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Dexter dans la Bible, c’est un illustre inconnu. Pourtant il a un ancêtre, un dénommé Jéhu, qui n’était pas n’importe qui puisqu’il était roi. Son histoire criminelle passe par un cahier des charges bien rempli que lui confiera son « Père » au sens évangélique de ce mot (Notre Père qui est aux cieux », Dieu lui même.) C’est Dieu qui va confier à ce Dexter ancestral l’ordre d’éliminer un certain nombre de gens. 

« Voici ce que déclare l'Eternel, le Dieu d'Israël : « Je te confère l'onction pour t'établir roi d'Israël, le peuple de l'Eternel. 7 Tu frapperas la maison d'Achab, ton seigneur. Ainsi, je vengerai le meurtre de mes serviteurs les prophètes et celui de tous les serviteurs de l'Eternel assassinés par Jézabel. 8 Oui, toute la famille d'Achab périra. J'en exterminerai tous les hommes, esclaves et libres, en Israël » 2 Rois 9/6 à 8.

Le héros Dexter est un « tueur en série de meurtriers » : Dexter ne cible ainsi que des meurtriers ayant échappé à la justice, et dont il a lui-même établi la culpabilité. Le jour, Dexter est expert médico-légal en analyse de traces de sang pour la Miami Metro Police. Son père lui a fixé comme règle simple, de ne tuer que des personnes coupables n’ayant pas été condamnées. 

Jéhu va faire carrière dans l’armée terrestre, dans la suite logique de son paternel, avec qui par ailleurs les relations semblent pour le moins tendues. En revanche, le petit Jéhu trouve refuge chez son grand-père où il se sent bien, d’où les allusions dans son Curriculum Vitae à ce dernier à la place de son géniteur. L’armée va lui offrir des perspectives incroyables, c’est ainsi qu’il va devenir général et jusque là tout se passe bien.

Certes il était déjà sans doute sociopathe, puisqu’il avait de grandes difficultés à respecter les règles : «Et la sentinelle fit cette annonce, en disant : Il est venu jusqu'à eux et ne revient pas. Et la manière de conduire est celle de Jéhu, fils de Nimshi, car il conduit comme un fou. » 2 Rois 9/20. Mais on le sait, l’armée est comme une mère pour beaucoup, elle oblige à certaines règles et tant que Jéhu sera dans ses rangs, son côté psychopathe n’apparaîtra jamais. 

Mais voilà qu’arrive le jour où l’heure de la retraite sonne et n’ayant plus de barrière psychologique pour le protéger de ses côtés sombres, Jéhu,  ayant tous les pouvoirs en main, va aller de massacres en massacres. En réalité Jéhu est un psychopathe qui a eu « la chance » de voir son côté « tueur en série » sublimé par Dieu, par un contexte politico-judicaire adéquat et par une époque. Mais ce côté sombre et pathologique de Jéhu n’apparaîtra vraiment qu’après sa sortie de l’armée. 

Encore, et si on veut bien admettre l’idée que son côté « Dexter » le rende plutôt sympathique (il venge, il punit les coupables passés au travers de la Justice des hommes, il est le nettoyeur du royaume, il ne recule pas, n’hésite pas), une fois son cahier des charges rempli, il aurait pu et il aurait dû s’arrêter là ! Mais non !

Jéhu, c’est celui qui va tuer le roi d'Israël Joram, fils d’Achab et de Jézabel, et qui prend sa succession. Il fait également tuer Ochoziasroi de Juda et témoin de son crime. Puis il fait tuer Jézabel et 70 autres descendants d'Achab, ainsi que les frères d'Ochozias. Mais avec ces derniers, il sort de son cahier des charges et mélange les genres. Il n’est plus dans le rôle départi par Dieu ou par la Justice d’alors, mais il passe dans le rang des assassins. Personne ne lui avait demandé de liquider  toute cette famille. Excès de zèle ? Peut-être ! Goût du sang ? Sûrement. Comme toujours avec ces histoires de criminels en série, on se demande bien pourquoi il ne va pas au bout de sa logique puisqu’il a éliminé le père,  Joram roi de Juda, qui finira par mourir des conséquences de ses blessures, tous les fils de Joram (absolument gratuitement) et qu’il laissera la vie à celle qui va devenir la seule reine en Juda et la pire des psychopathes qui soit, Athalie. 

Notre Dexter d’alors, a donc dérapé sérieusement, comme quoi le crime est une activité pénible à terme et que même mandaté en plus haut lieu, tuer son prochain expose à des risques graves pour la santé !

Que Jéhu ait été un psychopathe refoulé, c’est une évidence. Sociopathe, c’est à dire ne pas respecter les règles (certaines du moins) c’est un choix qui peut devenir pathologique à terme, mais c’est un choix. Alors que la psychopathie c’est une maladie de l’esprit. Tant que l’armée lui fournissait un cadre, la pathologie psychiatrique de Jéhu s’est maintenue. Une fois les barrières abolies, elle s’est révélée. 

Absence totale de compassion pour ses victimes, aucune empathie,  pas l’once d’un remord, jamais ! Jéhu a le crime joyeux, festif et sans vouloir empiéter sur le domaine du psychologue, il est sérieusement atteint dans sa santé mentale. 

Reste un mystère, un vrai, une question grave, celle du Dieu de la Bible qui utilise un psychopathe refoulé pour régler ses comptes avec d’autres psychopathes, et là l’encre n’a pas fini de couler. 

Samuel Foucart

 

L’avis du juriste :

Dans ce récit Jéhu a le profil type du tueur à gages avant qu’il ne devienne un tueur en série.

Si les tueurs à gages sont légion au cinéma, ils sont plus rares dans la vraie vie, mais ils existent. Une étude avait été menée par des chercheurs anglais il y a quelques années, et ils avaient déterminé 4 profils type de tueurs à gages: le "novice", pour qui c’est une première. Le "dilettante", plus âgé et sans casier judiciaire chargé. "L’artisan",  un peu plus expérimenté et décrit comme fiable. Enfin, "l’expert" qui  a bien moins de chance de se faire attraper et dispose généralement d’une expérience militaire ou paramilitaire.

Jéhu serait incontestablement dans la catégorie expert, et comme tout grand criminel il a un côté fascinant. Il suffit pour s’en convaincre de regarder l’abondance de la littérature ou du cinéma en la matière.

Toutefois, tueur à gages ou tueur en série, cette distinction n’a pas d’incidence sur  la réponse pénale.

Les crimes ainsi commis trouveront une réponse judiciaire dans la stricte rigueur du code pénal et des textes prévus pour les criminels ordinaires. Aucune sanction ne s´applique à la spécificité des tueurs à gages ou en série.

Qu’on ait commis un seul assassinat ou quinze assassinats, la peine encourue est la même, c’est à dire la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté d’au maximum 30 ans, article 221-3 du code pénal.

D .A. (T.G.I. de Grenoble)

 

Le point de vue du psychologue :

« Psychopathe » est un terme souvent utilisé de nos jours mais dont la définition échappe à la plupart.

En effet, le DSM V (ouvrage de référence en psychologie et en psychiatrie) définit très précisément le trouble de la personnalité antisociale :

  1. Il s'agit d'un mode général de mépris et de transgression des droits d'autrui qui survient depuis l'âge de 15 ans. Cale se caractérise par au moins trois des manifestations suivantes :
  2. 1) Incapacité de se conformer aux normes sociales qui déterminent les comportements légaux, comme l'indique la répétition de comportements passibles d'arrestation.
  3. 2) Tendance à tromper par profit ou par plaisir, indiquée par des mensonges répétés, l'utilisation de pseudonymes ou des escroqueries
  4. 3) Impulsivité ou imprévisibilité
  5. 4) Irritabilité et agressivité, indiquée par la répétition de bagarres ou d'agressions.
  6. 5) Mépris inconsidéré pour sa sécurité et celle d'autrui.
  7. 6) Irresponsabilité persistante, indiquée par l'incapacité répétée d'assumer un emploi stable ou d'honorer des obligations financières.7) Absence de regrets, indiquée par le fait d'être indifférent ou de se justifier après avoir blessé, maltraité ou volé autrui
  8.  
  9. B.Âge au moins égal à 18 ans.
  10. C. Manifestation d'un trouble des conduites débutant avant l'âge de 15 ans.
  11. D. Les comportements antisociaux ne surviennent pas exclusivement pendant l'évolution d'une schizophrénie ou d'un trouble bipolaire.

Comme décrit dans l’article, Jéhu semble effectivement répondre à une partie de ces critères !

On pense aujourd’hui que à 1 à 3 % de la population est atteinte de troubles de la personnalité de type psychopathique. Les hommes sont les plus touchés.

Afin de prendre en charge les sujets adultes souffrant de troubles de la personnalité antisociale, il est recommandé d’articuler une prise en charge thérapeutique (thérapies cognitivocomportementales ou thérapies psychodynamiques) avec une prise en charge sociale. Les médicaments ont un intérêt pour apaiser la souffrance.

Alexis Damman : (Psychologue à Rouen)

 

Idéologiquement parlant  :

Pourquoi Dieu utilise-t-il un psychopathe pour régler ses comptes ?

La lecture de ce texte pose question sur la parole de Dieu. On nous dit que Dieu est amour, tuer en représente le contraire.

Suivre les enseignements de Dieu repose sur la foi, mais doit-on « s’exécuter »sans réflexion ?

Les meurtres, tueries, assassinats au nom de la religion sont très nombreux dans l’histoire (il suffit de penser à l’inquisition ou les guerres de religion), mais plus près de nous, nous avons l’exemple des djihadistes qui ne seraient que des exécutants de la parole de Dieu !

On pourrait penser que nous sommes arrivés à une certaine maturité intellectuelle et spirituelle. En fait, nous nous apercevons que ce n’est pas toujours le cas.

Alors doit-on réinterpréter la parole de Dieu dans son contexte ? Pour moi, la maturité spirituelle pour un croyant repose sur la foi  mais également sur la réflexion. Le doute fait partie de la foi, peut la mettre à l’épreuve, mais aussi la renforcer. L’important n’est peut-être pas toujours dans ce qui est écrit ou annoncé, mais plutôt celui qui lit et interprète.

Peut-on être un bon croyant sans réflexion ? J’en doute.

Sandrino Gazzetta (Professeur à la NEOMA Business School de Rouen, Reims et Paris. Université de Rouen)

 

La parole est à la défense :

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les assesseurs, Mesdames et Messieurs les jurés, Monsieur l'avocat général.

Je constate que des rescapés de la famille d'Achab se sont constitués partie civile contrer mon client Monsieur Jéhu.

Mais que lui reproche t'on au juste ? D'avoir eu trop de zèle dans l'accomplissement de la volonté de son Dieu ! Voilà tout.

Mon client porte bien son nom : en hébreux, il est traduit par « C'est l’Éternel » .

« C'est effectivement l’Éternel qui l'a oint roi d'Israël ; c'est l’Éternel qui lui a demandé de tuer toute la famille d'Achab ; c'est encore l’Éternel qui a permis qu'il tue Jézabel conformément aux paroles prophétiques. C'est également en Son nom qu'il va massacrer les prêtres de Baal. C'est un exécutant loyal et passionné !

Lors de l’Instruction, une expertise psychiatrique fut ordonnée ; elle mit en avant une psychopathie aiguë. Mon client est irresponsable pénalement et je ne comprends pas qu'il soit ainsi jugé contre toute attente devant cette Cour d'Assises ! Ce n'est pas la prison qui lui faut, c'est un traitement  médical adapté dans un établissement spécialisé.

Jéhu a fait sien ce principe biblique : il vaut mieux obéir à Dieu plutôt  qu'aux hommes. Mas sa pathologie l'a entraîné à aller au delà des consignes divines. L'omniscience de Dieu aurait du écarter ce choix se portant sur cet homme. Il ne m'appartient pas devant cette Cour de discourir sur les choix humainement contestables de Dieu se portant tantôt sur des menteurs, des assassins, ou  des adultères. !!!

Jéhu est un pauvre bougre sincère au début, mais sincèrement dans l'erreur à la fin. L'effet de groupe, l’excitation religieuse à vouloir tuer du « mécréant », une poussée continue d'adrénaline suite aux victoires faciles et aussi et surtout une pathologie déviante expliquent ces massacres perpétrés.

Je le redis, mon client n'a rien à faire devant vous et je ne comprends pas que la Chambre d'Instruction ait renvoyé mon client devant cette juridiction ! Soignez le, mais ne l’emprisonnez pas ! 

Maître F.F. (Avocat au barreau de Rouen)