne pour exister au fond. Sa légende va perdurer.

Dans un autre texte de la Bible, 2 Samuel 20/6 et 20/43 on découvre ceci : « David dit à Abisaï : Maintenant Séba, fils de Bicri, va nous faire plus de mal qu’Absalom ; toi donc, prends les serviteurs de ton seigneur, et poursuis-le, de peur qu’il ne trouve des villes fortes et qu’il ne nous échappe. » et aussi : « Une fois qu’il fut ôté de la route, chacun passa outre après Joab, afin de poursuivre Séba, fils de Bicri. ».

Le roi d’alors va organiser avec le ministre de l’intérieur de l’époque, Joab, une véritable traque à l’encontre d’un certain SEBA, fils de Bikri, qui de par cette chasse à l’homme a, sans aucun doute possible, le droit au titre d’Ennemi Public N°1 dans le court laps de temps qu’il lui reste à vivre. Parce que  ne l’oublions jamais, la vie d’un Ennemi Public N° 1 est précaire et courte, il meurt rarement dans son lit, ce qui se confirmera encore dans ce cas. Il semble que son crime était plus d’ordre politique qu’autre chose, mais une chose en entraînant une autre, de droit commun on devient adepte du crime contre la nation en passant par le crime financier et j’en passe. 

Deux autres personnes auront droit à ce titre, encore une fois via ce qu’elles ont pu laisser comme traces dans l’histoire biblique. Les deux sont signalées dans le livre des Actes des Apôtres et font l’objet d’un PV d’audition relatif  à une autre affaire. Il s’agit d’un certain JUDAS le Galiléen (rien à voir avec celui ayant livré Jésus) (Actes 5/37), une individualité entourée d’une bande armée et qui provoquera du désordre pendant un certain temps.  Le temps qu’on le réduise au silence et que, de facto, sa bande se dissolve définitivement avec lui. 

L’autre et le dernier à ma connaissance c’est THEUDAS(Actes 5/36) et là encore, l’autorité juridique de l’époque (le sanhédrin) par la voix de l’un de ses représentants légaux, Gamaliel, décrira parfaitement le profil type de ce qu’a toujours été l’Ennemi Public N°1 : une personnalité, un gang, une bande, on s’entoure de gens capables, on communique pour se donner de l’importance et justifier ses forfaits et puis on disparaît brutalement, violemment !

Voilà donc les 4 « Ennemis Publics » dont la Bible parle et qui révèlent que la société a toujours eu besoin de dénoncer ceux qui la menacent.  On connaît tous le « WANTED » en bas des affiches surmontées d’un portrait patibulaire qui ont marqué l’histoire du Far-West. Aujourd’hui, on baptise ces gens-là d’ENNEMIS PUBLICS N°1, mais au fond c’est la même histoire qui se répète et j’ai été assez étonné de découvrir que le concept existait déjà dans la Bible.

 

Samuel Foucart

 

 L’avis juridique: 

Le Far West et ses célèbres affiches «Wanted» affichant  le visage des criminels recherchés et la récompense pour leur capture est sans conteste à l’origine du concept d’ennemi public numéro 1.

Mais c’est en 1930 que l’expression «ennemi public» est utilisée pour la première fois aux USA. Une liste d’ennemis publics verra le jour avec la prohibition, les trafics, les gangs et chefs de gangs dont  Al Capone. 

Le terme rentre alors dans le vocabulaire et c’est le créateur du FBI, Edgar Hoover, qui reprendra ce terme en y ajoutant

 « numéro un  ». Terme qui ne désignera plus seulement les chefs de la pègre, mais également des criminels isolés, comme John Dillinger et Baby Face Nelson.

Après la seconde guerre mondiale, le terme apparaît en France et décrit les grandes figures du banditisme.

Pierre Loutrel, alias Pierrot le Fou, est souvent considéré comme le premier ennemi public numéro un en France, suivi par Émile Buisson ayant appartenu au « gang des tractions avant ».

Il est vrai  que ce terme d ennemi public numéro un, ne sera pas réservé aux membres du milieu. 

Le mot « public» a toute son importance dans l’expression, et signifie que l’individu fait courir un danger à la population, par la répétition potentielle de l’intention de tuer.

Il ne faut donc pas confondre «  ennemi public numéro un » et «  homme le plus recherché », les deux expressions ne vont pas forcément de pair. Guy Georges ou Francis Heaulme ont été tour à tour «  l’homme le plus recherché de France »  mais sans jamais être qualifié ni l’un ni l’autre, « d’ennemi public numéro un », car ils  ne représentaient pas une menace pour le public en général, leur cible étant bien particulière, principalement les jeunes femmes. 

D.A. (TIG Grenoble)

 

Idéologiquement parlant :

Notre société, comme d’ailleurs celle du passé, s’intéresse énormément à ce qui touche de près ou de loin au crime.

Il suffit de compter le nombre d’émissions qui abordent ce thème sur les différentes chaînes de télévision. Dans la société de l’image et de la communication, l’ennemi public provoque rarement de l’indifférence dans l’opinion publique. Mais tous les ennemis publics ne sont pas perçus de façon identique.

En effet, il peut créer une forme de dégoût, de rejet  de la plupart de la population à son égard. L’exemple de Mohamed Merah est très significatif. De par ses actions, cet homme est devenu l’ennemi public en un temps record et a réussi à faire une quasi unanimité contre lui.

Mais l’ennemi public peut également susciter une certaine forme de fascination et devenir en quelque sorte une icône tel un Jacques Mesrine. De nombreuses émissions, films, téléfilms lui ont été consacrés.Plusieurs chansons l’ont cité comme un héros des temps modernes. Nous nous apercevons que ce personnage, sa mort, son arrestation ont créé un vif intérêt dans la société.

L’ennemi public dans ce cas précis est devenu un « bon client »pour les médias puisqu’il va assurer de l’audimat et donc des bénéfices économiques. Ainsi les médias ont tout intérêt à travailler cette image.

Cette héroïsation est dérangeante, en effet, elle est principalement fondée sur le mal et pose la question suivante : Comment peut-on être fasciné par une personne qui a tué ?

Sandrino Gazzetta (Université de Rouen)

 

La parole est à la défense :

Mon client s'appelle Jésus Barabbas et il a croisé Jésus-Christ lors de cet échange ahurissant suite à un procès d'opérette et c'est bien là tout son « malheur » ! L'histoire n'aurait jamais retenu son nom s'il ne s'était pas retrouvé au centre d'une machination diabolique dont il ignorait les tenants et les aboutissants. Mon client était au mauvais endroit au mauvais moment, au centre et bien malgré lui d'un véritable complot qui le dépassait et dont l'enjeu spirituel lui était totalement étranger. Pilate en le relâchant satisfaisait le peuple dont il craignait les réactions désordonnées et il s’accordait les bonnes grâces du clergé. Son leitmotiv pour sa survie politique était : « Pas de vague ! »

Mais qui est vraiment mon client ?

Il s'appelle Jésus Barabbas ; quelle coïncidence ! Barabbas signifie le « fils du père ». Autrement dit Jésus le « fils du père » est remplacé à la croix par Jésus « le Fils du Père » !! Tout ceci ne peut pas être le fruit du hasard quand même !

Il a été condamné pour meurtre et sédition sans autre précision. Mais qui a t'il tué ? Pour être aussi populaire parmi les juifs, il a dû tuer des romains et certainement pas l'un de ses frères de sang. Ce séditieux était donc un résistant à l'occupation romaine ; un héros en fin de compte ; les juifs ne s'y sont pas trompés, en criant son nom pour qu'il soit libéré !

Certes, mon client n'est pas un enfant de chœur, mais c'est un homme de conviction, un patriote qui n'hésite pas à donner sa vie pour ses convictions politiques. 

Il a bénéficié d'un geste de clémence de la part du peuple reconnaissant en lui un véritable héros s'opposant à l'oppresseur. Voilà tout. 

La Constitution de notre pays accorde au Chef de l’État parmi toutes ses prérogatives, celle de faire grâce. Bien que cette grâce relève de l’Ancien régime et qu’elle soit désormais édulcorée, elle était importante à l'époque ou la peine de mort était encore pratiquée. Mon client quant à lui a bénéficié de la grâce populaire.

Il est navrant que mon client ait été placé dans le grand livre de l'Histoire au rang de simple séditieux, « complice passif » et bien malgré lui de la crucifixion de Jésus.  Mais que pouvait-il faire ? Que pouvait-on attendre de lui ? Un geste sacrificiel consistant à refuser d'être remplacé par Jésus au motif qu'il méritait sa crucifixion ? Voyons, soyons sérieux ! Il a sauvé sa peau voilà tout ! De toutes les façons, l'affaire était pliée : Jésus devait mourir. Au final, si mon client avait refusé l'échange, ils auraient été crucifiés tous les deux !

Et qui nous dit qu'il ne s'est pas converti ? Qu'il n'a pas accepté Jésus Christ le Fils du Père dans son cœur, lui Jésus le fils du père ? 

Un excellent film intitulé justement « Barabbas » des années 60 avec le comédien Anthony Quinn dans le rôle principal creuse cette piste qui n'est pas complètement stupide. Au ciel, on aura peut être des surprises.....

Les résistants français à la libération ont été élevés au rang de héros et même « panthéonisés » en la personne de Jean Moulin, alors que l'on sait qu’ils étaient pour les allemands des séditieux et des criminels.

Jésus Barabbas était de cette race là : ennemi public numéro 1 pour les romains, libérateur pour les juifs. 

Alors de grâce un peu de retenue, lorsqu’il s'agit de Monsieur Jésus Barabbas, il n'est peut-être pas celui que vous croyez...

Maïtre F.F. (du barreau de Rouen)