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Les bads  girls de la Bible, vaste sujet !

Je ne sais pas si les femmes dont nous parlerons dans cet article étaient tatouées, buvaient de la bière, avaient des piercings ou parlaient comme des chartiers, (imagerie populaire de la bad girl moyenne) mais toutes, parfois sous leurs airs de ne pas y toucher,  sont complices dans des affaires criminelles et en cela elles sont passionnantes et je dois avouer avoir un « petit faible » pour elles, ne m’en voulez pas !

Que les féministes ne s’emballent pas, il y a aussi des complices masculins  de crimes  dans la Bible. Mais c’était l’occasion de parler de ces dames, de vraies bads girls en puissance et ce, bien avant qu’Hollywood ne les élève au rang d’icônes.  Des questions se posent sur l’attitude de plusieurs femmes qui n’ont pas commis de crimes mais qui ont participé d’une manière ou d’une autre, de près ou de loin à des actes répréhensibles.  Si l’amour ne soupçonne pas le mal d’après 1 Corinthiens 13, la Justice des hommes peut, elle, faire part de soupçons, de présomptions, d’indices concordants et d’enquêtes. 

Ainsi Bath-Schéba, eh oui ! Encore elle, qui va voir son mari assassiné par son amant, dont elle est enceinte. Va t-elle ne rien voir, ne rien savoir, ne rien soupçonner, ne rien demander à David  ?  Personnellement, même si je veux bien croire qu’elle n’est pas la maléfique femme tueuse décrite dans certains romans, il est surprenant qu’elle n’ait absolument rien fait pour arranger les choses avec son mari. Elle n’a pas bougé le petit doigt pour le ramener à la maison lors de son rappel à Jérusalem. Ignorait-elle le plan machiavélique de David, personnellement j’ai beaucoup de mal à le croire. En tout cas, après coup, le décès d’Urie ne semble pas l’avoir plongée dans le désespoir le plus noir...de là à dire que cela arrangeait tout le monde. Il y a au moins chez elle une complicité tacite. 

Et Dina, la fille de Jacob, violée à la sortie d’une boîte de nuit par le fils du maire de Salem, elle ignorera tout du plan de ses frères pour tuer et piller la ville ? Là encore on a du mal à l’imaginer, même si les mœurs ont évolué et qu’à l’époque la place des femmes était très secondaire dans les affaires de « mâles » ! Ne pouvait-elle pas tenter de prévenir, elle connaissait ses frères. Sans doute pourra t-on lui accorder les circonstances atténuantes, puisqu’il semblerait, d’après la tradition juive, qu’elle sera envoyée très rapidement en Egypte pour débarrasser la famille de la honte d’une fille violée,  et toujours d’après  cette même tradition, de la fille qu’elle portait, fruit du viol. 

J’ai aussi pensé à Délila, l’esthéticienne dont Sanson était amoureux. Lors d’une séance « de massage  crânien », elle va l’endormir sur ses genoux. A la clef il n’y a pas de meurtre, mais un enlèvement, une séquestration et une prise d’otage qui se terminera mal pour tout le monde. Elle est l’appât, on en a connu d’autres depuis. C’est toujours le même schéma. Elle savait, elle a participé à l’organisation de l’enlèvement, elle a piégé ce type fatigué, qui s’il n’était pas sans défaut, loin de là, était surtout un homme seul et épuisé à ce moment précis. Il était vulnérable, il va payer le prix fort, c’est la vie. On peut pleurer sur ce genre de misères, elles sont banalement humaines.  N’empêche que le rôle de la jeune femme est bien trouble, bien cynique, bien malveillant. 

Dans le meilleur des cas elles ont laissé faire sans rien dire,  savaient-elles ou pas ?  Elles n’ont rien fait pour empêcher la commission d’un crime. Où commence la complicité implicite (Bath-Schéba), tacite (Dina) ou active (Dalila) ? C’est une question à laquelle il faut répondre aujourd’hui avec clarté et précision. 

Que dit la loi, que disent les textes de loi et que dit la jurisprudence ? Ces bads girls sont l’occasion de se poser de vraies questions à ce sujet et d’évacuer certaines zones d’ombres en rapport avec, par exemple la notion de « secret professionnel » !

Je ne sais pas si le danger que ces femmes représentent en réalité n’est pas pire que celui des crimes commis et je relativise  ce que je dis en pesant le poids de mes mots. Elles sont toutes les trois impliquées dans des crimes.

Les bads girls de la Bible, il y en a d’autres, beaucoup d’autres, mais ces trois-là ont « trempé » dans des crimes et leur comportement peut largement laissé interrogateur et pantois les observateurs. 

En tout cas, ce ne sont pas des oies blanches c’est certain ! 

 

Samuel Foucart

 

 L’avis du juriste: 

Longtemps perçue comme négligeable d’un point de vue statistique, la délinquance féminine a fait l’objet de peu d études.

La  femme dans la société au XIXe siècle en France, quelque soit son statut, enfant, sœur, épouse, mère, est forcément un  être inférieur dont il faut prendre soin et les stéréotypes vont avoir la vie longue: les images de la douceur féminine, havre de sécurité affective, sont difficiles à associer avec délinquance et violence.

En effet, la délinquance féminine est dans l’ensemble différente et moins violente que celle des hommes. Les femmes sont condamnées pour des affaires moins complexes et ont surtout deux fois moins souvent d’antécédent judiciaire.

Les femmes sont extrêmement minoritaires en détention. Elles ne représentent que 3,6% de la population carcérale au 1er janvier 2019.

Pourtant, des données objectives démontrent une inexorable poussée de la criminalité féminine, même si les femmes ne sont pas présentes de la même façon dans tous les types d’affaires pénales. 

Elles sont sous-représentées en matière d’infractions à la sécurité routière, à l’exception des délits de fuite, ou d’infractions à la législation sur les stupéfiants. A l’inverse elles sont sur-représentées dans les atteintes à la vie privée, ou dans les affaires liées à l’exercice de l’autorité parentale. En revanche, la parité avec les hommes est atteinte en matière d’obtention de prestations sociales indues ou de dénonciation calomnieuse.   Le cas des atteintes aux biens illustre la spécificité de la délinquance féminine avec un taux de féminisation élevé, de l’ordre de 30 % pour les vols simples et les escroqueries ou abus de confiance, mais faible dans les situations plus violentes, avec un taux moyen de l’ordre de 13 % pour les vols « aggravés » ainsi que pour les destructions et dégradations. Cette situation se retrouve également dans les violences volontaires aux personnes avec un taux plus élevé dans les violences légères que dans les violences plus graves. Un type de délinquance reste extrêmement marginal chez les femmes, la violence sexuelle. Dans ce domaine, l'immense majorité des auteurs sont des hommes.

Qui sont les bads girls aujourd’hui? Assurément les adolescentes mineures ou jeunes majeures dont le nombre de condamnations ne cesse de progresser depuis une dizaine d’années et dont la violence, surtout en bandes, représente une réelle dangerosité.

D.A. (T.I. de Grenoble)

 

L’avis du psychologue :

La question du secret professionnel soulevée dans cet article est intéressante.

Un professionnel soumis à ce secret peut-il être considéré comme complice d’un criminel dont il aurait connaissance des actes ?

Un criminel peut en effet être en contact avec médecins, avocats, psychologues, …

L'article 226-13 du code pénal prévoit qu’on est soumis au secret professionnel par état ou par profession, par fonction ou par mission temporaire. La liste des professions de cet article 226-13 est courte : certains métiers du corps médical, du secteur social et de la justice.

Ces professionnels ne sont donc pas obligés par la loi à dénoncer les crimes (sauf pour les sévices infligés à des mineurs de 15 ans ou à des personnes particulièrement vulnérables). Pour autant, la révélation d’un crime n’est pas non plus interdite par la loi. C’est donc au professionnel de choisir au mieux.

Si le psychiatre (qui est un médecin spécialisé dans les troubles psychiques) est soumis à ce secret professionnel et à ces lois, le psychologue, lui, ne l’est pas. Cela implique deux choses : un psychologue n’est pas obligé de taire ce qu’il entend dans l’exercice de son métier et il n’a aucune « protection » légale s’il refuse de divulguer des informations nécessaires à la justice.

Malgré le fait qu’il n’existe aucune obligation légale, les psychologues exercent en suivant le code de déontologie des psychologues. Il s’agit d’un ensemble de règles et de devoirs qui régissent une profession, la conduite de ceux qui l'exercent, les rapports entre ceux-ci et leurs clients et le public.

A.D. (Psychologue à Rouen)

 

 

Idéologiquement parlant :

Les exemples ci-dessus nous montrent des femmes qui ont pris leur part de responsabilité dans un crime, même si à l’époque ce n’était pas reconnu officiellement.

À ce titre, il convient de nous rappeler la Genèse. Eve est la tentatrice qui pousse Adam au mal. La femme ne ferait donc que perdurer dans  son rôle de bad girl.

Longtemps, la société occidentale (celle dans laquelle nous vivons) est restée très divisée, entre d’un côté le monde des hommes, et de l’autre, celui des femmes. La société a néanmoins évolué dans le rapport homme–femme, l’égalité représentant même des priorités dans les quinquennats des derniers Présidents de la République en France.

Aujourd’hui, même si 93,5 % des femmes sont salariées en France en 2010 contre 53,5 % en 1906) il existe toujours des inégalités salariales, décisionnelles. Si elles tendent à diminuer, le sujet reste d’actualité.

Tandis que la femme accroit son aura sociale, le phénomène observé actuellement est l’augmentation des bads girls. Elles restent certes minoritaires par rapport aux hommes dans l’incarnation du « mal »,  mais prennent une part de plus en plus prégnante.

Cette évolution selon moi (et ce n’est pas nécessairement politiquement correct) amène certaines femmes à se masculiniser dans leur comportement, surtout dans ce qui représente l’aspect dit négatif de l’homme (juste un exemple avec le phénomène inquiétant des cancers du fumeur chez la femme désormais plus important que chez l’homme "N.D.L.R.").

Ainsi, plus la société amènera d’égalité, plus le nombre de bads girls sera proportionnel aux bads boys puisqu’elles auront tendance à se comporter comme certains hommes, ce qui en soi est  logique  puisqu’elles veulent être en tout  « l’égale  de l’homme ».

Sandrino Gazzetta (Professeur à la NEOMA Business School de Rouen, Reims et Paris. Université de Rouen)

 

La parole est à la défense :

Monsieur le président, ma cliente Délila est poursuivie devant votre tribunal pour complicité d’enlèvement et de séquestration de Monsieur Sanson.

On prête à ma cliente bien des intentions mauvaises dans cette histoire alors qu'elle est innocente !

On l'a fait passer pour une prostituée, alors que rien ne le prouve ; sa beauté  naturelle fait d’elle une femme désirable, c'est tout. Si l'on devait considérer toutes les belles femmes comme des prostituées, ou irait on !!

On dit d'elle qu'elle serait une philistine, alors qu'elle est très certainement juive ; j'en veux pour preuve que lorsque les chefs philistins lui proposèrent de les aider à découvrir le secret de la puissance de Samson, il fut question de somme d'argent et non de sentiments patriotiques !

Monsieur le Juge ; interrogeons nous une seconde sur la capacité de ma cliente à refuser l'offre proposée par les chefs philistins ? Elle savait pertinemment que son refus entraînerait sa mort et peut être celle de sa famille toute entière ! Sans jeu de mot excessif, n'oubliez pas que son nom même veut dire «faible ». Voila donc « une faible femme » chargée de découvrir « le point faible » de Samson !

On l'a fait passer également pour une séductrice ; mais elle s'est contentée simplement d’utiliser ses charmes naturels que « dame nature » lui a donné pour obtenir à force d'insistance la précieuse information sous l’œil scrutateur et menaçant des soldats philistins cachés chez elle. En effet, elle était sous surveillance et au moindre faux pas de sa part  c'était la mort assurée !

Monsieur le juge, ma cliente est innocente ! En quoi peut on dire qu’elle fut une complice consentante de cet enlèvement et de cette séquestration ? Le dossier est vide ! C'est encore une pauvre victime de ce machisme ambiant de l'époque ou la femme devait se soumettre ou périr. Il n’était pas question pour elle, de « balancer son porc » ou de se plaindre auprès des autorités policières d’alors  des menaces dont elle faisait l'objet !

De son temps, la Terre promise était occupée, ses contemporains aliénés et la pauvreté généralisée. En acceptant cette offre, Dalila échappait à la mort et pourvoyait aux besoins de sa famille.

Je demande la relaxe Monsieur le président ; que ma cliente soit acquittée au bénéfice du doute ! Au travers cette « faible femme » que vous relaxeriez, c'est un message fort et un avertissement solennel qui seraient envoyés à tous ces hommes de pouvoir imbus d'eux mêmes et profitant de ces pauvres femmes sans défense ! 

Maître F.F. (du Barreau de Rouen)